Histoire du Louxor

La publicité au Louxor

Le souvenir de la publicité Jean Mineur – même si le petit personnage qui l’incarne n’a pas totalement disparu des écrans de cinéma – suscite sans doute quelque nostalgie chez certains d’entre nous. Elle apparaissait naturellement sur l’écran de notre cinéma préféré…

Jean Mineur

Car le Louxor ne vivait pas que des films projetés. Le programme de 1924 en portait déjà témoignage, et nous y avions consacré une petite étude.

Programme du 18 au 24 septembre 1924, page 8

Programme du 18 au 24 septembre 1924, page 8

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Il ne s’agit plus cette fois des publicités dans les programmes, mais sur l’édifice lui-même, et d’un certain nombre de contrats publicitaires que nous avons trouvés dans le fonds Pathé.  Ils devaient apporter un petit supplément aux recettes cinématographiques, et nous renseignent aussi sur l’aspect intérieur et extérieur du bâtiment dans les années 1948-1970, et sur son intégration à la vie commerciale du quartier.

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Publié en juin 2011


Qui êtes-vous, M. Zipcy ?

L’architecte du Louxor

Le  Louxor a été accueilli à sa construction en 1921 comme l’une des plus modernes et confortables salles de cinéma de Paris. Aujourd’hui encore son architecture ne cesse d’intriguer les passants et  sa façade éclatante restaurée va bientôt illuminer le carrefour Barbès. Mais son auteur demeure dans l’ombre. Le mystérieux M. Zipcy, dont le nom fut longtemps estropié – en M. Zipey ou Ripey notamment – a traversé discrètement l’histoire de l’architecture. Peu de traces de lui dans le vaste champ d’archives qui nous renseignent sur ceux dont les œuvres ont enrichi le patrimoine bâti.
Cet architecte aurait-il signé un coup de maître avec ce Palais du cinéma puis choisi de se réfugier dans une pratique de l’architecture beaucoup moins exposée aux feux de la rampe ? Même ce bâtiment qui fait l’objet de notre attention aujourd’hui a occupé peu de place dans les publications spécialisées. Le reste de son œuvre est méconnu.

Henri Zipcy (1873-1950)

Henri Zipcy (1873-1950)

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Henri Joseph Marie Zipcy est né le 10 décembre 1873 à Constantinople dans une famille arménienne catholique originaire de Smyrne (Izmir). Son père, André, est propriétaire de journaux et publie entre autres  La Turquie et  L’Orient, en langue française. Les archives familiales attestent d’échanges de correspondance entre lui et Pierre Loti. Il appartient à la société aisée de Péra, quartier de Constantinople où se côtoient en bonne entente les Levantins et cette petite communauté arméno-catholique dont il fait partie. Hôtels particuliers, élégantes demeures et palais de la bourgeoisie et de l’aristocratie s’alignent à côté des diverses ambassades, la vie y est agréable, les fêtes nombreuses, et les familles parlent couramment plusieurs langues. C’est donc tout naturellement qu’Henri Zipcy vient étudier en France. Il arrive à Paris en 1889 et, en 1892, aux Beaux-Arts, est élève de Gaston Redon, le frère du peintre.
On possède peu de renseignements sur son activité professionnelle à l’issue de sa formation d’architecte en 1897.  S’exerce-t-elle d’abord à Paris, où plusieurs adresses de lui sont attestées à cette époque ? Ou à Constantinople, où il se marie en 1912 avec une Italo-Allemande catholique, Frieda Leonhardi (fille d’un ingénieur à la Régie ottomane des tabacs) ? Le couple s’établit très vite  à Paris, au 33, bd Garibaldi, qui sera à partir de 1914 l’adresse du domicile et de l’atelier de l’architecte.

Henri Zipcy, sa belle-mère, sa femme et ses fils (en uniforme du collège Stanislas) en 1926, lors d'un événement familial.

Henri Zipcy, sa belle-mère, sa femme et ses fils (en uniforme du collège Stanislas) en 1926, lors d'un événement familial.

Les époux Zipcy obtiennent la naturalisation en 1928 et donnent à leurs trois fils une éducation française sans rien transmettre de leur histoire. Les enfants étudient au collège Stanislas et connaissent  peu de choses de leurs origines. Ce fut d’ailleurs le cas de beaucoup d’Arméniens qui avaient dû quitter la Turquie à cette époque : peut-être les parents voulaient-ils protéger leurs enfants en occultant une part du passé familial et les tragiques événements. L’un des fils Zipcy, Fernand, deviendra architecte et exercera à Cherbourg, où il est décédé en juin 2009.

