De La Dérobade à Megatown

Le temps des boîtes de nuit – 2 : Megatown 1988-1990

Dans un article précédent, Daniel Le Glaner, ancien gérant des deux boîtes de nuit qui ont occupé le Louxor entre 1986 et 1988, évoquait la boite de nuit antillaise La Dérobade. En dépit de son succès, cette discothèque, ouverte en novembre 1986, ferma ses portes pour être remplacée au mois de juin 1987 par la boîte gay Megatown.

Comment est-on passé de La Dérobade à Megatown, « la plus grande boite gay de France »?
Je vous ai parlé de l’hostilité de certains riverains à l’égard de La Dérobade et de leurs pressions sur la mairie et la préfecture. Une pétition a même circulé pour en demander la fermeture. Le résultat a été que je n’ai pas obtenu le renouvellement annuel d’ouverture tardive (après 2 heures du matin) pour exploiter la discothèque. Je suis resté deux mois à devoir fermer à 2 heures du matin comme l’ensemble des bars de Paris. Comprenez-bien que, dans ces conditions, c’était la mort de l’exploitation, voulue par la mairie et la Préfecture de Police.

Megatown succède à la Dérobade (photo 1987)

Megatown succède à la Dérobade (1987 © Bernard Meyre)

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La Dérobade et Megatown – 1986-1988

Le temps des boîtes de nuit : I. La Dérobade

Dans l’histoire mouvementée du Louxor que nous nous efforçons de reconstituer sur ce site à partir de recherches d’archives et d’appels à témoignages, subsistait une zone d’ombre concernant les années 1986 à 1990 pendant lesquelles le Louxor fut transformé en boîte de nuit. Et voilà qu’un témoignage nous permet enfin de lever, vingt ans après, un coin du voile sur cet épisode insolite. Ce témoignage ne pouvait provenir d’une bouche plus autorisée puisque c’est le responsable des lieux en personne qui nous le livre après nous avoir contactés : Daniel Le Glaner  fut en effet le gérant  de La Dérobade, boîte de nuit antillaise, puis de Megatown, la boîte de nuit gay qu’animait David Girard, décédé en 1990. Nous remercions vivement Daniel Le Glaner d’avoir évoqué  pour nous ses souvenirs et de nous avoir ouvert généreusement son album de photos. Dans ce premier article, La Dérobade. Dans un second à suivre très prochainement, Megatown.

Les habitants se souviennent de l'enseigne lumineuse de la Dérobade qui clignotait dans la nuit

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Dans les coulisses du Louxor

Xavier  Delamare se souvient …

Nous avons rencontré Xavier Delamare, témoin privilégié de l’histoire du Louxor. Attiré dès son jeune âge par le spectacle et les salles de cinéma, il les a beaucoup fréquentées, en cinéphile mais aussi en raison de ses activités professionnelles. Nous le remercions de nous avoir longuement parlé du Louxor et de nous autoriser à publier quelques-unes de ses photos.

Ancien fauteuil du Louxor de style égyptisant - Coll. Xavier Delamare

Comment en êtes vous-venu à vous intéresser aux salles de cinéma et au Louxor ?
Je suis un autodidacte, j’ai tout appris  sur le terrain. Pendant mon service militaire, j’ai rencontré une amie dont le père avait un cinéma à Saint-Mandé Tourelles. C’est là, au retour du service, qu’a eu lieu mon apprentissage : j’ai fait tout ce qu’il y a à faire dans une salle de cinéma et je me suis formé sur le tas. J’ai aussi travaillé dans le circuit Rochman  qui avait créé les Trois Luxembourg et suis devenu chef de poste à 23 ans avec la responsabilité du cinéma et des 10 personnes qui y travaillaient. À l’époque, c’était un complexe ultra moderne pourvu de la dernière technologie et la salle marchait très bien. Puis j’ai été assistant directeur chez UGC. Mais c’est surtout lorsque j’ai travaillé pour la société Batido que j’ai appris à connaître tous les cinémas de la région parisienne, dont le Louxor. Pendant au moins neuf ans j’ai été représentant de cette société qui commercialisait les Glaces Gervais et autres Eskimos : j’ai donc écumé toutes les salles, surtout celles de Paris et d’Île-de-France, et j’aimais bien discuter avec tous les gens qui y travaillaient, les exploitants mais aussi les ouvreuses et les projectionnistes.
Parallèlement, j’ai beaucoup apprécié ma collaboration avec Francis Lacloche, notamment dans le cadre de l’exposition de 1983, « Le cinéma dans ses temples », en établissant les fiches des nombreuses salles qui étaient présentées et qui sont répertoriées dans les archives du Fonds Eldorado.

