Il y a 100 ans au Louxor… Le programme du 28 octobre au 3 novembre 1921

Les bibliothèques classent, rangent et mettent sans arrêt à la disposition des lecteurs de nouveaux documents. C’est ce qui est arrivé avec la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP) où nous venons de découvrir un programme du Louxor, le plus ancien que nous ayons eu entre les mains, et dont la couverture très originale, est probablement celle qui a servi pour le programme de l’inauguration du 6 octobre 1921.

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« Vu le luxe, le confort de ce bel établissement, ses beaux programmes et sa bonne musique, nous ne doutons pas qu’avant peu, la salle Louxor ne soit une des salles préférées de tous les amateurs de beaux programmes cinématographiques ». C’est ainsi que la revue Cinémagazine du 14 octobre 1921 annonçait dans sa chronique hebdomadaire l’inauguration du nouveau palais du cinéma de Barbès.
L’homme d’affaires Henry Silberberg, qui l’a fait édifier, dirigera la salle jusqu’à son décès, le 23 novembre 1921, un peu plus d’un mois après l’inauguration. On sait que Silberberg, ancien directeur du Casino de Saint-Valery en Caux, bon connaisseur du monde du spectacle, s’intéressait aussi au cinéma. Selon la Cinématographie française du 5 mars 1921, il aurait même entrepris des démarches auprès de la société allemande U.F.A. pour « acheter une partie de la production de cette société ». Préparait-il déjà la programmation de son futur cinéma ?
Le programme du 28 octobre au 3 novembre 1921 annonce de belles réjouissances.

Programme du 28 octobre au 3 novembre 1921 (collection BHVP, 4DEP-004 149)


Sa couverture, élégante et raffinée, dont les tons vert et bruns seront repris dans la publicité pour Dufayel au dos de la brochure, exhibe des éléments égyptisants sans toutefois reproduire à l’identique les décors et pochoirs qui donnent au nouveau palais du cinéma son identité. Ici pas de disque solaire ailé encadré par deux cobras mais un pharaon sur un trône agrémenté d’un taureau sacré recevant les hommages d’un sujet. Une tête de scarabée, emblème du pouvoir et de la renaissance du soleil dans l’ancienne Égypte, occupe le centre de la frise tout en haut du programme. Le Louxor est d’emblée une salle importante, les films sont projetés la première semaine de leur sortie. À une exception près le programme est le même que celui du Gaumont-Palace.

Le programme de la semaine du 28 octobre au 3 novembre 1921.


Un accueil en musique introduit la séance. M. Remond, le chef d’orchestre, auquel succédera Marius Kowalski (1886-1963), officie dans la fosse, entouré de ses vingt musiciens. Le public averti reconnaît, mêlée aux sons de l’orchestre, la sonorité de l’orgue de cinéma Abbey dont les tuyaux se dissimulent derrière les motifs ajourés encadrant la scène. Après l’entracte, au début de la deuxième partie, le chef d’orchestre empruntera à Jules Massenet un air de son opéra Le Cid, créé à l’Opéra Garnier en 1885, dont l’action se déroule en Espagne. Un clin d’œil au clou de la séance, le long métrage de Marcel L’Herbier, El Dorado. Alors que ce format ne s’est pas encore imposé, le film, qui dure 1h 20, occupe cette semaine-là, presque exclusivement la seconde partie, réservée aux films prestigieux.

La première partie
Après les actualités Gaumont, la première partie va enchaîner deux films à épisodes. Le genre a eu son heure de gloire pendant la guerre. Semaine après semaine, le récit se poursuit, chaque épisode se concluant par un effet dramatique. La mécanique est habilement construite, il faut fidéliser un public avide de sensations et Louis Feuillade, le réalisateur de L’Orpheline, est devenu le maître incontesté du genre.

