Il y a 100 ans au Louxor… Le programme du 28 octobre au 3 novembre 1921

Les bibliothèques classent, rangent et mettent sans arrêt à la disposition des lecteurs de nouveaux documents. C’est ce qui est arrivé avec la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP) où nous venons de découvrir un programme du Louxor, le plus ancien que nous ayons eu entre les mains, et dont la couverture très originale, est probablement celle qui a servi pour le programme de l’inauguration du 6 octobre 1921.

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« Vu le luxe, le confort de ce bel établissement, ses beaux programmes et sa bonne musique, nous ne doutons pas qu’avant peu, la salle Louxor ne soit une des salles préférées de tous les amateurs de beaux programmes cinématographiques ». C’est ainsi que la revue Cinémagazine du 14 octobre 1921 annonçait dans sa chronique hebdomadaire l’inauguration du nouveau palais du cinéma de Barbès.
L’homme d’affaires Henry Silberberg, qui l’a fait édifier, dirigera la salle jusqu’à son décès, le 23 novembre 1921, un peu plus d’un mois après l’inauguration. On sait que Silberberg, ancien directeur du Casino de Saint-Valery en Caux, bon connaisseur du monde du spectacle, s’intéressait aussi au cinéma. Selon la Cinématographie française du 5 mars 1921, il aurait même entrepris des démarches auprès de la société allemande U.F.A. pour « acheter une partie de la production de cette société ». Préparait-il déjà la programmation de son futur cinéma ?
Le programme du 28 octobre au 3 novembre 1921 annonce de belles réjouissances.

Programme du 28 octobre au 3 novembre 1921 (collection BHVP, 4DEP-004 149)


Sa couverture, élégante et raffinée, dont les tons vert et bruns seront repris dans la publicité pour Dufayel au dos de la brochure, exhibe des éléments égyptisants sans toutefois reproduire à l’identique les décors et pochoirs qui donnent au nouveau palais du cinéma son identité. Ici pas de disque solaire ailé encadré par deux cobras mais un pharaon sur un trône agrémenté d’un taureau sacré recevant les hommages d’un sujet. Une tête de scarabée, emblème du pouvoir et de la renaissance du soleil dans l’ancienne Égypte, occupe le centre de la frise tout en haut du programme. Le Louxor est d’emblée une salle importante, les films sont projetés la première semaine de leur sortie. À une exception près le programme est le même que celui du Gaumont-Palace.

Le programme de la semaine du 28 octobre au 3 novembre 1921.


Un accueil en musique introduit la séance. M. Remond, le chef d’orchestre, auquel succédera Marius Kowalski (1886-1963), officie dans la fosse, entouré de ses vingt musiciens. Le public averti reconnaît, mêlée aux sons de l’orchestre, la sonorité de l’orgue de cinéma Abbey dont les tuyaux se dissimulent derrière les motifs ajourés encadrant la scène. Après l’entracte, au début de la deuxième partie, le chef d’orchestre empruntera à Jules Massenet un air de son opéra Le Cid, créé à l’Opéra Garnier en 1885, dont l’action se déroule en Espagne. Un clin d’œil au clou de la séance, le long métrage de Marcel L’Herbier, El Dorado. Alors que ce format ne s’est pas encore imposé, le film, qui dure 1h 20, occupe cette semaine-là, presque exclusivement la seconde partie, réservée aux films prestigieux.

La première partie
Après les actualités Gaumont, la première partie va enchaîner deux films à épisodes. Le genre a eu son heure de gloire pendant la guerre. Semaine après semaine, le récit se poursuit, chaque épisode se concluant par un effet dramatique. La mécanique est habilement construite, il faut fidéliser un public avide de sensations et Louis Feuillade, le réalisateur de L’Orpheline, est devenu le maître incontesté du genre.