Un architecte discret

Comme il fut discret avec ses enfants sur son histoire familiale, Henri Zipcy le fut aussi avec eux sur sa carrière. Sa petite-fille décrit un homme sensible et réservé qui se considère davantage comme un « artisan », et dont la descendance sait peu de choses sur l’œuvre réalisée. On peut avoir un peu de mal à imaginer une telle approche de la pratique architecturale à notre époque de « starchitectes ». Si Henri Zipcy a essentiellement exercé son activité durant un demi-siècle pour une clientèle privée, construisant habitations individuelles et commerces, sa pratique a montré, avec le spectaculaire Louxor, qu’il était capable d’innovation et pas seulement d’application artisanale d’un savoir-faire artistique. Les questions demeurent cependant sur la démarche qui l’a conduit à ce style Art déco et ses influences égyptiennes pour ce cinéma. Était-ce son choix ? Ou bien celui de son commanditaire ? Son éducation cosmopolite et ouverte sur plusieurs cultures a-t-elle influé sur ce parti pris ?
Après cet ouvrage, on sait qu’il a participé à des projets d’architecture commerciale ou domestique. Ainsi, sur une photo que possède la famille, on voit une  maison en meulière construite par lui à Andrésy dans les années 20, pour son usage personnel (il en a construit une autre dans la même rue pour un ami).

La maison d'Henri Zipcy à andrésy

La maison d'Henri Zipcy à Andrésy

Il avait choisi cet endroit calme, en plein milieu des champs, après avoir un temps songé à acheter La Boisserie, à Colombey-les-Deux-Églises, pour l’aménager. L’abandon de ce projet permit une dizaine d’années plus tard au général de Gaulle de l’acquérir et d’en faire son refuge de paix… C’est dans cette maison d’Andrésy que Zipcy décède en 1950.

Quelques traces nous signalent des projets d’Henri Zipcy ; ils n’ont pas eu l’éclat du Louxor… La plupart de ces constructions ont été détruites ou transformées, mais elles racontent une partie de son histoire.

Projets d’Henri Zipcy ayant fait l’objet de demande de permis de construire :

-17, rue de La Tour (16e)
Client : Mme Bouvier
Architecte Zipcy, 33, bd Garibaldi
Ateliers d’artistes en RDC
11 mars 1925
puis 26 juin 1925
-27, rue Ginoux
Client : Marché français des fourrures et pelleteries
Zipcy 35 [sic] bd Garibaldi
Bâtiment pour salles des ventes
Juillet 1920
-27, rue Ginoux
Même client
Zipcy
Salle d’exposition en rez-de-chaussée
-67, rue de Longchamp
Client : de Monbrison
Zipcy, 33, bd Garibaldi
Remise rez-de-chaussée
7 avril 1920
-Bd Magenta
Pour M. Zilberberg
M. Zipey [sic]
Cinéma
7 janvier 1920
-15, rue Fondary
Client : Hurst
Arch. Meister et Zipcy, 12, rue de Bucarest
Habitations de 3 étages
23 juin 1930

L'école Bréguet (Photo "La Technique des travaux", année 1931).

L'école Bréguet (Photo "La Technique des travaux", année 1931, p. 65).

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La Technique des travaux, année 1931 pages 64-65

La Technique des travaux, année 1931, pages 64-65

-81 à 89, rue Falguière
Société de l’école Bréguet
Arch. Chifflot, 90, bd Raspail [ce nom figure seul sur le permis mais H. Zipcy a participé au projet, comme l’indique le document ci-dessus. NDLR.]
Constr. 4 étages de locaux scolaires
31 juillet 1929
-Hôtel La Pérouse, 40, rue La Pérouse (16e)
Archi. M. Zipcy
Surélévation (réalisé)
1926

Michèle Alfonsi © lesamisdulouxor.fr

Sources : archives privées

Publié en mai 2011


Zorro et d’Artagnan à Barbès

Les films qui passaient en octobre 1921 dans les salles proches du Louxor
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Depuis des mois nous sommes un certain nombre à tenter de retrouver le programme de la soirée inaugurale du Louxor, le 6 octobre 1921 (1). Cette recherche ne manque pas d’intérêt et finit par donner une assez bonne idée de ce qu’étaient les programmes des cinémas proches du Louxor en cette première quinzaine d’octobre 1921.