Cinémagazine, 2 septembre 1921


A partir de 1907, Louis Feuillade produit un nombre impressionnant de courts-métrages dans des genres très différents, toujours pour la Gaumont dont il devient à cette date directeur artistique. La concurrence avec Pathé est rude et pour répondre à leur dernière nouveauté, le film à épisodes, Gaumont et Feuillade ont déjà proposé, en 1916, Les Vampires, inspiré des feuilletons populaires où l’action domine, avec la troublante et maléfique Musidora dans son scandaleux collant noir.
Mais après la guerre et les élections de 1919, pour la majorité conservatrice de la « Chambre bleu horizon », le relèvement de la France ne peut échapper à l’ordre et au travail. Les exploits des criminels de Fantômas et des Vampires ne sont plus d’actualité. Un portrait élogieux de Louis Feuillade, publié dans Cinémagazine le 2 septembre 1921, avertit le lecteur : « Les Cinés-Romans de Louis Feuillade constitueront maintenant l’apologie de la Famille et du Foyer. Vous avez tous remarqué que dans Les Deux Gamines le metteur en scène a complètement supprimé le genre dit policier-américain qui tourne par trop la tête à certains enfants. Il en sera maintenant toujours ainsi. » La décence et le roman familial sont donc à l’ordre du jour. On les retrouve dans le mélodrame L’Orpheline, un scénario original, dont le troisième épisode, Le Complot, est au programme du Louxor cette semaine-là.

Cinémagazine, 28 octobre 1921

Chacun des épisodes dure 30 minutes environ, excepté le prologue et le premier épisode, en général projetés au cours de la même séance afin d’installer le sujet.
Le film à épisodes met en scène des récits souvent manichéens, utilise des personnages à la psychologie prévisible, placés dans des situations souvent compliquées où rebondissements et retournements de situation sont légion. Dans L’Orpheline, il y aura un bien sûr un traître, russe et bolchévique de surcroît, qui cherche à escroquer un capitaine, en faisant passer une aventurière pour la fille qu’il aurait eu avec une comtesse dont il fut éperdument amoureux. La vraie orpheline âgée de 18 ans vit à Alger avec sa mère, elles seront retrouvées par l’ex-fidèle ordonnance du capitaine.

 

Sandra Milowanoff dans le rôle de l’Orpheline et Georges Biscot dans le rôle de Némorin

Sandra Milowanoff, danseuse étoile au Théâtre Impérial de Saint-Pétersbourg et réfugiée en France après la révolution de 1917, sera Jeanne, l’authentique orpheline, et le comique, Georges Biscot, l’ordonnance qui retrouvera la mère et la fille. Feuillade s’est constitué une troupe d’acteurs avec lesquels il aime travailler. René Clair y débute dans un second rôle.
La projection en salle s’accompagne de la parution en récit des différents épisodes dans le quotidien à dix centimes Le Journal, un des quatre grands de la presse de l’époque.

Annonce de la publication prochaine du ciné-roman L’Orpheline (La Cinématographie Française, 23 juillet 1921)


Après la guerre, la moyenne des films s’établit autour de douze épisodes et Les Trois Mousquetaires, le film à épisodes qui va succéder à L’Orpheline n’échappe pas à la règle mais, peut-être pour se donner un air plus respectable, les épisodes seront ici appelés chapitres. Le film est cette fois une adaptation par le réalisateur Henri Diamant-Berger du roman historique d’Alexandre Dumas, produit par Pathé-Consortium. Le film, qui s’auréole du succès du roman de cape et d’épée de Dumas, paru en feuilleton dans Le Siècle et adapté au théâtre par l’auteur et Auguste Maquet, est l’événement cinématographique de l’automne 1921 et bénéficie d’une campagne publicitaire exceptionnelle. Il est programmé dans 800 salles en France.

