Interview d’Emmanuel Papillon : bilan et perspectives

La société CinéLouxor vient de voir sa délégation de service public reconduite pour 5 ans par la Ville de Paris. Nous sommes heureux de voir cette même sympathique équipe continuer à animer ce lieu comme elle le fait depuis 7 ans. A cette occasion, Emmanuel Papillon, le directeur du Louxor, nous a accordé une interview pour faire le point sur le bilan de cette action, et sur les perspectives d’avenir.

Merci Emmanuel de nous recevoir au bar du Louxor, un lieu qui connaît lui aussi un beau succès et pas seulement auprès des cinéphiles ! Vous entamez votre second mandat à la direction du Louxor, c’est donc que vous avez eu envie de poursuivre l’aventure ?
Oui, après un premier mandat de 7 ans (2013-2020), Carole Scotta, Martin Bidou et moi-même (les trois associés de Cinélouxor) avons été renouvelés pour 5 ans, selon le même processus de désignation en trois étapes : dépôt des candidatures, « short list » des candidats admis à déposer les offres et enfin dépôt des offres. Nous sommes vraiment très heureux d’avoir été reconduits, c’est un gage de confiance et une reconnaissance du travail accompli…

Par rapport au cahier des charges de 2013, y a-t-il eu des changements ?
Le cahier des charges était quasiment le même à l’exception de deux dispositions nouvelles concernant le site Internet du cinéma et le nom de domaine de la société. Nous avons donc postulé de nouveau, de façon très sérieuse, sans faire du « copier-coller » de ce que nous avions fait les années passées. Cela a représenté un gros travail auquel nous avons consacré le mois d’août. Nous avons « rebalayé » toutes nos actions, forts de notre expérience, pour bâtir le nouveau projet.

Pouvez-vous nous rappeler le principe de la DSP (délégation de service public) ? Vous êtes un exploitant indépendant.
Oui, nous sommes indépendants, responsables de notre gestion, et nous payons à la Ville une redevance qui est fonction de notre chiffre d’affaires, avec un montant fixe au-dessous duquel on ne peut pas descendre.

Emmanuel Papillon présente une séance dans la salle Youssef Chahine

Justement, forts de votre expérience de sept ans et de votre bilan, y a-t-il eu des inflexions notables ?
Les grandes lignes fixées par le cahier des charges sont les mêmes. En premier lieu, il s’agit de proposer une programmation cinématographique Art et Essai en première exclusivité. Concrètement cela signifie 90% de films Art et Essai. Et nous programmons les films dès leur sortie. On aurait pu prendre un autre axe qui aurait été la 2e exclusivité et ne pas avoir les contraintes de l’exclusivité.

Quelles contraintes ?
Nous nous engageons à maintenir le film deux, voire trois semaines, et sur toutes les séances, ce qui monopolise un écran. Une programmation en 2e exclusivité ou en « continuation » serait plus éclectique, avec davantage de films mais moins de séances sur les films.

Mais vous avez opté pour la première exclusivité.
Pour nous, d’un point de vue économique, l’exploitation est plus viable sur l’exclusivité (même si on peut se planter quand le film ne marche pas). Et Martin [Martin Bidou, responsable de la programmation] et moi sommes très attachés à l’idée que nous sommes un cinéma Art et essai de quartier : il faut que nos spectateurs puissent voir les grandes sorties sans attendre. De plus nous avons une grande capacité avec la salle Youssef Chahine. Un cinéma « de continuation » sur une salle de 340 places serait risqué et je suis persuadé (les chiffres nous donnent raison) que notre public cinéphile et même « cinéphage » aime voir les films dès leur sortie. De surcroît la vie des films est courte (ce qui est un vrai problème), il faut montrer les films tant qu’ils sont dans l’air du temps, que la presse en parle. Sinon, les gens iront les voir ailleurs. De plus, on accepte les cartes des circuits UGC et Pathé.
Selon moi il n’y a pas vraiment d’alternative et nous ne souhaitions pas du tout remettre en question le choix de la première exclusivité.