Le Louxor au début des années 80

La façade au début des années 80

Et ces différentes activités vous ont amené au Louxor …

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Souvenirs d’un spectateur heureux

Nicole Jacques-Lefèvre s’est entretenue avec Jean-Pierre Lemaire, habitant du quartier, cinéphile et ancien spectateur du Louxor.

Pour Jean-Pierre Lemaire, éditeur d’art et d’histoire et spécialiste de l’histoire du cinéma, né le 22 août 1941, le Louxor est une affaire de famille. Ses grands parents, M. et Mme De Jonghe, qui habitaient 51 bd de La Chapelle, ont failli être expropriés lors de sa construction, qui devait s’étendre au-delà de la surface finalement retenue. Ce qui n’a pas empêché sa mère de l’emmener très jeune, le dimanche, au Louxor. Elle évoquait aussi sa propre expérience de spectatrice au Louxor, et Les Périls de Pauline, série en 20 épisodes,  produite par Pathé en 1914, avec Pearl White.

Dans les années 1946-49, alors que le Louxor projetait les films de la RKO, dont Howard Hugues était directeur, il y a vu tous les Walt Disney (Pinocchio, Dumbo, Bambi, …) et, vers l’âge de onze ou douze ans, Bari chien loup avec Pierre Fresnay. Le Louxor était alors, contrairement au Palais-Rochechouart (à l’actuel emplacement de Darty) qui diffusait en première exclusivité, un cinéma de deuxième exclusivité, aux versions toujours françaises. Trois prix étaient proposés, pour l’orchestre, le 1er et le 2e balcon. Le Louxor était alors très fréquenté, et il n’était pas rare de s’y trouver dans de longues files d’attente : on s’installait donc aux places qui restaient libres. On pouvait fumer dans la salle.  Lorsqu’un film avait beaucoup de succès, il restait deux semaines à l’affiche. Ce fut le cas, entre 49 et 50, de Samson et Dalila de Cecil B. DeMille.

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Mars 1973, «La Bataille d’Alger» au Louxor

Un témoignage de Jean-Pierre Leroux

Cela doit être en 1973 que j’ai vu le film de Gillo Pontecorvo  La Bataille d’Alger au Louxor. Un film réalisé en 1965, mais qui avait été retiré des écrans sous la pression des groupes d’extrême droite. J’étais accompagné de ma compagne et d’un journaliste algérien.

Affiche de La Bataille d'Alger (DVD CArlotta Films)

Affiche de La Bataille d’Alger (DVD Carlotta Films)

La salle était comble et l’assistance composée essentiellement de spectateurs d’origine algérienne. Très vite, on s’est rendu compte que ce film représentait quelque chose de fort pour toute l’assistance. Les spectateurs « vivaient » le film. Des moments de silence qui traduisaient l’inquiétude, lorsque les parachutistes envahissaient la casbah. Des cris d’indignation face aux brutalités des militaires. La salle qui se levait et acclamait lorsque les combattants du FLN déjouaient les parachutistes.

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Bollywood au Louxor

Un témoignage de Deva Koumarane

Nous avons rencontré Deva Koumarane, français d’origine indienne né à Pondichéry. Poète, journaliste et enseignant,  il a organisé diverses manifestations culturelles autour de l’Inde et du cinéma indien. Il connaît le Louxor de longue date pour l’avoir fréquenté dès 1971 pendant ses années d’étudiant lorsque ce cinéma projetait régulièrement devant une salle comble des films indiens de langue hindi, sous-titrés en français et en arabe, qui  n’avaient pas à l’époque reçu le label « Bollywood ». Il  apporte ici un premier éclairage sur ce cinéma populaire indien qui attirait les foules au Louxor.

Une affichette retrouvée dans le fonds Eldorado (archives de  l’Institut français d’architecture) nous avait incités à nous intéresser à cette facette de la programmation du Louxor. Elle annonce une programmation exceptionnelle au Louxor: le «monument du cinéma indien », Qurbani, y sera projeté « pour la première fois » du 8 au 22 octobre 1980, sous-titré en français et en arabe. Qurbani, sorti en 1980, est réalisé par Feroz Khan avec dans les trois rôles principaux Feroz Kahn, Vinod Khanna et  Zeenat Aman. Rivalités amoureuses, scènes d’action, numéros de danse et de chant, grands acteurs : tous les ingrédients étaient réunis pour que le film soit un immense succès en Inde. Quant aux chansons du film, elles comptèrent parmi les meilleures ventes de l’année. Qurbani fait l’objet d’un remake par Fardeen Kahn, fils du réalisateur Féroz Kahn mort en 2009.