Ciné Journal, 15 octobre 1921


Diamant-Berger a beaucoup écrit sur le cinéma et notamment dans la revue Le Film, une revue exigeante où en tant que rédacteur en chef, il a réuni de belles signatures, Colette, Cocteau, Cendrars, sans oublier les deux amis Delluc et Moussinac. Elle se veut une tribune du jeune cinéma, un journal de combat destiné à le faire accepter comme un art à part entière. Henri-Diamant Berger quitte la revue en 1919 pour se consacrer à la production des Trois Mousquetaires.
A la sortie de la Grande Guerre, la situation du cinéma français est catastrophique. Avec les Trois Mousquetaires, Diamant-Berger veut frapper un grand coup. Le budget est exceptionnel et autorise de nombreux figurants, de somptueux décors naturels et la direction de Mallet-Stevens pour les intérieurs. Sadoul affirme que le financement de ce film de 15 055 mètres s’élevait à trois millions de francs. Pour d’Artagnan, Diamant-Berger choisit Aimé Simon-Girard, un chanteur de revues et d’opérettes qui danse au Casino de Paris : « Bon cavalier, bon épéiste, d’une jeunesse d’allure et d’une aisance exceptionnelle, c’est un casse-cou qui refuse d’être doublé par des cascadeurs professionnels », écrit Diamant-Berger dans ses Mémoires(1) . Ce qui ne l’empêchera pas de recruter deux acteurs de la Comédie Française, Édouard De Max dans le rôle de Richelieu et Maxime Desjardins dans celui du capitaine Tréville. Sans oublier ni Charles Dullin, dans le rôle du Père Joseph, l’éminence grise de Richelieu, ni Gaston Rieffler dans Louis XIII, un chanteur de répertoire et d’opérettes, notamment à l’Opéra-Comique qui, fort de ses succès au cinéma, reviendra quelques années plus tard entretenir sa popularité dans des prestations scéniques sous le titre de « comédien lyrique » au Louxor et ailleurs.
La présentation du film a lieu lors de trois soirées exceptionnelles dans la grande salle du Trocadéro avec les musiciens des concerts Colonne en présence de M. Fourel, le directeur de Pathé-Consortium. « C’est un bon film moral et amusant, essentiellement français…et bien autrement prenant que tous les mystères de Chicago ou d’ailleurs », déclare un critique de Cinémagazine le 7 octobre. Le « chapitre » présenté au Louxor, cette semaine-là, La Lingère de la Reine est le troisième.

Aimé Simon Girard (d’Artagnan), Edouard de Max (Richelieu), Pierrette Mad (constance Bonacieux), Claude Merelle (Milady).
Chapitre 3 : Cinémagazine, 28 octobre 1921


A la sortie du film, une version papier des Trois Mousquetaires paraît en épisodes dans Comœdia créé en 1907, le grand quotidien culturel de l’entre-deux guerres, illustrée par les photos du film.

La deuxième partie de la séance
Après l’intermède musical qui prépare au grand film de la seconde partie, El Dorado, le mélodrame de Marcel L’Herbier, va pouvoir commencer.

Affiche du film (site Unifrance). Les costumes étaient d’Alberto Cavalcanti.


On ne connaît pas les réactions des spectateurs du Louxor mais ce long métrage a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans le paysage cinématographique de l’époque avec des audaces visuelles et un parti pris musical radical encore jamais vu sur les écrans.
Encore une fois il est question de femme délaissée avec un enfant à charge, une réalité sociale de l’époque dont se nourrissent les mélodrames. Sibilla est danseuse au cabaret El Dorado de Grenade. Pour sauver son enfant malade de douze ans, elle tente une dernière démarche auprès du riche veuf qui l’a séduite. Chassée par ses valets, elle va chercher à se venger en faisant échouer le mariage arrangé qu’il a organisé pour sa fille. Après moult péripéties et son enfant confié à de bonnes mains, elle finira par se poignarder.

