5 mars 1939 : Une journée particulière au cinéma Barbès

Dans notre rubrique « Programmes anciens » …

Nous rappelions naguère sur notre site la destinée de cet autre cinéma du quartier, le Barbès Palace, transformé – avec un décor intérieur miraculeusement préservé – en magasin de chaussures. En 1939, il n’est déjà plus qualifié de « Palace », mais la découverte d’un programme nous permet aujourd’hui d’évoquer un autre épisode de son  histoire.

C’est en effet une séance très spéciale que, le 5 mars 1939, connut le Barbès : la matinée avait été réservée par Burnous, Association des Anciens Spahis, et la recette était destinée à ses œuvres.

Programme du 5 mars 1939

Programme du 5 mars 1939

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Quand le music-hall s’invitait au cinéma…

Programmes des années 1920 et 1930

Bernard Meyre, collectionneur et fidèle ami du Louxor, nous a fait parvenir quelques programmes des années 1920 (Barbès Palace) et 1930 (Gaumont-Palace) qui viennent s’ajouter à ceux du Louxor (septembre 1923 et septembre 1924) et du Barbès Palace (juillet 1921) que nous avions déjà présentés sur notre site. Une nouvelle rubrique, « Programmes anciens », regroupera désormais les articles consacrés à ces documents.

Pour les cinéphiles qui s’intéressent à l’histoire des cinémas et de leur programmation, les programmes édités dans les années 1920 et 1930 constituent une mine de renseignements sur la composition et le déroulement des séances qui, surtout dans certaines salles dotées d’un orchestre et parfois même d’un orgue (comme le Gaumont-Palace ou le Louxor), s’inscrivaient encore dans la tradition du music-hall.

Années 20 

Dans ces deux programmes du Barbès Palace (34 boulevard Barbès), cinéma disparu dont nous avions retracé l’histoire, se retrouve l’organisation classique des longues séances du cinéma muet composées de  deux parties séparées par un entracte.

Barbès-Palace, 3-9 juin 1921 et 30 décembre 1921-5 janvier 1922

Barbès Palace, 3-9 juin 1921 et 30 décembre 1921-5 janvier 1922

La vogue des films à épisodes :  le rôle de la presse populaire
Ciné-romans ou « romans de cinémas »

Ces documents [cliquer sur les images pour les agrandir] témoignent de la place occupée par les films à épisodes, habituellement projetés en première partie de séance, et qui avaient les faveurs du public. Ils contribuaient aussi à le fidéliser, d’autant que les réalisateurs français, soucieux de s’imposer face au puissant cinéma américain, proposaient des sujets originaux ou puisés dans les classiques populaires français, susceptibles de conquérir de nouveaux spectateurs. Pendant la semaine du 3 au 9 juin 1921, la première partie de la soirée comportait le 7e épisode du feuilleton L’Homme aux trois masques (1921), film en douze épisodes d’Émile Keppens et René Navarre, d’après l’œuvre d’Arthur Bernède, et produit par la Société des Cinéromans. Du 30 décembre 1921 au 5 Janvier 1922, la première partie de soirée enchaînait deux feuilletons :  le 11e épisode de L’Orpheline (1921) de Louis Feuillade avec la star du muet Sandra Milowanoff et Les Trois Mousquetaires d’Henri Diamant-Berger (11e épisode ).

La presse populaire constituait pour le cinéma un relais précieux : lorsque le film sortait en salles, des journaux parisiens (dont Le Petit Parisien, Le Matin, Comoedia) mais aussi des quotidiens de province en publiaient simultanément les épisodes sous forme de  feuilleton. La Société des Cinéromans illustre parfaitement cette collaboration entre presse, producteurs, réalisateurs et auteurs  : ainsi Arthur Bernède, crée des personnages (Belphégor, Judex, Mandrin) qui font désormais partie de l’histoire du cinéma et de la littérature populaire. « Le rythme de sortie des films et des feuilletons correspondants est soutenu. Pendant la saison 1921-1922, il y a en permanence un film des Cinéromans en cours sur les écrans et le feuilleton correspondant dans la grande presse »( 1).
Le Petit Parisien publie ainsi, du mercredi 13 avril au 6 juillet 1921, les douze épisodes de L’Homme aux trois masques.

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Un autre palais du cinéma : le Barbès Palace

La découverte d’un élégant programme de 1921 par Bernard Meyre, collectionneur cinéphile et adhérent des Amis du Louxor, vient nous rappeler qu’existait, non loin du Louxor, un autre « palais du cinéma », le Barbès Palace.