Cinémagazine, 2 septembre 1921


A partir de 1907, Louis Feuillade produit un nombre impressionnant de courts-métrages dans des genres très différents, toujours pour la Gaumont dont il devient à cette date directeur artistique. La concurrence avec Pathé est rude et pour répondre à leur dernière nouveauté, le film à épisodes, Gaumont et Feuillade ont déjà proposé, en 1916, Les Vampires, inspiré des feuilletons populaires où l’action domine, avec la troublante et maléfique Musidora dans son scandaleux collant noir.
Mais après la guerre et les élections de 1919, pour la majorité conservatrice de la « Chambre bleu horizon », le relèvement de la France ne peut échapper à l’ordre et au travail. Les exploits des criminels de Fantômas et des Vampires ne sont plus d’actualité. Un portrait élogieux de Louis Feuillade, publié dans Cinémagazine le 2 septembre 1921, avertit le lecteur : « Les Cinés-Romans de Louis Feuillade constitueront maintenant l’apologie de la Famille et du Foyer. Vous avez tous remarqué que dans Les Deux Gamines le metteur en scène a complètement supprimé le genre dit policier-américain qui tourne par trop la tête à certains enfants. Il en sera maintenant toujours ainsi. » La décence et le roman familial sont donc à l’ordre du jour. On les retrouve dans le mélodrame L’Orpheline, un scénario original, dont le troisième épisode, Le Complot, est au programme du Louxor cette semaine-là.

Cinémagazine, 28 octobre 1921

Chacun des épisodes dure 30 minutes environ, excepté le prologue et le premier épisode, en général projetés au cours de la même séance afin d’installer le sujet.
Le film à épisodes met en scène des récits souvent manichéens, utilise des personnages à la psychologie prévisible, placés dans des situations souvent compliquées où rebondissements et retournements de situation sont légion. Dans L’Orpheline, il y aura un bien sûr un traître, russe et bolchévique de surcroît, qui cherche à escroquer un capitaine, en faisant passer une aventurière pour la fille qu’il aurait eu avec une comtesse dont il fut éperdument amoureux. La vraie orpheline âgée de 18 ans vit à Alger avec sa mère, elles seront retrouvées par l’ex-fidèle ordonnance du capitaine.

 

Sandra Milowanoff dans le rôle de l’Orpheline et Georges Biscot dans le rôle de Némorin

Sandra Milowanoff, danseuse étoile au Théâtre Impérial de Saint-Pétersbourg et réfugiée en France après la révolution de 1917, sera Jeanne, l’authentique orpheline, et le comique, Georges Biscot, l’ordonnance qui retrouvera la mère et la fille. Feuillade s’est constitué une troupe d’acteurs avec lesquels il aime travailler. René Clair y débute dans un second rôle.
La projection en salle s’accompagne de la parution en récit des différents épisodes dans le quotidien à dix centimes Le Journal, un des quatre grands de la presse de l’époque.

Annonce de la publication prochaine du ciné-roman L’Orpheline (La Cinématographie Française, 23 juillet 1921)


Après la guerre, la moyenne des films s’établit autour de douze épisodes et Les Trois Mousquetaires, le film à épisodes qui va succéder à L’Orpheline n’échappe pas à la règle mais, peut-être pour se donner un air plus respectable, les épisodes seront ici appelés chapitres. Le film est cette fois une adaptation par le réalisateur Henri Diamant-Berger du roman historique d’Alexandre Dumas, produit par Pathé-Consortium. Le film, qui s’auréole du succès du roman de cape et d’épée de Dumas, paru en feuilleton dans Le Siècle et adapté au théâtre par l’auteur et Auguste Maquet, est l’événement cinématographique de l’automne 1921 et bénéficie d’une campagne publicitaire exceptionnelle. Il est programmé dans 800 salles en France.