Ève Francis et Jaque Catelain dans El Dorado (site BDFF)


Ève Francis est la Sibilla imaginée par le réalisateur comme elle fut quelques mois auparavant Sarah, tenancière dans un cabaret du vieux port de Marseille, dans le film Fièvre de son époux Louis Delluc, finalement accepté par la censure, en mai 1921.
Les trouvailles visuelles dont le film de L’Herbier fourmillent vont défrayer la chronique. Il utilise en effet des objectifs déformants, superpose les plans, procède à des enchaînés mystérieux et à des trucages, jamais gratuits, toujours en étroite relation avec le récit et le vécu des personnages. Il revendique avec d’autres la recherche d’un langage visuel et plastique spécifique au nouveau media. Dans le même ordre d’idée et pour échapper à la frontalité qu’impose le théâtre, il va multiplier les angles de prise de vues avec une grande liberté. Ainsi quand Sibilla, expulsée de la villa de son séducteur, glisse lentement au bas de l’escalier, son corps apparaît déformé par le désespoir. Dans un plan resté célèbre, on peut aussi voir le visage de Sibilla, absente à la vie qui l’entoure, apparaître progressivement flou alors que, dans le même plan, ses camarades danseuses, sont parfaitement nettes. Gaumont, croyant à une erreur, fit arrêter la projection et Marcel L’Herbier, dépité, n’osa pas lui avouer qu’il avait passé des heures avec son opérateur à obtenir son effet(2).

Aperçu des décors. Cinémagazine, 28 octobre 1921.


Il faut souligner le rôle essentiel de la partition musicale dans ce film. Marcel l’Herbier, passionné de musique et particulièrement de Debussy, a commandé au jeune Marius-François Gaillard une partition symphonique synchrone pour grand orchestre. Le compositeur a suivi, image par image, la trame dramatique du film jusqu’à introduire des leitmotivs pour donner à chaque personnage, à chaque décor, un thème particulier. La partition, écrite une fois le film terminé, a exactement la même durée et contient près de 500 pages, pour un orchestre de quatre-vingt musiciens. Rien à voir avec les douze minutes de celle de Saint-Saëns pour L’Assassinat du duc de Guise. La musique épouse le rythme du film et semble jaillir des images mêmes, dira le réalisateur dans un entretien(3).
Le film El Dorado sera très vite adapté en roman et publié aux éditions de La Sirène dans la nouvelle collection « La lampe merveilleuse » lancée en 1921. Le film est mis en récit par Raymond Payelle, pseudonyme de Philippe Hériat, acteur dans le film et plus tard assistant de René Clair ; il deviendra écrivain.

Annonce de la publication du roman tiré du film, Cinea, 28 octobre 1921


L’épisode comique
Après la fin violente de Sibilla et la longueur de la séance, le public a droit de respirer un peu, et ce sera Charlot Patine, un épisode comique de 24 minutes, sorti en 1916.

Charlot Patine (The Rink, 1916)

Cette année-là, Chaplin a réalisé dix courts-métrages dont huit pour la Mutual où il resta deux ans. Avant d’être serveur dans un restaurant et de patiner lors de la pause déjeuner, il a été chef de rayon, commis chez un usurier, pompier, musicien et machiniste, de tous les métiers, toujours avec sa canne. « Oui, cette canne est vraiment toute ma philosophie, dira-t-il dans Le Petit Provençal du 6 février 1931, non seulement je la conserve comme emblème de respectabilité mais, avec elle, je défie le destin et l’adversité ». Misérable et vagabond, il n’est jamais victime. Dans Charlot patine, Il partage l’écran avec sa première compagne, Edna Purviance.

« Notre frère Charlie »
Après plus de trois heures de spectacle, on est sûr que Charlot fera l’unanimité.  Après la guerre, la puissance d’émotion de son personnage et la mécanique de sa gestuelle reconnaissable entre toutes, enthousiasment tous les publics et aussi les poètes.

Charlot cubiste, Fernand Léger, Centre Pompidou.
L’affiche des élèves de la grande maternelle : Annonce du cinéma Louxor.