Le système de l’exclusivité vous laisse-t-il la liberté de choix ou vous impose-t-on des films ? Qui décide de la programmation ?
Le distributeur impose un nombre de séances, ce qui peut être contraignant lorsque le film ne marche pas, mais c’est nous qui choisissons nos films. Nous nous concertons avec Martin Bidou et c’est lui qui prend les décisions au final. Mais au Louxor nous sommes maîtres de notre programmation pour la raison simple que nous n’avons pas de concurrents entre la Place Clichy (Wepler et Cinéma des Cinéastes) et La Villette (les MK2), pour le moment du moins. C’est une chance pour le Louxor car les distributeurs acceptent difficilement les « tandems » (deux copies côte à côte).
Il est vrai aussi que les rapports entre distributeurs et salles se détendent un peu car il y a énormément de films qui sortent et il y a toujours quelque chose d’intéressant.
Aujourd’hui les salles sont puissantes par rapport aux distributeurs car l’offre est supérieure aux salles, ce qui n’a pas toujours été le cas. Il fut un temps ou un distributeur pouvait même sanctionner des salles. Lorsque l’offre est pléthorique, comme aujourd’hui, cela change la donne.

Comment répartissez-vous les films entre vos trois salles ?
Quand on traite un film, on traite une salle. Le distributeur impose la salle mais au-delà de la première semaine, c’est le public qui décide. Le film passe donc d’abord en salle 1 (salle Youssef Chahine), puis, selon l’affluence, en salle 2 puis salle 3. Mais il y a des exceptions, comme récemment Parasite qui a tenu 6 semaines dans la grande salle. Les chiffres sont transparents, les distributeurs les voient et comprennent. Si un film ne marche pas, ils en conviennent.

Sur votre site, vous précisez si le film passe dans la salle « égyptienne » (Youssef Chahine) ou pas.
Oui, et même si parfois on est amené à changer de salle sans le préciser sur le site, les gens nous le reprochent. Surtout s’ils viennent de loin ! Mais certains préfèrent les deux nouvelles salles. Le public du Louxor a ses habitudes, le balcon par exemple est très prisé

Pour continuer sur la programmation, le cahier des charges de 2013 prévoyait l’ouverture sur les « cinématographies du Sud », souhait d’inscrire le Louxor dans le quartier Barbès et sa population très diverses ?
Cette précision n’y figure plus. C’est un point sur lequel on peut s’interroger car l’appellation est vague. Le « sud » de quoi ? Méditerranéen ? Maghrébin ? Africain ? Ce n’était pas dit en ces termes et il était question aussi, par exemple, de cinéma iranien, coréen, etc. Donc ce n’était pas clair. L’essentiel est que dès le départ, le Louxor a ouvert sa programmation aux « cinémas du monde », notamment « non anglo-saxons ». Certaines cinématographies sont plus riches à certaines époques mais ce genre de programmation Art et Essai diversifiée est entrée désormais dans les faits. Il était inutile de s’enfermer dans une définition restrictive.

Et vous poursuivez le travail avec les jeunes publics et les scolaires.
C’est un autre point essentiel du cahier des charges et il a été conforté. Le Louxor participe aux trois dispositifs nationaux d’éducation à l’image (Ecole et cinéma, Collège au cinéma, Lycéens et apprentis au cinéma). Nous participons aussi aux festivals initiés par la Ville de Paris, comme « Mon premier festival ».

Quelle est la part des groupes scolaires dans la fréquentation ?
Les séances pour les groupes scolaires (écoles, centres de loisirs et associations) ont lieu le matin en semaine. Les entrées se situent autour de 35 000 par an, avec une pointe à près de 40 000 en 2018. Ce sont des chiffres très importants, qui se situent entre 12 et 16 % de la fréquentation totale. Ils montrent la réussite de notre travail de sensibilisation des jeunes au cinéma, fondé sur une programmation adaptée et sur un contact suivi avec les équipes enseignantes et d’encadrement.
De nombreux enseignants ont des demandes spécifiques (cela peut être aussi bien Cyrano que, pour les profs de langue, des films allemands, espagnols). Nous avons été très actifs pour les projections de I am not your Negro, le film de Raoul Peck, et nous avons également projeté King, le documentaire sur Martin Luther King. Ces activités marchent très bien, on a des rapports très assidus avec les établissements scolaires du quartier (notamment Jacques Decour, Rocroy Saint-Léon) qui ont des enseignants ou documentalistes très cinéphiles.
En fait, d’octobre à fin mai, tous les matins, nos trois salles sont prises par les scolaires.

