Amédée Tiberti, peintre décorateur

Si le nom de l’architecte Henry Zipcy fut longtemps déformé en Ripey, celui d’Amédée Tiberti, le peintre qui  réalisa la décoration intérieure du Louxor, fut lui aussi rapidement estropié. Plusieurs articles1 relatant l’inauguration du Louxor du 6 octobre 1921  louaient, en termes identiques, les décors  réalisés  « dans le style égyptien, par M. Amédée Tibéri, qui s’est heureusement inspiré des antiquités du Musée du Louvre. » D’où de longues  recherches sur de fausses pistes à la poursuite de ce mystérieux M. Tiberi. Mais le journal Bonsoir, avait, lui, publié deux articles consacrés au Louxor, dans lesquels le décorateur était nommé Tibérty le vendredi 7 octobre 1921, nom rectifié en Tiberti le dimanche 9 octobre… Et si Bonsoir avait raison ?

Notre trésorière et historienne, Marie-France Auzépy, partit donc à la recherche d’un Amédée Tiberty ou Tiberti décorateur, et c’est aux Archives de la Seine qu’elle finit par le découvrir.

Registre analytique du Tribunal de commerce de Paris, 1921 (Archives de la Seine)

Le registre analytique du Tribunal de commerce de 1921 nous apprend qu’Amédée Tiberti est né le 16 juillet 1883, à L’Aquila, en Italie et a fondé son entreprise le 11 mars 1921, soit quelques mois avant l’ouverture du Louxor. Les ateliers et bureaux de ce « peintre décorateur » se trouvaient à Paris, 16, rue Lally Tollendal, dans le XIXe  arrondissement (Tel. : Combat 94-24). L’annonce qui figure dans l’Annuaire du commerce Didot-Bottin de 1923  précise les nombreuses spécialités de son entreprise : « Décoration, Lettres, Dorure, Filages, Tentures, Maquettes, Projets, devis, Dessins, exécution, Patinage genre ancien, Décoration sous verre ».

Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1923, rubrique “Peintres-décorateurs” (Archives de la Seine)

Cette découverte vient ainsi confirmer qu’Amédée Tiberti n’a pas réalisé le décor de mosaïques, ce dont nous nous doutions, n’ayant retrouvé aucune trace d’un Tiberti mosaïste dans divers fonds d’archives consultés, ni aucun signe de son intervention dans les catalogues de la fabrique de mosaïques Gentil et Bourdet.

On peut supposer qu’un chantier d’une telle ampleur était une aubaine et un beau défi artistique pour cette jeune entreprise à l’activité diversifiée qui allait ainsi pouvoir réaliser aussi bien les peintures au pochoir sur les murs que celles des hiéroglyphes sur les poutres du plafond  ou encore les  inscriptions LOUXOR figurant au-dessus des entrées principales.

Les bribes d’information que fournissent nos rares sources sur l’entreprise d’Amédée Tiberti en tracent un tableau assez intrigant : elle n’a figuré que deux ans (1923 et 1924) dans l’Annuaire du commerce, mais elle a duré au moins jusqu’en 1948, date à laquelle elle fut radiée selon le registre analytique du Tribunal de commerce. Cependant, cette radiation ne fut pas définitive car l’entreprise a été réimmatriculée pour être définitivement  radiée le 29 septembre 1967, comme en atteste le registre du commerce de cette année.

Qui aurait imaginé que l’œuvre d’Amédée Tiberti, recouverte en 1930 par un nouveau décor, et oubliée pendant plusieurs décennies sous des couches de peinture et de revêtements divers, allait ainsi être retrouvée, puis restituée dans les règles de l’art  à la faveur de la réhabilitation du Louxor ?

Annie Musitelli ©lesamisdulouxor.fr

Note :

1. Par exemple Cinéa,15 octobre 1921, ou Cinéjournal, 8 octobre 1921.