Ciné Journal, 15 octobre 1921


Diamant-Berger a beaucoup écrit sur le cinéma et notamment dans la revue Le Film, une revue exigeante où en tant que rédacteur en chef, il a réuni de belles signatures, Colette, Cocteau, Cendrars, sans oublier les deux amis Delluc et Moussinac. Elle se veut une tribune du jeune cinéma, un journal de combat destiné à le faire accepter comme un art à part entière. Henri-Diamant Berger quitte la revue en 1919 pour se consacrer à la production des Trois Mousquetaires.
A la sortie de la Grande Guerre, la situation du cinéma français est catastrophique. Avec les Trois Mousquetaires, Diamant-Berger veut frapper un grand coup. Le budget est exceptionnel et autorise de nombreux figurants, de somptueux décors naturels et la direction de Mallet-Stevens pour les intérieurs. Sadoul affirme que le financement de ce film de 15 055 mètres s’élevait à trois millions de francs. Pour d’Artagnan, Diamant-Berger choisit Aimé Simon-Girard, un chanteur de revues et d’opérettes qui danse au Casino de Paris : « Bon cavalier, bon épéiste, d’une jeunesse d’allure et d’une aisance exceptionnelle, c’est un casse-cou qui refuse d’être doublé par des cascadeurs professionnels », écrit Diamant-Berger dans ses Mémoires(1) . Ce qui ne l’empêchera pas de recruter deux acteurs de la Comédie Française, Édouard De Max dans le rôle de Richelieu et Maxime Desjardins dans celui du capitaine Tréville. Sans oublier ni Charles Dullin, dans le rôle du Père Joseph, l’éminence grise de Richelieu, ni Gaston Rieffler dans Louis XIII, un chanteur de répertoire et d’opérettes, notamment à l’Opéra-Comique qui, fort de ses succès au cinéma, reviendra quelques années plus tard entretenir sa popularité dans des prestations scéniques sous le titre de « comédien lyrique » au Louxor et ailleurs.
La présentation du film a lieu lors de trois soirées exceptionnelles dans la grande salle du Trocadéro avec les musiciens des concerts Colonne en présence de M. Fourel, le directeur de Pathé-Consortium. « C’est un bon film moral et amusant, essentiellement français…et bien autrement prenant que tous les mystères de Chicago ou d’ailleurs », déclare un critique de Cinémagazine le 7 octobre. Le « chapitre » présenté au Louxor, cette semaine-là, La Lingère de la Reine est le troisième.

Aimé Simon Girard (d’Artagnan), Edouard de Max (Richelieu), Pierrette Mad (constance Bonacieux), Claude Merelle (Milady).
Chapitre 3 : Cinémagazine, 28 octobre 1921


A la sortie du film, une version papier des Trois Mousquetaires paraît en épisodes dans Comœdia créé en 1907, le grand quotidien culturel de l’entre-deux guerres, illustrée par les photos du film.

La deuxième partie de la séance
Après l’intermède musical qui prépare au grand film de la seconde partie, El Dorado, le mélodrame de Marcel L’Herbier, va pouvoir commencer.

Affiche du film (site Unifrance). Les costumes étaient d’Alberto Cavalcanti.


On ne connaît pas les réactions des spectateurs du Louxor mais ce long métrage a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans le paysage cinématographique de l’époque avec des audaces visuelles et un parti pris musical radical encore jamais vu sur les écrans.
Encore une fois il est question de femme délaissée avec un enfant à charge, une réalité sociale de l’époque dont se nourrissent les mélodrames. Sibilla est danseuse au cabaret El Dorado de Grenade. Pour sauver son enfant malade de douze ans, elle tente une dernière démarche auprès du riche veuf qui l’a séduite. Chassée par ses valets, elle va chercher à se venger en faisant échouer le mariage arrangé qu’il a organisé pour sa fille. Après moult péripéties et son enfant confié à de bonnes mains, elle finira par se poignarder.

Ève Francis et Jaque Catelain dans El Dorado (site BDFF)


Ève Francis est la Sibilla imaginée par le réalisateur comme elle fut quelques mois auparavant Sarah, tenancière dans un cabaret du vieux port de Marseille, dans le film Fièvre de son époux Louis Delluc, finalement accepté par la censure, en mai 1921.
Les trouvailles visuelles dont le film de L’Herbier fourmillent vont défrayer la chronique. Il utilise en effet des objectifs déformants, superpose les plans, procède à des enchaînés mystérieux et à des trucages, jamais gratuits, toujours en étroite relation avec le récit et le vécu des personnages. Il revendique avec d’autres la recherche d’un langage visuel et plastique spécifique au nouveau media. Dans le même ordre d’idée et pour échapper à la frontalité qu’impose le théâtre, il va multiplier les angles de prise de vues avec une grande liberté. Ainsi quand Sibilla, expulsée de la villa de son séducteur, glisse lentement au bas de l’escalier, son corps apparaît déformé par le désespoir. Dans un plan resté célèbre, on peut aussi voir le visage de Sibilla, absente à la vie qui l’entoure, apparaître progressivement flou alors que, dans le même plan, ses camarades danseuses, sont parfaitement nettes. Gaumont, croyant à une erreur, fit arrêter la projection et Marcel L’Herbier, dépité, n’osa pas lui avouer qu’il avait passé des heures avec son opérateur à obtenir son effet(2).