« Notre frère Charlie » l’appellera Henri Michaux(4). C’est au cours d’une permission en 1916 en compagnie de son ami Apollinaire que Fernand Léger le découvre, une révélation. A plusieurs reprises, il évoque sa figure, parfois sous la forme d’un pantin désarticulé. Un siècle plus tard, durant l’année scolaire 2014-2015, des élèves de la classe de Grande section de l’école maternelle Richomme du 18e arrondissement réaliseront des dessins et peintures inspirés de Charlot Patine, exposés au salon du Louxor.


Une pleine page du programme, en quatrième de couverture, vante les Magasins Dufayel, à deux pas du Louxor, les plus vastes magasins du monde, le meilleur marché de tout Paris. Véritable temple de la consommation dès son ouverture en 1856 par Jacques Crespin, les clients aux revenus modestes s’y précipitent pour se meubler à tempérament, le magasin fut en effet un des premiers à développer le crédit à la consommation.

Repris par Georges Dufayel en 1888, une salle de cinéma de 250 places est ouverte, une des toutes premières à Paris. C’est là que le tout jeune Henri Diamant-Berger va découvrir, émerveillé, les premières images animées tout comme conduit par sa nourrice, Jean Renoir, son contemporain.

Dernière page du programme du Louxor


© Claudie Calvarin – Les Amis du Louxor

Notes
1. Henri-Diamant Berger, Il était une fois le cinéma, 1977, Simoën.
2. Marcel L’Herbier, Cinéma D’Aujourd’hui, 1973, Éditions Seghers.
3. idem
4. « Notre frère Charlie », article écrit par Henri Michaux dans le numéro spécial de la revue Disque Vert consacrée à Chaplin en février 1924.
Sources diverses :
– Les périodiques de cinéma cités, en particulier Cinémagazine et Cinéa, sont accessibles sur le site de Cinéressources  et/ou Gallica.
– Archives Gaumont
Fondation Jérôme Seydoux Pathé
– voir aussi le riche site BDFF (base de données de films français)
– A (re)découvrir sur notre site :  
deux autres programmes du Louxor, l’un du 14 au 20 septembre 1923 , l’autre du 12 au 18 septembre 1924
et d’autres programmes encore dans l’article Quand le music-hall s’invitait au cinéma


 

Divas… Elles ont fait vibrer la grande salle du Louxor

La très riche exposition de l’institut du monde arabe, « Divas, d’Oum Kalthoum à Dalida », nous fait découvrir des artistes qui, dès les années 20, ont conquis une place éminente dans le paysage culturel égyptien.

La première partie de l’exposition évoque une réalité peu connue, celle de mouvements féministes actifs qui commençaient à s’organiser en Égypte dans les années 1920, publiaient des revues, participaient à des colloques internationaux. Certaines artistes se sont très tôt affirmées dans le cinéma muet alors émergent mais c’est surtout après l’avènement du cinéma parlant (et chantant) que ces actrices et chanteuses ont connu leur heure de gloire et soulevé l’enthousiasme populaire. Actrices de légendes, ces femmes déterminées et talentueuses ont aussi contribué, en s’imposant à l’égal de leurs partenaires masculins (on pense à Farid el Atrache dont le nom reste associé à celui du Louxor), à faire évoluer non seulement la vie artistique mais aussi la société égyptienne des années 1950 aux années 1970.
Ces divas ont été régulièrement à l’affiche du Louxor à partir de la fin des années 70. La salle de Barbès, frappée, comme tous les cinémas de quartier, par une baisse inquiétante de fréquentation, modifia alors sa programmation « grand public » pour projeter, avec un succès considérable, des films égyptiens qui redonnèrent au Louxor un second souffle. Du moins pour quelques années.

Deux films d’Henri Barakat :
La Chanson éternelle (1953) avec Faten Hamama
Madame la Diablesse (1949) avec Samia Gamal

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Mercredi 19 mai 2021 : le Louxor se déconfine !

