Au temps du muet III

Les premières années du Louxor-Palais du Cinéma (1922-1923)

Nous avons déjà évoqué la période du cinéma muet au Louxor dans deux articles  : Au temps du muet I : une soirée en 1924 et Au temps du muet II : Les métamorphoses du chiffonnier. Nous nous intéressons maintenant aux films programmés pendant la période 1922-1923.

L’inauguration du Louxor, le 6 octobre 1921, semble avoir été, pour les journalistes de l’époque, un événement mondain plus que cinématographique. Le Figaro, dans sa page « Figaro-Théâtre », évoquait ce jour-là une « soirée de gala », et Cinéa, une semaine plus tard, la « somptueuse salle », la « brillante assistance », le « superbe orgue électrique », mais du « premier programme », nous ne savons  rien…pour l’instant du moins… [Depuis la rédaction de cet article,ce programme a  été découvert. Voir la programmation ci-dessous.]

C’est en effet seulement à partir de la semaine du 21-27 avril 1922 que nous trouvons, dans le numéro 50 de Cinéa, la programmation du Louxor, accompagnée parfois de rares précisions (nom des acteurs…). Cet « hebdomadaire illustré », mais dont deux numéros groupés paraissent en fait par quinzaine, à partir du  6 mai 1921, et qui deviendra, à partir du 1er novembre 1923, Cinea-Ciné pour tous, offre en effet, du moins jusqu’en décembre 1922, la liste complète des films présentés au Louxor. Après quoi, le Louxor apparaît encore souvent dans les rubriques « Recommandé », puis « Guide pratique du spectateur », mais sans le détail des numéros précédents : un seul film est alors cité, alors que le programme que nous avons mis en ligne montre que chaque séance continue à comporter plusieurs films.
Quels films étaient alors présentés au Louxor ? Ce sont le plus souvent quatre petits films muets, avec accompagnement d’orchestre ou d’orgue, par séance, sans compter les attractions et le « Pathé Journal », parfois indiqué à partir du 25 août 1922.

Parisette, de Louis Feuillade avec Sandra Milowanoff

“Parisette” de Louis Feuillade avec Sandra Milowanoff

Une constante évidente, et sans surprise : les « ciné-romans à épisodes », qui apparaissent au Louxor en première exclusivité. Parisette, du grand cinéaste Louis Feuillade, premier titre à apparaître dans le  Cinéa du 21-27 avril 1922 (sans numéro d’épisode), sera programmé jusqu’au 25 mai. Puis viendront (du 12 mai au 27 juillet)  Par la force et par la ruse, film américain de George B. Seitz (The Black Secret) et  Les Mystères de Paris, de Charles Burguet (à partir du 6 octobre). Tous comportent 12 épisodes.

Les films comiques reviennent eux aussi avec régularité, certains avec leurs héros récurrents, comme Fatty Arbuckle dans  Fatty chevalier de Mabel (12-28 mai 1922), mais pour la plupart bien oubliés : Zigoto prétendant, Casoar émule de Figaro, Dudule alpiniste, Dudule marin, Picratt et son frère de laid [sic].

Fatty Arbuckle

Fatty Arbuckle

Des documentaires aussi : Au-dessus du Vésuve en avionA travers les Indes, ou L’expédition Vandenbergh dans l’Afrique du Nord et, pour le reste, des films d’aventure, des drames et des films sentimentaux.

Quelques films restés célèbres ont été projetés au Louxor, comme le drame de D. W. Griffith, À travers l’orage (Way Down East ), avec Lilian Gish, ou le célèbre film expressionniste allemand de Robert Wiene, aux extraordinaires décors, produit en 1919 (72 minutes) : Le cabinet du docteur Caligari (7-13 juillet 1922).

Caligari

Certains font même l’objet d’un commentaire spécial. Ainsi, dans le numéro du  20-26 octobre 1922, La terre qui flambe de Murnau (sorti en 1921) est annoncé comme « le plus beau film de l’année », connaissant un « immense succès », « à partir du 20 octobre au Barbès et au Louxor ».