Aperçu des décors. Cinémagazine, 28 octobre 1921.


Il faut souligner le rôle essentiel de la partition musicale dans ce film. Marcel l’Herbier, passionné de musique et particulièrement de Debussy, a commandé au jeune Marius-François Gaillard une partition symphonique synchrone pour grand orchestre. Le compositeur a suivi, image par image, la trame dramatique du film jusqu’à introduire des leitmotivs pour donner à chaque personnage, à chaque décor, un thème particulier. La partition, écrite une fois le film terminé, a exactement la même durée et contient près de 500 pages, pour un orchestre de quatre-vingt musiciens. Rien à voir avec les douze minutes de celle de Saint-Saëns pour L’Assassinat du duc de Guise. La musique épouse le rythme du film et semble jaillir des images mêmes, dira le réalisateur dans un entretien(3).
Le film El Dorado sera très vite adapté en roman et publié aux éditions de La Sirène dans la nouvelle collection « La lampe merveilleuse » lancée en 1921. Le film est mis en récit par Raymond Payelle, pseudonyme de Philippe Hériat, acteur dans le film et plus tard assistant de René Clair ; il deviendra écrivain.

Annonce de la publication du roman tiré du film, Cinea, 28 octobre 1921


L’épisode comique
Après la fin violente de Sibilla et la longueur de la séance, le public a droit de respirer un peu, et ce sera Charlot Patine, un épisode comique de 24 minutes, sorti en 1916.

Charlot Patine (The Rink, 1916)

Cette année-là, Chaplin a réalisé dix courts-métrages dont huit pour la Mutual où il resta deux ans. Avant d’être serveur dans un restaurant et de patiner lors de la pause déjeuner, il a été chef de rayon, commis chez un usurier, pompier, musicien et machiniste, de tous les métiers, toujours avec sa canne. « Oui, cette canne est vraiment toute ma philosophie, dira-t-il dans Le Petit Provençal du 6 février 1931, non seulement je la conserve comme emblème de respectabilité mais, avec elle, je défie le destin et l’adversité ». Misérable et vagabond, il n’est jamais victime. Dans Charlot patine, Il partage l’écran avec sa première compagne, Edna Purviance.

« Notre frère Charlie »
Après plus de trois heures de spectacle, on est sûr que Charlot fera l’unanimité.  Après la guerre, la puissance d’émotion de son personnage et la mécanique de sa gestuelle reconnaissable entre toutes, enthousiasment tous les publics et aussi les poètes.

Charlot cubiste, Fernand Léger, Centre Pompidou.
L’affiche des élèves de la grande maternelle : Annonce du cinéma Louxor.

« Notre frère Charlie » l’appellera Henri Michaux(4). C’est au cours d’une permission en 1916 en compagnie de son ami Apollinaire que Fernand Léger le découvre, une révélation. A plusieurs reprises, il évoque sa figure, parfois sous la forme d’un pantin désarticulé. Un siècle plus tard, durant l’année scolaire 2014-2015, des élèves de la classe de Grande section de l’école maternelle Richomme du 18e arrondissement réaliseront des dessins et peintures inspirés de Charlot Patine, exposés au salon du Louxor.


Une pleine page du programme, en quatrième de couverture, vante les Magasins Dufayel, à deux pas du Louxor, les plus vastes magasins du monde, le meilleur marché de tout Paris. Véritable temple de la consommation dès son ouverture en 1856 par Jacques Crespin, les clients aux revenus modestes s’y précipitent pour se meubler à tempérament, le magasin fut en effet un des premiers à développer le crédit à la consommation.