Il y a aussi des ateliers proposant à des enfants, par exemple, de réaliser avec une animatrice l’affiche d’un film qu’ils viennent de voir ; ou d’autres activités en lien avec le film qui leur a été projeté.

Dès l’ouverture du Louxor, vous avez aussi projeté des films du répertoire. C’était un choix personnel ou est-ce que cela fait partie du cahier des charges ?
C’est inscrit dans le cahier des charges et nous l’avons même développé. C’est une donnée très importante pour nous. Le Louxor a vraiment acquis une spécificité dans le répertoire, ce qui n’était pas évident au départ et ce que ne font pas beaucoup d’autres salles Art et Essai, à part les salles « historiques » du Quartier latin. Mais on s’est aperçu qu’il y avait un public pour le répertoire, en dehors du Quartier latin. Par exemple les rétrospectives (Ozu, Mizoguchi, etc.) ont fait au Louxor de meilleurs chiffres que le Champo. Quand on a fait la rétrospective Rohmer, le public était là et pas seulement celui du quartier.

Y a-t-il un « détournement » du public (du Champo, par exemple) ?
Non, pas vraiment. Le Champo lui aussi fait ses chiffres. En fait on crée un public. Dans le nord-est de Paris (là où est notre public), il y a des gens qui viennent voir les films du répertoire au Louxor mais qui n’iraient pas au Champo. Quand on programme Ozu ou Mizoguchi, on attire des gens. Par exemple ceux qui ont les cartes UGC et Pathé peuvent être tentés de venir.
Et en dehors des rétrospectives, le Ciné-club du dimanche matin est très bien installé, avec un public de fidèles encore plus nombreux qu’au début. La nouvelle formule a séduit (nous passons un cycle de films du même auteur et non un film isolé : cycle Renoir par exemple ou, en ce moment, le cycle Fritz Lang) et les gens apprécient les présentations de Fabienne Duzinsky.

En plus, le dimanche matin, nous avons régulièrement une autre offre destinée au jeune public : les ciné concerts. Le Louxor est une super salle pour le ciné concert car le film est projeté au format d’origine sur l’écran historique. C’est même là que la salle est la plus belle. Nous avons bénéficié de toute la restauration des films de Chaplin, de Buster Keaton. Ces séances marchent très bien.
Il y a donc une vraie réalité du répertoire au Louxor, nous avons cette spécificité qui est connue et nous sommes donc sollicités par des distributeurs de répertoire.

Par rapport aux salles du Quartier latin, le public de ces séances, ciné-club ou rétrospectives, est plus jeune ?
Oui, mais ce n’est pas étonnant car le quartier est plus populaire, l’immobilier y est moins cher, il y a plus de jeunes qui peuvent s’y loger, donc plus de jeunes qui fréquentent le Louxor. Mais on retrouve aussi au Louxor un public âgé, beaucoup d’habitués, qui viennent aux séances de l’après-midi.

Que pouvez-vous nous dire de votre bilan général en termes de nombre d’entrées et de bilan financier ?
Le bilan 2019 n’est pas clos mais nous serons très légèrement bénéficiaires. Ce qui veut dire que le Louxor n’est pas une affaire en or… On ne risque pas de se verser de dividendes très importants ! On a une masse salariale conséquente et des charges de maintenance très lourdes, plus lourdes que ce qui est courant pour un cinéma de trois écrans.

Pourquoi ?
Parce que le Louxor est un bâtiment très spécifique avec, par exemple, un système de chauffage et de climatisation coûteux qui demande une maintenance très lourde. Notre facture d’électricité est également supérieure à celles de salles de surface équivalente car nous avons un local haute tension avec un équipement électrique qui devait permettre au Louxor de proposer une sorte de polyvalence pour différent types de spectacles et pas seulement des projections de cinéma. Ce dispositif entraîne une lourde maintenance (on est obligé, en cas de panne de courant, d’avoir un « redresseur » alimenté par 250 batteries. On vient de les changer pour un coût de 30000 €).
Il faut assumer aussi le coût de la sécurité. Nous sommes tenus par le cahier des charges d’avoir un vigile, ce qui est tout à fait légitime et utile ici mais nous coûte 50 000 € par an.