Deva Koumarane reviendra plus longuement dans un prochain entretien sur l’histoire du cinéma indien et l’état actuel  de cet art qui est aussi une puissante industrie.

Affichette annonçant la projection en exclusivité de Qurbani (Source : Fonds Eldorado)

Affichette annonçant la projection de Qurbani (Source : fonds Eldorado)

Avant d’être connu aujourd’hui sous le vocable de BOLLYWOOD, mot formé des deux premières lettres empruntées à BOMBAY, capitale du cinéma indien, et les autres lettres à HOLLYWOOD, capitale du cinéma mondial, le cinéma populaire  indien dans les années 60-80 n’était regardé et apprécié que par les immigrés non européens vivant dans la région parisienne.
Le public occidental cinéphile s’intéressait plutôt aux  films réalisés par Satyajit Ray (1921-1992), des films sur les réalités quotidiennes de la vie de l’Inde. En 1956 le Festival de Cannes distinguait son film Pather Panchali, premier volet d’une trilogie de la misère et de la révolte (adapté du roman de B. Banerji). Le public occidental découvrira ses autres films comme  Le Salon de Musique (1958), La Déesse (1960), La Grande ville (1963), Charulata (1964), Les Joueurs d’échecs, La Maison et le Monde (1984).

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Souvenirs du Louxor


C’était le temps ou le bonhomme en bois faisait la publicité (on disait alors la réclame) du grand magasin de meubles des Galeries Barbès.

Catalogue des Galeries Barbès

Catalogue des Galeries Barbès

J’étais enfant, et j’habitais alors au n° 14 de la rue des Poissonniers, juste en face de la sortie du Barbès Palace, dont l’entrée (aujourd’hui magasin Kata) se trouvait Boulevard Barbès. Les cinémas alors ne manquaient pas et étaient très fréquentés dans ce quartier ouvrier. Outre le Barbès Palace, j’étais spectatrice au Myrha Palace, au Delta (où j’ai vu La Ciocciara de De Sica), à La Gaîté Rochechouart (ou j’ai vu Les canons de Navarone), et, bien sûr, au Louxor, dont j’admirais déjà les mosaïques de la façade, mais dont la salle n’avait alors conservé aucune de ses splendeurs d’antan. J’allais de préférence au balcon, mais il fallait arriver tôt, car je n’étais pas grande, et dès le deuxième rang, je ne voyais plus grand chose… C’était alors un cinéma de quartier comme les autres, où j’ai vu en particulier (deux fois de suite dans la même après-midi, tant cela m’avait plu), Les Trois Mousquetaires de Hunebelle. Il faut dire que je connaissais le livre presque par cœur.

Mais un de mes souvenirs les plus marquants est celui d’un court-métrage d’Alain Resnais sur la Bibliothèque Nationale : « Toute la mémoire du monde » . La projection d’un film était alors en effet toujours précédée des actualités, et d’un court-métrage. Celui-ci est sorti en 1956, j’avais alors 10 ans, mais a-t-il été programmé au Louxor aussitôt ? … j’avoue que mes souvenirs ne sont pas aussi précis, mais je pense que j’étais plus âgée lorsque je l’ai vu. Ce dont au contraire je me souviens fort bien, c’est que cette projection avait été pour moi source à la fois de fascination et d’un léger écœurement. Il faut dire que j’avais un peu trop mangé d’un délicieux clafouti aux cerises cuisiné par ma mère, et que les vertigineux travellings de Resnais dans les sous-sols de la Bibliothèque Nationale avaient ajouté à mon malaise interne … Cette projection a-t-elle été pour quelque chose dans ma vocation de recherche en littérature ? Je ne savais pas alors que je passerais plus tard tant d’heures heureuses au milieu des livres dans ce lieu magnifique, mais le spectacle de tant d’ouvrages, de documents, et cette fabuleuse relation au passé m’avaient éblouie.

Nicole Jacques-Lefèvre
Professeur émérite de Littérature du XVIIIe siècle
Université Paris X-Nanterre