Quand le Louxor sert encore de décor…

Après la façade du Louxor, mise en vedette dans le film de Jean-Paul Salomé, La Daronne, c’est maintenant la grande salle de style Art-déco égyptisant qui apparaît dans la nouvelle comédie dramatique et policière de François Ozon, Mon crime. Le film a été présenté en avant première au Louxor le 24 janvier 2023. La distribution est prestigieuse (Isabelle Huppert, Fabrice Luchini, André Dussolier, Dany Boon, Félix Lefebvre, et deux étoiles montantes, Nadia Tereszkiewicz et Rebecca Marder).

L’histoire se situe dans les années 30, à Paris. Madeleine Verdier, jeune et jolie actrice sans le sou et sans talent, est accusée du meurtre d’un célèbre producteur. Aidée de sa meilleure amie Pauline, jeune avocate au chômage, elle est acquittée pour légitime défense. Commence alors une nouvelle vie, faite de gloire et de succès, jusqu’à ce que la vérité éclate au grand jour… (source : site du Louxor)
Et ce qui nous intéresse particulièrement, c’est que certaines scènes ont été tournées à l’intérieur du Louxor. La bande annonce montre ainsi une scène de projection d’actualités de quelques secondes … avec d’affriolantes ouvreuses habillées de rose… Les habitués du Louxor reconnaîtront sans peine la grande salle Youssef Chahine et l’écran « historique » format Academy 1,33:1, préservé lors de la réhabilitation de la salle et encore utilisé pour les projections de films muets.

Les balcons de la grande salle du Louxor (capture d’écran de la bande annonce).

L’écran « historique » format Academy 1,33:1, encore utilisé pour la projection des films muets (capture d’écran de la bande annonce).

La salle et les ouvreuses en rose (capture d’écran de la bande annonce).


La sortie du film est prévue pour le 8 mars 2023.

Le Louxor en 1983 dans le film d’ Andrzej Zulawski, La Femme publique

Les images du Louxor avant sa fermeture du 30 novembre 1983 et sa vente par Pathé à la société Tati ne sont pas si nombreuses, et son utilisation en tant que décor de film encore moins fréquente. Ou s’il apparaît, c’est souvent de manière si fugitive que le spectateur a à peine le temps de l’identifier(1). Toutes les trouvailles sont donc précieuses. Merci à Emmanuel Papillon, directeur du Louxor, de nous avoir signalé le film d’Andrzej Zulawski, La Femme publique, dont nous découvrons une scène se déroulant devant le Louxor.
Ethel (Valérie Kapriski) sort du métro par le tourniquet du côté du boulevard de La Chapelle, où l’attend Milan (Lambert Wilson), réfugié tchèque, en fuite après avoir tiré sur l’archevêque de Lituanie en visite à Paris. Dès lors, le Louxor va servir de décor nocturne à ce rendez-vous.

Captures d’écran du film La Femme publique d’Andrzej Zulawski

Milan entraîne Ethel, ils s’éloignent en dansant, Ethel longe la façade boulevard de la Chapelle, elle essaie de trouver une voiture ouverte.

Captures d’écran du film La Femme publique

Milan la suit en dansant. Il s’engouffre dans une voiture qu’elle lui désigne.
Le cinéma est encore en exploitation, et bien que les grilles soient fermées, le portique d’entrée est éclairé, de même que les affiches le long du boulevard.

Capture d’écran du film d’Andrzej Zulawski, La Femme publique

Séquence brève, très fluide, qui met admirablement en valeur les grands panneaux décoratifs (les seconds du genre au Louxor depuis la fin des années 60), avec leurs peintures colorées représentant des personnages emblématiques du cinéma (Batman, Anita Ekberg dans La Dolce Vita, des personnages de westerns, etc.). Cette scène du film de Zulawski montre que ces panneaux destinés à attirer le chaland sont restés en place jusqu’à la fermeture.