Mais d’abord, un point sur cette fameuse soirée. L’article de Cinéa, finalement le plus complet, reproduit sur notre site en février 2009, se retrouve quasiment mot pour mot dans les différentes revues spécialisées que nous avons consultées (à titre d’exemple, ci-dessous, la page 20 de Ciné Journal du 8 octobre 1921 ; un texte identique figure dans Le Cinéma du 7 octobre) ou avec de légères variantes et abrégé, comme dans le Courrier cinématographique du 7 octobre, ou réduit à un simple entrefilet, reprenant tout simplement les premier et dernier paragraphes de l’article de Cinéa, dans Cinémagazine du 14 octobre. Sous ses diverses versions, cet article non signé, qui finit par  rappeler nos modernes  dépêches AFP, relève davantage de l’écho mondain que de la chronique cinématographique et ne dit rien du programme, sinon qu’il était « fort bien choisi ».

Ciné Journal 8 octobre 1921

Ciné Journal 8 octobre 1921

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Publié en mars 2011


La Dérobade et Megatown – 1986-1990

-Le temps des boîtes de nuit : I. La Dérobade

Dans l’histoire mouvementée du Louxor que nous nous efforçons de reconstituer sur ce site à partir de recherches d’archives et d’appels à témoignages, subsistait une zone d’ombre concernant les années 1986 à 1990 pendant lesquelles le Louxor fut transformé en boîte de nuit. Et voilà qu’un témoignage nous permet enfin de lever, vingt ans après, un coin du voile sur cet épisode insolite. Ce témoignage ne pouvait provenir d’une bouche plus autorisée puisque c’est le responsable des lieux en personne qui nous le livre après nous avoir contactés : Daniel Le Glaner  fut en effet le gérant  de La Dérobade, boîte de nuit antillaise, puis de Megatown, la boîte de nuit gay qu’animait David Girard, décédé en 1990. Nous remercions vivement Daniel Le Glaner d’avoir évoqué  pour nous ses souvenirs et de nous avoir ouvert généreusement son album de photos. Dans ce premier article, La Dérobade. Dans un second à suivre très prochainement, Megatown.

Les habitants se souviennent de l'enseigne lumineuse de la Dérobade qui clignotait dans la nuit

Les habitants se souviennent de l'enseigne lumineuse de la Dérobade qui clignotait dans la nuit

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Publié en février 2011


Le Louxor en cartes postales

Il existe, à notre connaissance, peu de cartes postales où figure le Louxor. Le plus souvent, on n’en aperçoit même qu’un fragment, dans un ensemble concernant le carrefour Barbès.

Nous en connaissons quatre, dont certaines peuvent être précisément datées. Il en est ainsi lorsque le cliché permet de distinguer un film à l’affiche.

Le carrefour Barbès et le Louxor en 1935

Le carrefour Barbès et le Louxor en 1935

Ainsi de Mariage à responsabilité limitée, « comédie de mœurs », réalisée par Jean de Limur en 1933, avec Pierre Larquey et Florelle. On devine ce titre sur l’affiche derrière l’emblématique agent de police à képi, et en lettres lumineuses au-dessus de la marquise. Il passait au Louxor dans la semaine du 21 au 27 juin 1935.

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Publié en février 2011


1921 : on expulse pour construire des cinémas !

Le Louxor, nous l’avons déjà mentionné dans un article précédent, a été construit  à l’emplacement d’un immeuble haussmannien qui a été démoli pour faire place à ce cinéma, et dont les locataires, selon le journal Le Peuple (organe de la CGT) du 9 février 1921, ont été expulsés. Lors de sa conférence du 15 novembre 2010, « Sortir à Barbès en 1921 », Dominique Delord a cité cet article  ironique et drôle, très révélateur des réactions hostiles que pouvait susciter la construction de nombreux cinémas alors même que les suites de la guerre se faisaient encore sentir et que nombre de Parisiens étaient mal logés. Nous remercions Dominique Delord de nous avoir communiqué le texte et permis de le reproduire sur le site des Amis du Louxor.

L'immeuble démoli en 1921 pour construire le Louxor

L'immeuble démoli en 1921 pour construire le Louxor

LE PEUPLE, 9 février 1921

Pendant que les familles nombreuses ne trouvent pas à se loger, on construit des cinémas.