Mais c’est à partir de 1923, alors que la programmation globale a disparu, que figurent des titres ou des noms d’auteurs qui nous sont restés plus familiers : Sarah Bernhardt (morte le 23 mars 1923) dans  Jeanne Doré, Max Linder dans Soyez ma femme, ou Sessue Hayakawa dans L’Enfant du Hoango, ou John Barrymore dans Sherlock Holmes contre Moriarty.
Nous reviendrons prochainement sur certains des films les plus importants de la programmation qui suit.

PROGRAMMATION
1921
– jeudi 6 octobre 1921 : À quatorze millions de lieues de la Terre (du réalisateur danois Holger-Madsen, 1918) – Métempsycose (d’Edward Sloman d’après Le Vagabond des étoiles de Jack London, 1920) – Gaumont-Actualités – Pathé Revue – Pour un corset (Arvid E. Gillstrom) – Lui, sur roulettes (avec Harold Lloyd)
(Source : Bonsoir, journal républicain du soir, n° 977 et 979, 7 et 9 octobre 1921. Ap. site de Paris-Louxor.)

1922-1923

1922
(Sources : Cinea, n° 51 à 76 et Paris-guide, journal hebdomadaire paraissant le samedi; puis à partir du 29 juillet, La Semaine parisienne, Paris-guide paraissant le samedi)

– 21-27 avril : Parisette de Louis Feuillade. (Sans numéro d’épisode)
– 28 avril-4 mai : Restez, mademoiselle Les dents du tigre – Parisette, 9e épisode.
– 5-11 mai : Au-dessus du Vésuve en avion – L’affaire Paliser de William Parke – Le tour du monde d’un gamin irlandais – Parisette, 10e épisode.
– 12-18 mai : Fatty chevalier de Mabel – Le Rêve de Jacques de Baroncelli – Par la Force et par la Ruse – Parisette, 11e épisode.
– 19-25 mai : Une voix dans la nuit – Parisette, 12e épisode : fin –  Le triomphe de l’entêté – Par la force et par la ruse.
– 26 mai-1er juin : Le jaguar de la Sierra (avec Eva Novak, Florence Carpenter, William Hart) – Figures du passé Par la force et par la ruse,  3e épisode.
– 2-8 juin : Le chant du cygne – Le prestige de l’uniforme – Par la force et par la ruse, 4e épisode.
– 9-15 juin : Pas de programme
– 16-22 juin : Dette de haine de Henri Pouctal – La nièce d’Amérique de Gérard Bourgeois, coproduction France-Etats-Unis.
– 23-29 juin : Les ruses de l’amour (sortie, avec Claire Windsor) – Le grillon du foyer de Jean Manoussi, avec Charles Boyer–  Par la force et par la ruse, 7e épisode.
– 30 juin-6 juillet : À travers les Indes.
– 7-13 juillet : Par la force et la ruse, 9e épisode –  À travers les Indes – Le cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene – Zigoto prétendant.
– 14-20 juillet : La Rafale de Jacques de Baroncelli.
– 21-27 juillet : L’école du charme – Casoar émule de Figaro – Mariez-vous donc – Par la force et la ruse, 12e épisode.
– 28 juillet -3 août : L’aventure de René Petite cause … Grande douleur.
– 4-10 août : Le vrai visage – L’alibi de Henri Pouctal.
– 11-17 août : La petite souris grise – L’amour a des ailes – Le Dieu Shimmy.
– 18-24 août : Le signe de Zorro de Fred Niblo avec Douglas Fairbanks – La voix des champs.
– 25-31 août: Pathé Journal – Gouttes de rosée – Pathé revue– Jane Billon Les Compagnons de la nuit.
Dans le même numéro, le Louxor apparaît par ailleurs dans la rubrique « Films d’aujourd’hui », avec La petite souris grise et La Voix des champs (Sam Wood).
–1-7 septembre : La Divette Le Serpent Le Rail.
– 8-14 septembre : Pathé Journal – La Voix de l’océan – Reine Chanteix – Cent chevaux endiablésDudule alpiniste.
– 22-28 septembre : À bas les pattes – Le numéro 99 (sortie, de Ernest C. Warde avec Walter Kerrigan) – Sabordeurs ! (avec William Farmian).
– 29 septembre -5 octobre : Gipsy Oh ! Les hommes !  Un brave petit.
– 6-12 octobre : Picratt chez les sirènes – Corrida royale – Les Mystères de Paris de Charles Burguet (prologue et 1er chapitre) – Train spécial.
– 20-26 octobre : Le second mariage de Lucette –  La terre qui flambe – Les Mystères de Paris, 3e chapitre.
Dans le même numéro, La terre qui flambe de Murnau est annoncé comme « le plus beau film de l’année », connaissant un « immense succès », « à partir du 20 octobre au Barbès et au Louxor ».
– 3-9 novembre : Faites de la publicité ! – Les mystères de Paris, 5e chapitre – Le vieux nid de Luigi Maggi Dudule marin.
– 17-23 novembre : L’expédition Vandenbergh dans l’Afrique du Nord –  Les mystères de Paris, 7e chapitre –  Le lac d’argent de Gaston Roudès.
– 1er -7 décembre : Les mystères de Paris, 9e chapitre – Picratt et son frère de laid (sic) –  À travers l’orage de D.W.Griffith.
– 15 décembre : Pas de programme
– 28 décembre-11 janvier : Dans la rubrique « Où peut-on voir les meilleurs films de la quinzaine ? », le Louxor figure sous la catégorie « Établissements Fournier », associé au Lyon Palace (12 rue de Lyon) : 1ère semaine : Chagrin de gosse – Monsieur l’Archiduc de William C. DeMille2e semaine : Le Cheik de George Melford avec  Rudolph Valentino.