Et l’entretien ? il y a une répartition entre la Ville et vous ? par exemple si vous devez repeindre l’escalier ?
Ce sera nous. Tout ce qui est l’entretien courant, mais aussi par exemple le changement de moquette, changement de fauteuils, peinture, c’est nous. En revanche, dans le cas d’un incident sur une partie de décor égyptien, sur les mosaïques, les éléments décoratifs, ce serait la Ville. Mais par exemple nous avons assumé la peinture du hall car ce n’était pas un élément décoratif. On ne peut pas entrer dans les détails mais il y a des niveaux d’entretien et la Ville a la charge des travaux de niveau 4.
Donc tout cela est lourd mais heureusement on fait des entrées !

Ce qui représente combien de spectateurs depuis la réouverture en avril 2013 ?
1 660 626 entrées payantes.

En effet, c’est impressionnant. Et avez-vous relevé des fluctuations d’une année à l’autre ?
Dès 2013 (année incomplète puisque le Louxor a ouvert le 17 avril), nous avons fait 174 463 entrées payantes. Puis, les années suivantes, la fréquentation s’est stabilisée entre 237 000 et 253 000 (253 765 en 2014, 238 476 en 2015, 250 183 en 2016, 236 991 en 2017, 239 411 en 2018). Et l’année 2019 a été remarquable, la meilleure de toutes depuis la réouverture avec 267 337 entrées payantes.

Y a-t-il des raisons particulières à cet engouement croissant ?
C’est en effet un chiffre énorme. Avant tout, il y a eu de bons films d’auteurs Art et Essai, très porteurs. Parasite a fait 22 000 entrées et s’est maintenu au Louxor 14 semaines en continu. Les Misérables, encore à l’affiche, ont déjà fait plus de 12 000 entrées, on peut citer aussi Joker (10 518), Douleur et Gloire (9 870), Once Upon A Time in Hollywood (8 345), La Favorite (8 669), J’accuse (5 328). Cannes et Venise ont été excellents, donc c’était une bonne année. Et on attend les Césars, puis les Oscars…

Ce sont surtout les sorties qui expliquent votre bilan, plutôt que les séances spéciales (répertoire, etc.) ?
Oui, il est clair que ce sont les sorties. On ne construit pas une programmation sur les séances spéciales. Nous sommes repérés, nous avons un public, 2019 a été très positive même si décembre a été plus difficile avec le manque de transports, les écoles qui ne pouvaient pas venir, les gens qui sortaient moins. Cet épisode de grèves des transports pendant laquelle la fréquentation a baissé a d’ailleurs démontré que nous attirons au-delà du quartier des gens qui viennent en transports en commun.

Pensez-vous que le Louxor pâtit d’un environnement marqué par une présence policière importante, des vendeurs à la sauvette ? Est-ce dissuasif ?
Cela peut l’être. Pas pour les spectateurs qui habitent le quartier car ils sont habitués à y circuler mais pour les gens qui viennent de plus loin, oui, cela peut être un peu dissuasif.
Il faut reconnaître que l’été dernier, par exemple, a été un peu compliqué avec une présence énorme des vendeurs de cigarettes et moins de dissuasion policière. Maintenant encore, il y a vraiment un trafic à tout va. Et dans ce contexte, le kiosque à journaux a disparu. Après un essai de réouverture, le kiosquier a jeté l’éponge.

En matière de programmation, vous avez renoncé à certaines activités proposées pendant les premières années. Par exemple l’Université Populaire ?
Oui, c’est dommage car l’idée de faire témoigner sur le cinéma une personnalité extérieure était intéressante mais d’une part il y a eu le départ d’Alexis Tsekenis qui animait les séances et a repris le Grand Action et d’autre part, cela se télescopait avec le ciné-club du dimanche matin. D’autant que le dimanche matin, nous avons aussi les ciné-concerts déjà évoqués.

Parmi les séances disparues, il y avait aussi le « Saturday Yann Fever » de Yann Delattre qui présentait avec brio des films de genre, certains samedis matins ?
Oui, là aussi c’est dommage mais il est difficile de trouver de la place pour tout sur une base régulière. Mais Yann est revenu présenter certains films de genre (Cronenberg, Argento) mais moins systématiquement.

Vous avez des projets précis concernant le bâtiment par exemple ?
Le bar, qui est géré en direct, et non par un prestataire extérieur, est à l’équilibre depuis deux ans. Il est ouvert toute l’année et est maintenant accessible aux non spectateurs (il suffit de demander un ticket à la caisse pour y accéder).
Nous voudrions en refaire la décoration et surtout, nous voulons trouver un système pour protéger la terrasse de la pluie et, en été, du soleil qui cogne très fort tout l’après-midi. Il faut trouver un dispositif élégant, un genre de voile, qui permette d’utiliser la terrasse mieux qu’elle ne l’est actuellement.