Enfin ! le compte à rebours est commencé. Le Louxor ouvrira ses portes à le 19 mai à 11h.


Bien entendu, les consignes sanitaires seront strictes : jauge de 35% de chaque salle, port du masque obligatoire, distanciation (deux sièges d’écart entre les spectateurs, ou de part et d’autre d’un groupe limité à 6 personnes), sortie en fond de salle (via les issues de secours).
Mais il faut bien accepter ces contraintes (lourdes en premier lieu pour les directeurs de salles) si elles nous permettent de retrouver rapidement les 3 salles du Louxor : un beau programme nous attend avec des films dont la carrière avait été interrompue dès leur sortie par le confinement (comme ADN de Maïwenn ou Michel-Ange d’Andrey Konchalovsky) mais aussi le nouveau film de Thomas Vinterberg, Drunk. Et le Louxor retrouve aussi son jeune public avec La Sorcière dans les airs.
A très vite au cinéma…

Dior au Louxor

La 46e remise des Césars 2021 s’est tenue le vendredi 12 mars dernier à l’Olympia. Pour la première fois, le jeune acteur Félix Lefebvre était nommé dans la catégorie « Meilleur espoir masculin » pour son rôle dans le film de François Ozon, Été 1985. Pour l’occasion, il était habillé par Dior Homme (collection 2021)(1).
Quelques jours avant, Dior avait organisé au Louxor une séance de photos et le tournage d’un reportage (film de Daniel Darmon, cinématographie de Martin Neumann) mêlant présentation de mode et présentation de Félix Lefebvre, où l’on voit l’acteur découvrir le Louxor et le parcourir en tous sens, avant d’en apprécier les fauteuils.

Stéphane Lefebvre au premier balcon de la salle Youssef Chahine. Copie d’écran du film de Daniel Darmon et Martin Neumann © Courtesy of Dior

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Une vue inconnue du Louxor en 1929

La façade du Louxor, 6-13 septembre 1929, dans le film de Pierre Chenal Une cité française de cinéma © GPA Gaumont Pathé Archives.

Les images du Louxor pendant les premières années de son existence sont rares. Mais quand on en trouve, il est relativement facile de les dater, car les photos de façades de cinéma sont des documents parlants. En effet, contrairement à des clichés de monuments historiques ou de paysages, ils sont datables grâce aux affiches des films programmés : même si c’est au prix de longues recherches, il est possible de retrouver les dates de passage d’un film donné.

C’est ce qui vient de se passer une fois de plus, grâce à la télévision, en un moment où nos cinémas sont toujours désespérément fermés. Le beau documentaire de Timon Koulmasis, Lotte Eisner, par amour du cinéma (1), présenté sur Arte, a permis à tous les cinéphiles de partager la passion du cinéma qui animait Lotte Eisner, cofondatrice avec Henri Langlois et Georges Franju de la Cinémathèque française.

Le film s’appuie sur de formidables images d’archives, et nous avons ainsi eu la bonne surprise de découvrir, à la 16e minute (merci à Nicole Jacques-Lefèvre de nous avoir tout de suite signalé cette trouvaille !), la façade du Louxor (inauguré il y a bientôt cent ans le 6 octobre 1921), dans son état presque d’origine.  « Les images d’archives où apparaît le Louxor », nous a expliqué Timon Koulmasi, « datent de 1928 et se trouvent chez GPA (Gaumont Pathé Archives), dans un film intitulé Une cité française de cinéma de Pierre Chenal ». Mais après nous être plongés dans la programmation du Louxor, nous avons suggéré une rectification : en effet, le film de Pierre Chenal a dû sortir fin 1929, car au moment de son tournage, le Louxor projette, comme on peut le voir sur la copie d’écran, La Divine Croisière, de Julien Duvivier. Sorti le 15 juin 1929 en exclusivité au Max Linder, le film de Duvivier reste deux semaines à l’affiche puis disparaît des écrans jusqu’à la rentrée de septembre. Le film passe au Louxor pendant la semaine du 6 au 13 septembre(2) et est également projeté dans plusieurs autres salles de quartier, dont le Capitole et le Féerique que l’on aperçoit aussi dans le documentaire de Timon Koulmasi. Selon la règle habituelle au Louxor, le film ne reste qu’une semaine à l’affiche. Le Louxor enchaîne la semaine suivante avec Les Roses blanches de Gilmore, de Rudolf Meinert, alors que La Divine Croisière poursuit sa carrière, du 13 au 19 septembre, dans d’autres salles de quartier.