Programme du 1er au 7 juillet 1921 (Collection Bernard Meyre)

Avec le beau Palais-Rochechouart (actuel Darty), le plus modeste Delta (Guerrisol), le Myrha (devenu église évangélique), le Gaîté-Rochechouart (Célio), pour ne citer que les cinémas les plus proches du Louxor, les habitants de Barbès n’avaient que  l’embarras du choix pour se distraire. Si la plupart de ces salles ont disparu ou sont devenues méconnaissables, une bonne surprise attend le visiteur qui franchit l’entrée du 34, boulevard Barbès : comment deviner, en effet, que derrière la façade banale du magasin de chaussures Kata, se cachent les beaux restes d’un des plus vastes cinémas de quartier parisien, le Barbès Palace, fermé en 1985 ?

Rideau de scène- magasin Kata 10 septembre 2012

Spectacle insolite, des centaines de paires de chaussures s’entassent dans un décor de théâtre d’une fraîcheur étonnante.

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Une séance au Louxor en 1923

Le programme du Louxor du 14 au 20 septembre 1923, conservé à la section Archives de la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris et aimablement communiqué par Madame Geneviève Morlet, est un petit livret de huit pages, non illustré, qui contient l’horaire et le programme des séances de la semaine (en pages 4-5, centrales), le résumé d’un des films présenté et de nombreuses réclames pour les commerçants du quartier. Ce petit livret, vendu 50 centimes aux spectateurs, est une mine d’informations sur le Louxor au début de son exploitation, peu de temps après son inauguration le 6 octobre 1921 : des informations sur la chaîne de cinémas à laquelle il appartenait, sur la forme et le contenu des séances, sur les films projetés et sur l’environnement commercial du « Palais du cinéma ». On pourra le comparer au programme de 1924, déjà présenté sur le site.

Programme de la semaine du 14 au 20 septembre 1923 (Source : BHVP – photo M.F Auzépy)

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Au temps du muet I.

Un programme du Louxor en 1924

On ne sait pas toujours que, comme les théâtres, certains cinémas éditaient eux-aussi leur propre brochure, support d’information et de publicité. Nous vous présentons ici un beau  programme datant de 1924.

Programme de la semaine du 12 au 18 septembre 1924

Programme de la semaine du 12 au 18 septembre 1924

Le Louxor a été inauguré, à un mois près (6 octobre 1921), trois années plus tôt. C’est un cinéma prestigieux, dont Lutetia, le groupe auquel il appartenait alors, soigne l’image : en témoigne la qualité du programme qu’ont bien voulu nous confier M. et Mme Guérin, habitants du 18e arrondissement et collectionneurs infatigables de documents et cartes postales.
Il s’agit d’un programme de 17 pages, presque une petite revue (notre actuel format A5), qui s’intitule d’ailleurs significativement « programme journal », dont la belle couverture encadre de motifs égyptisants la photo du bâtiment (prise en 1924, puisque l’affiche est celle du film Les Yeux de l’âme, Os Olhos da Alma, drame tourné en 1923 au Portugal par Roger Lion et sorti sur les écrans parisiens le 18 Janvier 1924).
Les pages intérieures entourent de frises et d’images diverses les différents textes et les « réclames ».

Semaine du 12 au 18 septembre 1924

Si le programme précise la semaine (12 au 18 septembre), l’année n’est pas mentionnée mais on peut la déduire des films présentés : La Galerie des Monstres et Le Chiffonnier de Paris, ce dernier annoncé pour la semaine suivante, sont sortis en 1924, et, cette année-là, le 12 septembre est bien un vendredi.

Comment se déroulait une séance de cinéma en cet automne 1924 ?

D’abord, elle ne comportait pas qu’un seul film : cette semaine-là, par exemple, deux films étaient proposés au spectateur. Non seulement un orchestre (« Chef d’orchestre : M. Marius Kowalski ») accompagnait l’ensemble, et, comme au théâtre, un entr’acte séparait les deux parties du spectacle, mais aux actualités Pathé (« Pathé-Journal ») et au documentaire, qui vont survivre à l’époque du muet, s’ajoutaient diverses attractions (ici un spectacle d’ « ombres spirites »).

Le programme de la soirée

Le programme de la soirée

Les deux films au programme

Le premier film, Baruch (Das alte Gesetz), présenté dans le programme comme un « curieux film de mœurs israélites », a été réalisé en 1923 par Ewald André Dupont, réalisateur allemand né en 1891, à qui l’on doit notamment Variété (1925) avec Emil Jannings et Moulin Rouge (1928). Il s’installa définitivement à Hollywood en 1933.
Baruch, dont  les rôles principaux sont tenus par Henny Porten, star du cinéma muet en Allemagne, Ernst Deutsch et Julius Brandt, est une adaptation par le scénariste Paul Reno des mémoires de Heinrich Laube, directeur du Burgtheater de Vienne de 1849 à 1867.  On retrouvera quatre ans plus tard, dans le très célèbre Chanteur de jazz, la même histoire : celle d’un jeune héros déchiré entre sa vocation artistique et l’attachement à son identité religieuse et culturelle. Baruch a été projeté au festival de Pordenone en octobre 2007.