En haut à gauche : les panneaux peints première version (photos Jean-Marcel Humbert 1971) En haut à droite : les panneaux peints seconde version (photo Xavier Delamare 1982) En bas : détails des fresques boulevard de La Chapelle et boulevard de Magenta (photos Jean-François Chaput, 1978). Le Louxor-Palais du cinéma (ouvrage conçu par Les Amis du Louxor, éditions AAM, 2013), page 52

La séquence (images 1,2,3) montrent aussi le pan coupé à l’angle des deux boulevards, où l’on distingue le grand panneau publicitaire du film de la semaine. Et ce panneau, ainsi qu’une affiche que l’on aperçoit à l’arrière-plan (images 4 et 5), permettent de connaître le film projeté, La Mémoire de Youssef Chahine (1982).

Cela permet de définir une étroite fourchette de date de tournage puisque ce film, qui avait attiré 2880 spectateurs, a été projeté au Louxor du 14 au 21 septembre 1983, c’est-à-dire un peu plus de deux mois avant sa fermeture.
Nous joignons ici la programmation complète du Louxor pendant les années 1980-1983, qui montre la place dévolue aux films indiens et égyptiens.
PROGRAMMATION 1980-1983

Les dernières secondes de la séquence du film de Zulawski présentent aussi un intérêt documentaire pour ceux que l’histoire du quartier Barbès intéresse. Elles sont tournées non pas devant le Louxor (mais le spectateur ne perçoit pas ce déplacement ) mais sur l’autre trottoir du boulevard de la Chapelle. La voiture dans laquelle Ethel et Milan vont s’enfuir est garée devant l’immeuble de l’Armée du Salut, 106 boulevard de La Chapelle, aujourd’hui disparu (ancienne maison de prostitution avant de revenir à l’Armée du Salut, puis d’être démolie et remplacée par un immeuble moderne) (2).

L’immeuble de l’Armée du salut (aujourd’hui démoli)


Notes
1. Dans le film de Henri Lepage (1951), Dupont Barbès, évoqué sur notre site dans l’article de Nicole Jacques-Lefèvre Autour du Louxor : Mémoire des cafés de Barbès, on distingue nettement la façade du Louxor, surplombant le métro aérien boulevard de la Chapelle.
2. On peut lire à ce sujet une étude très intéressante sur ce blog

Le Louxor a 100 ans


Rares sont les cinémas qui parviennent à leur centenaire. A son tour, le 6 octobre 2021, le Louxor a atteint cet âge respectable et cette place enviée. Pourtant, la route n’a pas été facile, et de nombreuses péripéties ont émaillé un parcours fait de moments festifs et d’autres douloureux. Combien de fois n’a-t-il failli disparaître sous la pioche des démolisseurs, avant que l’union des habitants du quartier et de la municipalité de Paris ne parvienne à le sauver ? C’est cette longue route que nous vous invitons à reparcourir – ou à découvrir – grâce à cette chronologie illustrée, dont les liens vous ouvriront quantité d’articles détaillés sur les personnages et les événements qui ont jalonné son existence. Longue vie au Louxor !

Avant Le Louxor

– 2 avril 1919. Achat par Henri Silberberg (1866-1921) d’un immeuble haussmannien au 170, boulevard de Magenta / 53, boulevard de la Chapelle (Xe), qui accueillait un magasin de nouveautés « Au Sacré Cœur ».

L’immeuble détruit pour construire le Louxor. Réaction du journal Le Peuple, 9 février 1921

– 6 janvier-3 avril 1920. Silberberg obtient l’autorisation de construction du cinéma. L’architecte est Henri-André Zipcy (1873-1950), le peintre Amédée Tiberti réalise les décors.

L’architecte Henri Zipcy (collection privée) – La salle égyptienne (La Construction moderne, 26 mars 1922, collection Jean-Marcel Humbert)

1921-1983. Un cinéma de quartier

• 6 octobre 1921. Inauguration du Louxor.