La forme du document filmé est très simple, il n’y a pas de traveling, seule une vue statique de la façade du Louxor, animée par des passages de voitures, puisqu’il s’agit quand même d’un film, au même titre que celles d’autres cinémas figurant dans la même séquence n° 9 de ce documentaire (Carton 9 : « Quelques salles de cinéma du circuit Pathé », une dizaine de salles dont la « façade du cinéma Louxor »(3)).

En haut : 1921 (catalogue Gentil et Bourdet) – 1921 (photo Vizzavona, La Construction moderne mars 1922) En bas : couverture de programme de 1924 – 1929 (film de Pierre Chenal).

Il est intéressant de resituer cette vue dans la suite chronologique des photographies du Louxor. La plus ancienne photographie de la façade date de la fin de l’année 1921, publiée dans le catalogue de la société de mosaïques Gentil et Bourdet [cf. Le Louxor, éditions AAM 2013, p. 29). Suit une photographie prise par Vizzavona à la fin de l’année 1921, et publiée le 26 mars suivant dans La Construction moderne (Le Louxor, AAM 2013, p. 34) : la mention LOUXOR est apparue en arrondi sur le bord de la terrasse. Une troisième photo illustre la couverture des programmes (par exemple ici, celui du 12 au 18 septembre 1924, Le Louxor, AAM 2013, p. 26), où apparaît un bandeau publicitaire sous la marquise : « Matinée tous les jours avec attractions ». Lire la suite

Confinement : partez à la recherche des cinémas disparus…

En avril 2018, nous avions présenté, à l’occasion de l’exposition organisée par notre association dans le salon du Louxor, une carte des très nombreux cinémas qui existaient encore dans les années 60 et dont le Louxor est un des rares survivants. Elle permettait ainsi d’inscrire l’histoire du Louxor dans le contexte plus large de l’évolution des salles de cinéma parisiennes autour d’un axe La Chapelle – Barbès – Clichy.
Emmanuel Papillon, directeur du Louxor, a eu l’excellente idée de reproduire cette carte dans la Newsletter du cinéma pour inciter les « cinéphiles confinés » à se lancer (dans le périmètre autorisé…) sur les traces de ces salles disparues. Myrha Palace, Scarlett, Colorado, Barbès Palace, Ornano 43, tant d’autres encore. Bien souvent, il n’en reste rien ou presque : supérettes, garages, immeubles modernes les ont remplacées mais le promeneur attentif saura repérer ici, une marquise en béton, là, de beaux restes de façades Art Déco, la trace d’une frise…

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Carte Les Amis du Louxor- Graphisme : Anne-Catherine Souletie

A la suite de la publication de cette carte dans la Newsletter du Louxor, un habitant du XVIIIe nous a déjà écrit pour nous signaler un oubli : le cinéma Ordener. En effet : devenu Cinéma Ordener-La Chapelle et plus tard Ordener Palace il était situé n° 77 rue de la Chapelle qui deviendra le n° 3 lorsque sera créée la rue Max Dormoy en 19451. D’où notre oubli : nous fiant à la numérotation actuelle de la rue de la Chapelle, le n° 77 se trouvait au-delà du périmètre que nous nous étions fixés.