1923
(Sources : Cinea dont la formule a changé, mais la même numérotation se poursuit. Plus de programmation globale, n° 89 à 96.)

– Du 12 janvier au 23 mars, rien sur le Louxor.
– 6-12 avril : Dans la rubrique « Recommandé » : Sarah Bernhardt dans  Jeanne Doré.
– 27 avril-3 mai : Dans la rubrique « Recommandé » : Max Linder dans Soyez ma femme.
– 4-10 mai  : Dans la rubrique « Recommandé » : Sessue Hayakawa dans L’Enfant du Hoango. Dans la rubrique « Vous pouvez encore voir » : Wallace Reid dans Le Circuit de l’amour.
– 25-31 mai : Dans la rubrique « Recommandé » : John Barrymore dans Sherlock Holmes contre Moriarty d’Albert Parker.
– 1er-7 juin : Dans la rubrique « Recommandé » : Maurice Chevalier dans Jim Bougne, boxeur d’ Henri Diamand-Berger.
– 15-21 juin : Dans la rubrique « Recommandé » : Lucile, comédie dramatique de Georges Monca interprétée par Marise Dauray, Georges Gauthier et Terof.
– 20 juin-5 juillet : Dans la rubrique « Recommandé » : L’Indésirable avec Mary Miles.
– 29 juin-5 juillet : Dans la rubrique « Recommandé » : Jean Toulout dans La vivante épingle d’Albert Parker.
– 13-19 juillet : Dans la rubrique « Recommandé » : Dorothy Dalton dans L’Idole du nord de Roy William Neill.
– août : rien sur le Louxor.
– 1er-13 septembre : Dans la rubrique « Guide pratique du spectateur » : Ethel Grey et Edward Horton dans L’inestimable Jackson.
– 14-20 septembre: Dans la rubrique « Guide pratique du spectateur » : Miss Anderson et H. Walthall dans Périlleuse mission, drame d’espionnage.
Rien dans le n°du 1er octobre.
– 12-18 octobre: Dans la rubrique « Recommandé » : Le rival des Dieux.

Rien dans les numéros de novembre et décembre.

Recherches : Nicole Jacques-Lefèvre et Annie Musitelli