– 23 novembre 1921. Faillite et mort d’Henri Silberberg

23 novembre 1921, sur requête de la Banca Italiana di Sconto, faillite d’Henri Silberberg (Archives de Paris, D10 U3-87, n°26677) – acte de décès (Archives numérisées de la Seine)

– 12 avril 1922. Vente du Louxor à la Société Nouvelle du Cinéma Louxor, contrôlée par la Société des cinémas Lutétia dirigée par Paul Fournier.
– 24 avril 1929. Pathé rachète le Louxor qui devient le Louxor-Pathé.
– Années 30. Pathé fait de grands travaux. Disparition du décor intérieur d’origine.
– 21 juin-26 juillet 1954, 1964 et 1978. Rénovations et modernisation du Louxor par Pathé.

Rénovations de 1931 ( BNF) et de 1954 (archives Pathé) – La salle à la fin des années 1970 (photo Xavier Delamare).

– Années 70-80. Changements de programmation au Louxor : films d’action, et films indiens et arabes en version originale. Pose de panneaux peints sur les façades latérales.

Évolution de la programmation : 1954, Par ordre du Tsar – 1982, Les Renégats du désert (photo Xavier Delamare) – 1983 : dernière séance du Louxor avec le film indien Qaid.

– 5 octobre 1981. Inscription du Louxor à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques
– 30 novembre 1983. Déclaration de cessation d’activité. Cession des murs et du fonds de commerce à la société Textiles Diffusion (TATI).

1983-1999. Le Louxor en péril

– 1985. Projet « d’aménagement d’un magasin de vente au détail, avec modification de façade », et demandes de permis de démolir et d’autorisation de bâtir.
– 1986-1988. Le Louxor abrite d’abord une discothèque antillaise, La Dérobade, puis une discothèque gay, Megatown.

Le temps des discothèques : La Dérobade puis Megatown (à gauche et au centre : archives D. Le Glaner. A droite : photo Aurélia Lefèvre).

– 1997 et 1999. Le propriétaire du Louxor est mis en demeure de ravaler son immeuble, sans résultat.

Après la fermeture : affichage sauvage, tags, dégradation des mosaïques. Photos Bernard Meyre et Jean-Marcel Humbert)

2000-2003. La longue route pour le sauvetage du Louxor

– 2000-2002. Mobilisation des associations : appel à Bertrand Delanoë, Maire de Paris, pour le rachat du Louxor.
– Début 2002-juillet 2003. Négociations entre la Mairie de Paris et Fabien Ouaki, PDG de TATI, menées par Christophe Caresche, adjoint au Maire de Paris, député du XVIIIe arrondissement.
– 6 décembre 2002. Procédure de « déclaration d’abandon manifeste ». Publication et notification à TATI du « procès-verbal provisoire d’abandon de parcelle » du Louxor.
– 26 avril 2003. Lancement d’une pétition et manifestation devant le Louxor à l’appel des associations Action Barbès IXe, Xe et XVIIIe et Histoire et Vies du 10e.

Manifestation du 23 avril 2003 (photos Fabien Musitelli)

2003-2013. Le Louxor sauvé

– 25 juillet 2003. La Mairie de Paris annonce l’acquisition du Louxor par la Ville.
– Novembre 2004. Passation des marchés d’assistance à maîtrise d’ouvrage, de diagnostic du bâti existant et d’étude historique et patrimoniale.
– 22 mai 2007. Appel d’offres pour le marché public de maîtrise d’œuvre relatif au projet de réhabilitation du cinéma Louxor.
– 25 juin 2008. Désignation de l’architecte Philippe Pumain, avec Christian Laporte, Xavier Fabre et Vincent Speller, architectes associés.

22 avril 2010 : Bertrand Delanoë visite le Louxor avant le début des travaux (photos Jean-Marcel Humbert)

– 30 avril 2009. La Commission Départementale d’Aménagement Commercial accorde, à l’unanimité, l’autorisation d’exploitation cinématographique du Louxor.
– 26 septembre 2009. Publication de l’appel d’offres d’entreprises.
– 8 janvier 2010. Délivrance du permis de construire.