Résumé du film Baruch

Page 9 : résumé du film Baruch

Ensuite, après une prestation musicale et un spectacle d’ombres, le spectateur avait droit au second film : cette semaine, La Galerie des Monstres.

Affiche du film (source Internet. Ne figure pas dans la brochure)

Affiche du film ( Ne figure pas dans la brochure. Source : cinemotions.com)

C’est en Espagne que fut tournée La Galerie des Monstres (La Barraca de los monstruos ), film de Jacque-Catelain (1897-1965), qui avant d’être réalisateur, était un acteur très populaire au physique de jeune premier et qui collabora régulièrement avec Marcel L’Herbier. Il joue d’ailleurs dans son film en compagnie de Loïs Moran, Jean Murat, Claire Prelia et Lili Samuel. Le programme nous fournit une idée de l’intrigue mélodramatique due aux auteurs et scénaristes Eric Allatine (d’après son roman) et Renzo (pour l’adaptation espagnole).

Résumé du film. On note que les pages sont inversées.

Résumé du film. On note une erreur d’impression : les pages 12 et 13 sont inversées.

Le Chiffonnier de Paris, sorti le 29 avril 1924, est annoncé pour la semaine suivante. Vous pouvez lire  sur notre site l’article consacré à ce film,  « Les métamorphoses du Chiffonnier de Paris ».

Les autres rubriques
On trouve aussi dans ce « programme journal » divers échos de la vie cinématographique, et plus généralement artistique, du moment.
Nous apprenons ainsi la fermeture des cinémas de Boulogne-sur-Mer en raison d’une exploitation déficitaire imputée à une taxe municipale. « Dans le but de protester contre cette taxe abusive », précise le texte, « les directeurs boulonnais ont organisé le 23 juin, sous les auspices du Syndicat des directeurs de Cinémas, une séance exceptionnelle “Cinéma et Conférence” au cours de laquelle M. Jean Chataigner, vice-président du groupe interparlementaire de défense du cinéma a pris la parole. [.…] Les amateurs y assistèrent nombreux ». Avant d’aborder le problème de la taxe, on projette un documentaire sur Madagascar, puis M. Chataigner « retrace à grands traits les progrès du cinéma, insiste sur le rôle joué pendant la guerre et montre celui que le cinéma est appelé à jouer dans l’avenir comme moyen de propagande, d’éducation et de liaison entre les peuples ».

Le programme s’intéresse aussi, alors qu’elles ne figurent pas dans les films annoncés, à deux grandes vedettes féminines d’alors : Pola Negri, dont il publie la photo, et Lilian Gish, dont il offre, en près de cinq pages, une biographie.

Programme pages 2 et 3

Programme pages 2 et 3

La publicité

Le programme de septembre 1924 comporte un grand nombre d’annonces publicitaires, parmi lesquelles on ne s’étonnera pas de trouver celle pour les fameux esquimaux :

esquimeaux

Publicité

Mais on y trouve aussi des publicités pour les produits ou établissements les plus variés, dont le format va de quelques lignes en bas de page à la page entière de réclames pour les commerçants du quartier : on apprend au passage qu’au 157 boulevard de Magenta (emplacement de l’actuel Crédit Lyonnais), le Café des Sports proposait entre autres des « ghogs [sic]américains de la maison Cusenier » … Certaines d’entre elles sont même illustrées :

programme pages 8 et 11

programme pages 8 et 11

La plus belle de ces annonces publicitaires célèbre, au verso de la couverture du programme, les Galeries Dufayel, sur lesquelles nous publierons aussi bientôt une étude, immense magasin dont la façade boulevard Barbès correspond aujourd’hui à la BNP, la Grande Récré et Virgin, et dont on peut toujours admirer, au 26 de la rue de Clignancourt, la magnifique entrée surmontée d’un bas relief représentant « Le Progrès entraînant dans sa course le Commerce et l’Industrie ». Elles abritaient depuis 1896 le cinématographe Lumière. Naturellement, quelques annonces sont directement liées à l’industrie cinématographique, comme la liste des établissements Lutetia, une publicité pour une revue de cinéma ou une autre encore pour un music-hall, l’Empire, inauguré en 1897, mais qui venait d’être entièrement reconstruit (démoli après l’explosion de 2005, il est aujourd’hui remplacé par un hôtel).

Magasins Dufayel (dos de la brochure) et Salle Empire page 18

Magasins Dufayel (verso de la couverture) et Salle Empire page 18

Nicole Jacques-Lefèvre et Annie Musitelli ©Les amis du Louxor