Quant au salon, vous y maintenez certaines activités pas directement liées au cinéma ?
Nous maintenons les cours de tango toutes les semaines, ils sont très demandés. S’y ajoutent des cours de danse du Moyen Orient et de danse contemporaine. Ces animations présentent aussi l’intérêt d’utiliser le salon d’exposition qui est un très joli endroit mais où les gens vont assez peu. Nous aimerions qu’il puisse être mieux utilisé et nous y réfléchissons.

Vous avez choisi de retransmettre également des représentations en direct de Covent Garden à Londres. La programmation, quasi à égalité entre des œuvres lyriques et des ballets, a-t-elle trouvé son public ?
Les chiffres sont moyens (environ 150 spectateurs par retransmission) mais cela fait partie d’une diversification que nous souhaitons, et cela touche un public qui vient peu au cinéma.

Propos recueillis le 20 janvier 2020 par Claudie Calvarin, Jean-Marcel Humbert, Annie Musitelli et Michel Souletie.

©Les Amis du Louxor

« Cinés-Méditerranée » 2010-2019 : exposition photographique de Stéphane Zaubitzer

Du 10 janvier au 28 février 2020

L’exposition ,organisée en collaboration avec l’Institut des Cultures d’Islam, est présentée en plein-air, sur les grilles du pont Saint-Ange (boulevard de la Chapelle), que la Mairie de Paris a eu l’heureuse idée de transformer en espace d’exposition.

Le photographe Stéphane Zaubitzer, passionné d’architecture et de cinéma, a été lauréat du World Press Photo en 2004 pour son travail sur les salles de cinéma en plein-air d’Ouagadougou et il a continué à parcourir le monde pour conserver par la photographie une trace des salles de cinémas, qu’elles soient encore en activité ou menacées de ruine.

Le Rio, Alexandrie

« Cinés-méditerranée démarre en 2010 à Alexandrie et au Caire. Le projet regroupe aujourd’hui des salles égyptiennes, marocaines, libanaises, algériennes et tunisiennes. Il tente de réunir la mémoire, les émotions, les imaginaires, les hommes et les femmes et l’histoire des deux rives méditerranéennes, celle du sud et celle du nord. »

Le Rialto, Casablanca

De son périple sur les rives de la méditerranée, de l’Algérie à l’Egypte jusqu’au Liban, Stéphane Zaubitzer a retenu pour cet accrochage 46 photographies : cinémas en plein air, édifices meurtris ou réhabilités, autrefois luxueux ou rudimentaires, dont l’histoire ne peut qu’évoquer celle du Louxor de Barbès et de ses décors égyptisants, resté dans les mémoires comme le lieu de projection de films indiens, égyptiens, algériens, et aujourd’hui sauvé et réhabilité.

Le Century, Oran

Les photos ont été prises lors de l’inauguration du 10 janvier 2019.

Stéphane Zaubitzer en compagnie de Stéphanie Chazalon, directrice de l’ICI, pendant l’inauguration.

 

Emmanuel Papillon reconduit pour 5 ans à la direction du Louxor

On ne change pas une équipe qui a fait ses preuves… 

Une nouvelle délégation de service public pour l’exploitation du Louxor a été attribuée par la Mairie de Paris à la société CineLouxor, composée de Carole Scotta,  présidente de la société de production et de distribution de films Haut et Court, Martin Bidou, programmateur du Louxor, et Emmanuel Papillon, directeur du cinéma.
Belle reconnaissance de l’énorme travail accompli depuis avril 2013. Lorsque le Louxor, totalement réhabilité par l’architecte Philippe Pumain ouvrit ses portes, il s’agissait de faire revivre à Barbès un cinéma abandonné depuis 30 ans. Emmanuel Papillon et son équipe ont su relever le défi grâce à une programmation diversifiée, ouverte à des genres et des publics variés. Car ce quartier réputé « difficile » bénéficie aussi de nombreux atouts qu’Emmanuel Papillon a su exploiter : notamment une population cinéphile – des étudiants de l’école de cinéma la Fémis aux « vieux cinéphiles » – qu’il a su fidéliser, mais aussi la proximité de nouveaux lieux culturels comme le Centre musical Barbara, l’ICI ou la médiathèque Françoise Sagan avec lesquels le Louxor a tissé des liens et organise régulièrement des séances spéciales très variées. Sans oublier le gros travail en direction des publics scolaires et des enfants. 
Nous avons suivi l’évolution du Louxor qui affichait un beau bilan dès la première année et qui, 4 ans plus tard franchissait la barre du million d’entrées.