Dépose de la marquise – étude des décors de la poutre gaine (Frédérique Maurier, Philippe Pumain, Claire Bergeaud et Jean de Seynes) – L’architecte des Monuments historiques Christian Laporte sur le chantier – mosaïque restituée – repose des mâts égyptiens.

La restitution des décors peints a été confiée à des spécialistes du patrimoine, de l’agence Cartel Collections, qui ont notamment utilisé la technique du pochoir, mais revue par ordinateur…
– Septembre 2011. Lancement de l’appel d’offre, accompagné d’un Cahier des charges, pour la Délégation de Service Public.
– 26 novembre-11 décembre 2012. Choix par la Mairie de Paris, et confirmation par le Conseil de Paris, de la Société Cinélouxor pour l’exploitation du cinéma.
– Hiver 2013. Fin des travaux.
– 17 avril 2013. Inauguration du nouveau Louxor.

L’inauguration du 17 avril 2013 dans la salle Youssef Chahine.


– Depuis 2013, le Louxor attire un public varié et fidèle.

Emmanuel Papillon, directeur du Louxor, en compagnie de Serge Bromberg lors du ciné-concert du 15 mars 2015 – files d’attente – Les P’tits Loux vont au cinéma…

• 6 octobre 2021. Le Louxor a 100 ans.

 

© Les amis du Louxor

 

 

 

Le Louxor a fêté son centième anniversaire

 

6 octobre 1921, salle Youssef Chahine.


Le 6 octobre 2021, le Louxor a fêté son centième anniversaire au cours d’une soirée très chaleureuse dans une salle archi pleine. Le plaisir de se retrouver dans le cadre magnifique de la salle Youssef Chahine était palpable, surtout après des mois de fermeture puis d’incertitudes sur les conditions de la reprise et le retour des spectateurs.

de gauche à droite : Emmanuel Papillon, Carole Scotta et Martin Bidou

Le trio qui compose la société CinéLouxor, Carole Scotta, Martin Bidou, et Emmanuel Papillon a d’abord rappelé son bonheur de gérer cette salle et sa confiance dans l’avenir. Car, dès son ouverture et jusqu’à la fermeture imposée par la pandémie, le Louxor était une exceptionnelle réussite. Ce bel élan allait-il se briser ? Heureusement, non. En dépit des contraintes qui ont suivi le déconfinement, ils constatent que le public est bel et bien au rendez-vous. Comme l’a rappelé avec force Emmanuel Papillon, directeur du cinéma, rien ne remplace la magie de la projection en salle, c’est là, sur grand écran et au milieu d’un public, qu’un film doit se voir.
D’autant que le Louxor a la chance d’être un lieu unique. Il a d’ailleurs salué la qualité exceptionnelle de la réhabilitation du Louxor par l’architecte Philippe Pumain et son équipe qui ont su respecter l’identité du lieu, mettre en valeur son architecture égyptisante Art Déco mais aussi en faire un cinéma du XXIe siècle… Il annonce le programme riche et varié de cette semaine du centenaire ainsi que la reprise de l’exposition proposée par les Amis du Louxor, Le Louxor, palais du cinéma,  qui retrace l’histoire du Louxor. Elle est de nouveau visible pendant un mois dans le salon du Louxor au 2e étage. Une plaquette reprenant les panneaux de l’exposition a été réalisée également par les Amis du Louxor.

La plaquette réalisée pour les 100 ans du Louxor reprenant les panneaux de l’exposition.

Alexandra Cordebard, maire du Xe arrondissement puis Carine Rolland, adjointe en charge de la culture à la Mairie de Paris, ont rappelé le long chemin parcouru depuis vingt ans pour sauver le Louxor, le réhabiliter et le faire revivre.