Repris par Georges Dufayel en 1888, une salle de cinéma de 250 places est ouverte, une des toutes premières à Paris. C’est là que le tout jeune Henri Diamant-Berger va découvrir, émerveillé, les premières images animées tout comme conduit par sa nourrice, Jean Renoir, son contemporain.

Dernière page du programme du Louxor


© Claudie Calvarin – Les Amis du Louxor

Notes
1. Henri-Diamant Berger, Il était une fois le cinéma, 1977, Simoën.
2. Marcel L’Herbier, Cinéma D’Aujourd’hui, 1973, Éditions Seghers.
3. idem
4. « Notre frère Charlie », article écrit par Henri Michaux dans le numéro spécial de la revue Disque Vert consacrée à Chaplin en février 1924.
Sources diverses :
– Les périodiques de cinéma cités, en particulier Cinémagazine et Cinéa, sont accessibles sur le site de Cinéressources  et/ou Gallica.
– Archives Gaumont
Fondation Jérôme Seydoux Pathé
– voir aussi le riche site BDFF (base de données de films français)
– A (re)découvrir sur notre site :  
deux autres programmes du Louxor, l’un du 14 au 20 septembre 1923 , l’autre du 12 au 18 septembre 1924
et d’autres programmes encore dans l’article Quand le music-hall s’invitait au cinéma


 

Les attractions du Louxor pendant les années 1920, III : dernières trouvailles…

Notre premier article sur les attractions du Louxor pendant les années 20 a attiré l’attention de deux connaisseurs, François Ravez  et Les Cook – spécialiste anglais de la guitare hawaïenne et tout particulièrement de Gino Bordin et des musiciens et danseurs Kanui et Lula. Ils nous ont aimablement fourni des informations et des illustrations sur certains des artistes peu connus évoqués dans notre article et dont il est difficile pour le non spécialiste de retrouver la trace1. Nous les remercions de leur contribution qui nous permet ainsi de combler des lacunes…
Revenons par exemple à Kanui et Lula dont le spectacle de danses hawaïennes connut un joli succès en France, sur les scènes européennes et jusqu’en Amérique du Sud  pendant les années 20 et 30.

Kanui (photo dédicacée à Marius Kowalski le 15 février 1923, collection Christophe Leroy)

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Films égyptiens et libanais programmés au Louxor de 1978 à 1983

I. Films égyptiens

La liste des films que nous publions ici témoigne de la place du cinéma égyptien dans la programmation du Louxor de 1978 à 1983, date de la fermeture de la salle par Pathé : avec pas moins de 50 films, dont certains ont été programmés plusieurs fois, 66 semaines ont ainsi été dévolues au cinéma égyptien.

Said Ahmed El Bedaoui de Baha Eddine Charaf, Louxor 6-13 août 1980. Ce film fut projeté à trois reprises au Louxor. (photo : Fonds Eldorado)

Dates
Il s’agit généralement de films datant de plusieurs années, voire de films anciens – par exemple Nashid al amal, Chanson d’espoir, d’Ahmed Badrakhan date de 1937. Mais, comme le montrent les chiffres de la fréquentation hebdomadaire (voir la liste des films), peu importe la date de production, ces longs métrages n’avaient rien perdu de leur attrait pour le public du Louxor1. Par exemple, Ali Baba et les 40 voleurs (1942) ou Sallama (1945) deux films de Togo Mizrahi, un des pionniers du cinéma égyptien, firent respectivement 7 000 et 6 800 entrées hebdomadaires au Louxor en 1979. On constate d’ailleurs que les plus grands succès concernent des films des années 1950 et 1960.  
Le seul film égyptien récent programmé au Louxor fut La Mémoire, une histoire égyptienne (1982) de Youssef Chahine. Mais avec seulement 2 880 entrées pendant la semaine du 14 au 21 septembre 1983, ce très beau film fit le score le plus bas de tous les films égyptiens. Même si l’on tient compte de la chute de fréquentation du début des années 80 qui succédait à l’embellie des années 70, on note que, cette même année 1983, Sayed el Badaoui (1953) ou Antar le valeureux (1961), pourtant déjà programmés, frôlaient encore au Louxor les 5000 entrées hebdomadaires. Juste retour des choses, trente ans après, lors de l’inauguration du Louxor restauré, La Mémoire, une histoire égyptienne, fut projeté dans la grande salle, baptisée Youssef Chahine en hommage au réalisateur.