Nos amicales félicitations à toute l’équipe du Louxor et bon courage pour cet acte II…

Reprise de l’exposition « 1921-2013, Le Louxor, un palace de quartier »

Présentée au Louxor du 11 avril au 6 septembre 2018, cette exposition, réalisée par l’association Les Amis du Louxor, avait permis à de nombreux visiteurs et spectateurs du Louxor, dont certains ont laissé leurs témoignages dans le Livre d’or, de découvrir une histoire dont ils ne soupçonnaient pas la richesse. Nous sommes heureux que le directeur du Louxor, Emmanuel Papillon, ait décidé de montrer de nouveau au public, jusqu’au 15 septembre, cette exposition qui présente une vue synthétique de l’histoire du Louxor.

L’exposition intègre aussi des apports récents. Elle propose par exemple, dans le domaine égyptien, une présentation de la manière dont l’art égyptien antique a été adapté au Louxor par l’Art déco déjà en vogue à l’époque de sa construction. De même, nous avons pu mettre en valeur, grâce à des documents inédits, le rôle joué par les « attractions » de l’entracte pendant les années 1920.
Les onze panneaux (voir ci-dessous, cliquer sur la vignette pour l’agrandir) évoquent l’histoire du bâtiment, l’originalité de ses décors mais aussi l’évolution de sa programmation, de 1921 (âge d’or du cinéma muet) jusqu’à sa fermeture en 1983, puis l’abandon dont il fut victime, et enfin son sauvetage et sa renaissance après la belle réhabilitation menée par l’architecte Philippe Pumain.

Un tableau des cinémas  du quartier permet d’inscrire l’histoire du Louxor dans un contexte plus large, celui de l’évolution des salles de cinéma après-guerre autour d’un axe La Chapelle-Barbès-Clichy.
Jusqu’au 15 septembre 2019, salon du Louxor , 2e étage, entrée libre
Exposition conçue par Marie-France Auzépy, Jean-Marcel Humbert, Annie Musitelli, Michel Souletie
Direction artistique : Anne-Catherine Souletie, graphiste-maquettiste

Sur le même sujet :
– Exposition « Le Louxor, un palace de quartier » : le vernissage

Exposition au Louxor : L’Allée des Sphinx

Julien Deprez, Vanina Langer, Romain Trinquand, Claire Vaudey
Peintures, dessins, installations.
11 avril – 25 août 2019

On ne pouvait trouver meilleur cadre que le salon du cinéma Louxor, l’un des hauts lieux de l’égyptomanie parisienne, pour cette exposition qui trouve sa source d’inspiration dans l’Égypte antique. Depuis le 11 avril 2019, on peut y découvrir le  travail de quatre jeunes artistes (Julien Deprez, Vanina Langer, Romain Trinquand, Claire Vaudey) qui, avec des regards et des choix esthétiques différents, des pratiques artistiques variées, ont rapporté de leur errance dans la fameuse « Allée des Sphinx » de Louxor des œuvres très diverses : tableaux,  dessins, mais aussi installations.

Emmanuel Papillon, directeur du Louxor, en compagnie des artistes

« À Louxor, il y avait cette fameuse allée. Elle était un passage. Nous l’avons prise, parallèlement, tous les quatre, en même temps mais chacun de notre côté.
Parfois, on en parlait.
Alors, comme on ne pouvait pas faire autrement, on a longé les sphinx, bordés, comme dans les draps de nos univers. En errance, on s’est raconté des histoires qui n’en étaient pas et sont apparus des images, des décors, des écrans presque déserts.
Claire a croisé des chiens de garde qu’elle a canalisés un instant. Julien fit naître une civilisation mystérieuse dans le désert. Vanina découvrit l’origine ensoleillée des chimères d’une Cléopâtre oubliée. Romain, ébloui, se perdit dans le Cinema Inferno. » Vanina Langer

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Au Louxor : Cinecittà, l’âge d’or du cinéma italien

Exposition de photos de Rodrigo Pais

Du 20 janvier au 17 mars 2019 le cinéma Louxor expose une belle sélection de photos du grand photographe italien Rodrigo Pais qui effectua au cours de sa longue carrière, notamment dans les années 60, d’innombrables reportages sur les plateaux de cinéma.