De gauche à droite : Emmanuel Papillon, Carine Rolland, Alexandra Cordebard, Carole Scotta et Martin Bidou

Au cours de ce périple, le soutien des habitants et des associations au projet n’a jamais failli. Les élues ont salué l’action d’Emmanuel Papillon et de son équipe qui a immédiatement, par les liens qu’il a su tisser avec les autres acteurs culturels du quartier, les associations, les nombreux établissements scolaires, réussi à intégrer le Louxor dans le quartier Barbès en diversifiant sa programmation pour inclure tous les publics.
Les spectateurs ont ensuite pu voir les trois volets du projet de la photographe Karen Assayag, Mon rêve de cinéma, autour de portraits de spectateurs rencontrés au Louxor. Ils seront ensuite projetés en avant-séance tout au long du mois d’octobre. La soirée se terminait par la projection en avant-première du film de Jacques Audiart, sélectionné à Cannes, Les Olympiades, en présence de Valérie Schermann, productrice du film, de Juliette Welfling, monteuse, et de trois de ses acteurs, Makita Samba, Camille Léon-Fucien et Pol White.

De gauche à droite : Emmanuel Papillon, Valérie Schermann, Makita Samba, Camille Léon-Fucien, Pol White, Juliette Welfling.

Le programme du centenaire

Divas… Elles ont fait vibrer la grande salle du Louxor

La très riche exposition de l’institut du monde arabe, « Divas, d’Oum Kalthoum à Dalida », nous fait découvrir des artistes qui, dès les années 20, ont conquis une place éminente dans le paysage culturel égyptien.

La première partie de l’exposition évoque une réalité peu connue, celle de mouvements féministes actifs qui commençaient à s’organiser en Égypte dans les années 1920, publiaient des revues, participaient à des colloques internationaux. Certaines artistes se sont très tôt affirmées dans le cinéma muet alors émergent mais c’est surtout après l’avènement du cinéma parlant (et chantant) que ces actrices et chanteuses ont connu leur heure de gloire et soulevé l’enthousiasme populaire. Actrices de légendes, ces femmes déterminées et talentueuses ont aussi contribué, en s’imposant à l’égal de leurs partenaires masculins (on pense à Farid el Atrache dont le nom reste associé à celui du Louxor), à faire évoluer non seulement la vie artistique mais aussi la société égyptienne des années 1950 aux années 1970.
Ces divas ont été régulièrement à l’affiche du Louxor à partir de la fin des années 70. La salle de Barbès, frappée, comme tous les cinémas de quartier, par une baisse inquiétante de fréquentation, modifia alors sa programmation « grand public » pour projeter, avec un succès considérable, des films égyptiens qui redonnèrent au Louxor un second souffle. Du moins pour quelques années.

Deux films d’Henri Barakat :
La Chanson éternelle (1953) avec Faten Hamama
Madame la Diablesse (1949) avec Samia Gamal

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Mercredi 19 mai 2021 : le Louxor se déconfine !

Enfin ! le compte à rebours est commencé. Le Louxor ouvrira ses portes à le 19 mai à 11h.


Bien entendu, les consignes sanitaires seront strictes : jauge de 35% de chaque salle, port du masque obligatoire, distanciation (deux sièges d’écart entre les spectateurs, ou de part et d’autre d’un groupe limité à 6 personnes), sortie en fond de salle (via les issues de secours).
Mais il faut bien accepter ces contraintes (lourdes en premier lieu pour les directeurs de salles) si elles nous permettent de retrouver rapidement les 3 salles du Louxor : un beau programme nous attend avec des films dont la carrière avait été interrompue dès leur sortie par le confinement (comme ADN de Maïwenn ou Michel-Ange d’Andrey Konchalovsky) mais aussi le nouveau film de Thomas Vinterberg, Drunk. Et le Louxor retrouve aussi son jeune public avec La Sorcière dans les airs.
A très vite au cinéma…

Une vue inconnue du Louxor en 1929

La façade du Louxor, 6-13 septembre 1929, dans le film de Pierre Chenal Une cité française de cinéma © GPA Gaumont Pathé Archives.