A l’angle des Boulevards Barbès et Magenta, entre une pâtisserie et un marchand de vins, cette palissade dressée depuis un an m’intriguait.
Sans aucun doute on travaillait derrière à une construction d’une urgence extrême, car le chantier présentait tous les symptômes d’une réconfortante activité.
- Tout de même, songeais-je chaque fois que j’avais l’occasion d’y passer, ni les entrepreneurs ni les propriétaires ne sont si fripons qu’on ne cesse de le répéter. En voici qui, malgré la rareté et la cherté des matériaux, prennent souci d’édifier dans un quartier central une maison qui abritera au moins 150 familles. Braves gens !
Cette illusion me fut, hélas ! bientôt enlevée par un ami à qui j’en avais fait confidence :
- Es-tu bête ! me dit ce garçon averti. Ça ne peut être qu’une maison neuve, puisqu’une maison dont les cinq étages semblaient très solides existait là, l’année dernière ;
- Mais pourquoi l’aurait-on démolie ? questionnai-je, dérouté.
- Je ne sais pas, renseigne-toi, c’est ton métier.
Le lendemain, la pâtissière m’a tout dit. Je m’y étais, il faut le dire, pris habilement.
- Madame, lui avais-je dit, je cherche un parent, qui demeurait dans la maison voisine, il y a deux ans.
- Alors, monsieur, il n’y est plus. L’immeuble a été évacué le 15 janvier 1920. Les locataires sont tous partis au terme fixé. Je les connaissais tous.
- Ils étaient nombreux ?
- Une centaine, plus peut-être. Dites-moi le nom de votre parent, peut-être était-ce un client.
(Elle lui demande combien d’enfants, son parent ? Huit, répond-il)
- Oh alors monsieur vous devez vous tromper de maison. Dans celle-ci il n’y avait que des gens comme il faut. Ils n’avaient pas plus de deux enfants. (…)
- Et pourquoi le propriétaire a-t-il mis à la porte des gens si bien ?
- Pour construire un cinéma.
Depuis un an, un immeuble est immobilisé. Vidé de ses locataires, il a été amputé de deux étages. Un énorme fronton, une rotonde lui ont été adjoints  et des fauteuils garniront le hall, sur lesquels on s’assoira deux heures, à condition de payer de trois à dix francs.
Le scandale, c’est que le cas n’est nullement unique. Presqu’aussi nombreux que les banques, les cinémas s’ouvrent un peu partout, installés dans des immeubles de rapport dont les locataires ont été expulsés.
Les protestations des directeurs de spectacle contre la taxe qui leur est imposée apparaissent alors sous un jour singulier. Quels doivent être en effet les bénéfices réalisés par ces directeurs pour qu’ils puissent laisser des valeurs immobilières de un million approximativement dormir plus d’un an sans rien leur rapporter ?

Mais pourquoi construisait-on tant de cinémas ?

Le cinéma (qui avait continué, pendant les années de guerre, à attirer les spectateurs) s’imposait comme un loisir éminemment populaire. L’historien Jean-Jacques Meusy, dont les travaux nous sont toujours d’un grand secours,  rappelle dans son dernier ouvrage1 que le public du cinéma s’élargissait.  Les exploitants, soucieux d’attirer dans leurs salles des spectateurs variés, et notamment les familles, proposaient différents tarifs et des programmes composés de plusieurs films de genres différents : courts films comiques, documentaires, comédies, mélodrames, et notamment les films à épisodes qui, au rythme d’un épisode par semaine, fidélisaient le spectateur en ménageant le suspense ! De plus, au début des années 20, le cinéma, longtemps considéré avec condescendance comme une distraction un peu vulgaire  réservée aux classes populaires,  se mit à conquérir un public  bourgeois  et intellectuel. De nouveaux réalisateurs français (Jacques de Baroncelli, Marcel L’Herbier, Louis Delluc, Henri Diamant-Berger, pour ne citer que quelques  exemples) allaient proposer des longs métrages de qualité, attirant dans les salles obscures un public auparavant plus  enclin à fréquenter théâtres et salles de concert.

Ces cinémas à l’avenir si prometteur, où les construire ? Jean-Jacques Meusy rappelle qu’il ne restait guère de terrain dans Paris2 intra muros, avec ses alignements d’immeubles haussmanniens. Il n’était pas toujours possible (notamment en raison de contraintes techniques) d’aménager les salles dans des bâtiments existants. Alors il est arrivé que l’on démolisse. Ce fut le cas du Louxor. Et quel meilleur emplacement, pour un cinéma, que cette parcelle d’angle au carrefour d’arrondissements très peuplés (quel vivier pour un exploitant !), de surcroît desservis par le métro et le chemin de fer ?

Pour donner une idée du nombre de salles parisiennes au début des années 20 et de leurs programmes,  nous mettons en annexe les pages cinéma de La Semaine à Paris du 18 novembre 1922 (Source : gallica, BNF), soit un an après l’ouverture du Louxor.

©lesamisdulouxor.fr

Notes

1. Jean-Jacques Meusy, Cinémas de France 1894-1918, Arcadia éditions, 2009.
3. Jean-Jacques Meusy, op.cit., pp.219-220

Publié en novembre 2010