N’hésitez pas à nous signaler d’éventuels oublis. Bonne promenade…

Note
1. Pour en savoir davantage sur le cinéma Ordener, consulter l’ouvrage de Jean-Jacques Meusy, Paris Palaces ou le temps des cinémas (1894-1918), Paris, CNRS Éditions, 1995 (p.359-360)

Le Louxor : première semaine de déconfinement

Le 22 juin, comme tous les cinémas de France, le Louxor a rouvert ses portes. Emmanuel Papillon évoque cette première semaine de reprise, très en douceur…

Que s’est-il passé au Louxor pendant le confinement ?
Tout le personnel a été mis au chômage partiel. Tous en sont sortis le 22 juin et notre effectif est maintenant au complet car même si le nombre de places ou de séances est moindre, la salle est ouverte 7 jours sur 7. Tout le monde doit être à son poste.
Pendant les trois mois de fermeture, il a évidemment fallu veiller à l’entretien du bâtiment mais dans l’ensemble tout s’est bien passé même si la présence des vendeurs de cigarettes était plutôt plus importante qu’en temps normal. On ne déplore pas de dégradations, ni d’intrusion (mais j’ai quand même dû me déplacer deux ou trois fois en catastrophe pour éteindre et réarmer l’alarme qui s’était déclenchée de manière intempestive !). Nous sommes donc restés vigilants, le Louxor a été entretenu et nettoyé.
 [Signalons dans le journal Le Monde le très beau reportage photo de Sophie Garcia qui a assisté à la réouverture du Louxor et nous a autorisés à publier deux de ses photos.]

Benjamin Louis, directeur technique du cinéma Le Louxor, ouvre les grilles du lieu pour accueillir les premiers spectateurs. SOPHIE GARCIA POUR « LE MONDE »

Quelles sont les conditions de réouverture ?
Pour respecter les contraintes sanitaires, le Louxor ne remplit que la moitié de la salle et invite les spectateurs à respecter les distances, ce qui signifie que les personnes d’un même groupe peuvent s’asseoir côte à côte mais doivent laisser un fauteuil vide à côté d’eux. Comme il n’est pas question de placer un vigile pour surveiller la salle, on compte sur la responsabilité individuelle pour respecter ces consignes. Difficulté au Louxor : la préférence marquée des spectateurs pour le balcon. Même en vendant la moitié des places, le risque est que le balcon soit surchargé alors que le parterre est vide, ce qui nous oblige à réguler les montées au balcon (et à expliquer au spectateur récalcitrant qu’il aura toute la place souhaitée au parterre). Des protections en plexiglas ont été installées à la caisse et le gel hydroalcoolique est aussi de rigueur.
Les exploitants ont été un peu perturbés par les consignes parfois contradictoires et mouvantes : par exemple nous avons été obligés au dernier moment de revoir le protocole qui avait fait l’objet d’un accord avec la Fédération nationale des cinémas et semblait raisonnable. Il avait par exemple été admis que les masques seraient encouragés mais pas obligatoires puis, la veille de la réouverture, le ministre de la culture Frank Riester a annoncé sur une radio que le masque serait bel et bien obligatoire dans les espaces d’accueil et pendant les déplacements à l’intérieur du cinéma. De même le ministre ne parlait plus de laisser un fauteuil d’écart entre les spectateurs mais évoquait la distance d’un mètre, ce qui n’est pas la même chose et beaucoup plus compliqué à appliquer. Il a donc fallu en catastrophe adapter le protocole annoncé et notamment prévoir des masques pour les spectateurs qui n‘en auraient pas. C’est ainsi que le Louxor vend des masques à 1 euro.
Globalement les règles sont acceptées même si certains jouent un peu les « Parisiens râleurs » et rechignent parfois…
Il devrait y avoir de nouvelles consignes le 15 juillet. Si les boîtes de nuit sont autorisées à rouvrir, on peut espérer que la discipline sera un peu moins stricte. Nous attendons… Lire la suite