Les images du Louxor pendant les premières années de son existence sont rares. Mais quand on en trouve, il est relativement facile de les dater, car les photos de façades de cinéma sont des documents parlants. En effet, contrairement à des clichés de monuments historiques ou de paysages, ils sont datables grâce aux affiches des films programmés : même si c’est au prix de longues recherches, il est possible de retrouver les dates de passage d’un film donné.

C’est ce qui vient de se passer une fois de plus, grâce à la télévision, en un moment où nos cinémas sont toujours désespérément fermés. Le beau documentaire de Timon Koulmasis, Lotte Eisner, par amour du cinéma (1), présenté sur Arte, a permis à tous les cinéphiles de partager la passion du cinéma qui animait Lotte Eisner, cofondatrice avec Henri Langlois et Georges Franju de la Cinémathèque française.

Le film s’appuie sur de formidables images d’archives, et nous avons ainsi eu la bonne surprise de découvrir, à la 16e minute (merci à Nicole Jacques-Lefèvre de nous avoir tout de suite signalé cette trouvaille !), la façade du Louxor (inauguré il y a bientôt cent ans le 6 octobre 1921), dans son état presque d’origine.  « Les images d’archives où apparaît le Louxor », nous a expliqué Timon Koulmasi, « datent de 1928 et se trouvent chez GPA (Gaumont Pathé Archives), dans un film intitulé Une cité française de cinéma de Pierre Chenal ». Mais après nous être plongés dans la programmation du Louxor, nous avons suggéré une rectification : en effet, le film de Pierre Chenal a dû sortir fin 1929, car au moment de son tournage, le Louxor projette, comme on peut le voir sur la copie d’écran, La Divine Croisière, de Julien Duvivier. Sorti le 15 juin 1929 en exclusivité au Max Linder, le film de Duvivier reste deux semaines à l’affiche puis disparaît des écrans jusqu’à la rentrée de septembre. Le film passe au Louxor pendant la semaine du 6 au 13 septembre(2) et est également projeté dans plusieurs autres salles de quartier, dont le Capitole et le Féerique que l’on aperçoit aussi dans le documentaire de Timon Koulmasi. Selon la règle habituelle au Louxor, le film ne reste qu’une semaine à l’affiche. Le Louxor enchaîne la semaine suivante avec Les Roses blanches de Gilmore, de Rudolf Meinert, alors que La Divine Croisière poursuit sa carrière, du 13 au 19 septembre, dans d’autres salles de quartier.

La forme du document filmé est très simple, il n’y a pas de traveling, seule une vue statique de la façade du Louxor, animée par des passages de voitures, puisqu’il s’agit quand même d’un film, au même titre que celles d’autres cinémas figurant dans la même séquence n° 9 de ce documentaire (Carton 9 : « Quelques salles de cinéma du circuit Pathé », une dizaine de salles dont la « façade du cinéma Louxor »(3)).

En haut : 1921 (catalogue Gentil et Bourdet) – 1921 (photo Vizzavona, La Construction moderne mars 1922) En bas : couverture de programme de 1924 – 1929 (film de Pierre Chenal).

Il est intéressant de resituer cette vue dans la suite chronologique des photographies du Louxor. La plus ancienne photographie de la façade date de la fin de l’année 1921, publiée dans le catalogue de la société de mosaïques Gentil et Bourdet [cf. Le Louxor, éditions AAM 2013, p. 29). Suit une photographie prise par Vizzavona à la fin de l’année 1921, et publiée le 26 mars suivant dans La Construction moderne (Le Louxor, AAM 2013, p. 34) : la mention LOUXOR est apparue en arrondi sur le bord de la terrasse. Une troisième photo illustre la couverture des programmes (par exemple ici, celui du 12 au 18 septembre 1924, Le Louxor, AAM 2013, p. 26), où apparaît un bandeau publicitaire sous la marquise : « Matinée tous les jours avec attractions ». Continuer la lecture