Federico Fellini, Vittorio De Sica, Elio Petri, Pier Paolo Pasolini, Luigi Comencini, mais aussi Belmondo, Brigitte Bardot, Charlton Heston, Bette Davis… Les stars de l’âge d’or du cinéma italien et international – acteurs ou metteurs en scènes – sont au rendez-vous, saisis sur le vif pendant une séance de maquillage, un conciliabule avec le réalisateur, ou bras dessus bras dessous dans une rue de Rome (superbe photo d’Anna Magnani en compagnie de Pier Paolo Pasolini et Franco Citti en 1962).

Vue générale, salon du Louxor, janvier 2019

Mais le cinéma n’était qu’une des multiples facettes du travail de Rodrigo Pais. Politique italienne, mode, sport, pendant plus de 50 ans, il multiplia les reportages en Italie et à l’étranger, pour divers organes de presse, notamment pour L’Unità, le quotidien du Parti communiste italien. Ses photographies des borgate à la périphérie de Rome ont fait date et contribué à sensibiliser l’opinion et les responsables politiques aux conditions de vie misérables de leurs habitants.

Rappel d’une exposition qui s’est tenue à Rome en 2017 (Museo del Trastevere).

C’est à la bibliothèque universitaire de Bologne qu’est conservé l’extraordinaire fonds d’archives de Rodrigo Pais, acquis par le Professeur Guido Gambetti, et que le photographe passa les dernières années de sa vie à ordonner : plus de 363 000 négatifs en noir et blanc de formats divers, environ 5900 diapositives couleur, auxquels s’ajoutent des milliers d’épreuves en noir et blanc, sont ainsi répertoriés par ordre chronologique et par thème dans seize registres.
Les archives, conservées dans leur intégralité, ont été déclarées d’intérêt historique majeur par le Ministero per i Beni e le Attività Culturali (Ministère de la culture) car « elles constituent une source d’une inestimable valeur pour la reconstitution de l’histoire du siècle dernier et un témoignage unique et particulier de la vie politique et sociale de notre pays et des pays européens et extra européens ».

Commissaire de l’exposition du Louxor : professeur Guido Gambetta de l’Université de Bologne. 
Partenaires de l’exposition :
Les ateliers de CriBeau, La Mairie du 10e, l’université de Bologne, Monte Paschi Banque et l’Institut Culturel Italien.

20 janvier – 31 mars 2019, Le Louxor, Salon d’exposition, 2e étage
Entrée libre

Grand Hôtel Barbès, un film de Ramzi Ben Sliman

Entre Barbès et la Chapelle, rencontre entre hip hop et danse classique

Le Louxor sert de décor de fond à la photo d’appel du film, qui représente l’interprète principal, Lorenzo Da Silva Dasse, devant les mosaïques de Gentil et Bourdet. Mais le cinéma n’apparaît nulle part ailleurs.

C’est dans une chambre du Grand Hôtel Barbès, 21 rue des Poissonniers, que débute le film de 12 minutes (2018) de Ramzi Ben Sliman. Le jeune Ulysse, s’il ne veut pas se faire mettre à la porte du Grand Hôtel Barbès, a la journée pour trouver de quoi payer sa chambre. L’errance et les ruses du héros pour survivre le mènent à se joindre par hasard à des danseurs de breakdance « en plein battle ». S’ensuit la rencontre du hip-hop avec la danse classique : dans un entretien à retrouver sur le site de l’Opéra de Paris, Ramzi Ben Sliman explique qu’il a voulu faire « un film de danse avec des danseurs qui ne s’inscrivent pas dans la tradition dite du ” ballet blanc ” » mais viennent du monde du hip hop. Le glissement vers les variations classiques se fait ici naturellement grâce au charisme et à l’aisance de l’interprète principal, Lorenzo Da Silva Dasse, dont le cinéaste rappelle qu’il est « passé chez Béjart ». La musique de Mozart qui accompagne cette séquence crée l’émotion et prend une force toute particulière dans le décor très urbain de Barbès. 
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