Les genres
Venaient en tête les films d’aventures historiques, l’équivalent égyptien des péplums italiens ou américains dont le public du Louxor des années 70 était friand : la série des Antar, ou Le Cavalier Ben Hamdan de Niazi Mostafa furent de beaux succès, tout comme les grandes fresques historiques (Les Mamelouks d’Atef Salem, Saladin de Youssef Chahine) et religieuses (L’Aube de l’Islam de Salah Abou Seif ou des biographies de grandes figures de l’islam (Sayed el Badaoui, La Soeur du Prophète, Rabaa la Bédouine). Parmi les films d’aventures, deux réalisations du grand cinéaste Henri Barakat, Le Prince de la Vengeance (ou Le Prisonnier de la tour) (1950) et Le Prince de la ruse (1964), sont des adaptations du Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas, l’intrigue étant transposée dans un contexte égyptien.

Antar Ibn Chaddad (Antar le valeureux, 1973) – Le Prince de la Vengeance (1950) – Le Prince de la ruse (1964) Affiches : site Encyclocine.fr

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Attractions du Louxor, II : La vie d’artiste

Achille Daras, éphémère attraction au Louxor

Dans la liste des artistes s’étant produits au Louxor, publiée en annexe de l’article Les attractions au Louxor pendant les années 20, Nicole Jacques-Lefèvre a eu la surprise, à la date du 4 mai 1923, de lire le nom de son arrière-grand-oncle : DARAS. La biographie qu’elle a pu retracer illustre parfaitement ce que pouvaient être ces vies d’artistes aux talents variés, bourlingueurs, un peu aventuriers, jamais découragés par la précarité de leur condition…

Je n’avais d’abord connu Achille Daras, mon arrière-grand-oncle, que par ouï-dire : on en parlait peu dans la famille, où il avait néanmoins une réputation de chanteur et de grand voyageur. Mais, il y a peu de temps, Dominique Delord, infatigable chercheuse, m’a retrouvé quelques articles et images qui, joints à des souvenirs et documents familiaux, me permettent de retracer aujourd’hui une partie d’une carrière certes modeste, mais sans doute assez représentative de celle des artistes de l’époque, dont tous ne pouvaient accéder au vedettariat.
Achille Arthur Léon Daras était né à Dagny-Lambercy, dans l’Aisne, le 31 janvier 1875, d’un père menuisier. Mais, si sa mère retourna accoucher dans sa famille, comme il était souvent de tradition, ses parents s’étaient installés à Paris vers 1868, peu après leur mariage, sans doute pour trouver plus facilement du travail.
Achille, qui possédait une belle voix de baryton, semble s’être engagé assez vite dans une voie artistique, avec des talents divers. En 1896, son passage est signalé dans plusieurs lieux : il donne un spectacle de danseur-imitateur à la Scala de Tours, fait partie à Paris de la troupe de la Gaîté-Rochechouart,

Le Courrier français, 16 fév. 1896, illustration de Willette (document D. Delord) – à droite, affiche de Candido Arargones de Faria. (Source BNF Gallica). Cliquer sur l’image pour l’agrandir

puis de la nouvelle troupe de l’Eldorado, et offre aux Ambassadeurs un numéro de « danseur provençal », pour lequel il est qualifié de « chanteur-danseur ». Mais les cachets de l’époque ne devaient pas suffire, et il exerce conjointement d’autres métiers dont celui de représentant de commerce, indiqué dans l’acte de son premier mariage en 1898. La même année, il figure dans l’Annuaire de l’Art lyrique et du Music-hall. Est-ce pour s’ouvrir de nouvelles portes qu’il se crée alors une identité nobiliaire, totalement fictive ?

Collection Nicole Jacques-Lefèvre

Il s’affirme pourtant comme fantaisiste polyvalent : cette même année 1898, il fait aux Folies-Bergères des débuts de « danseur comique », sera en janvier 1905 « compère » dans la revue du Nouveau-Cirque, et, dans les différents annuaires professionnels du début du XXe siècle, continuera à figurer comme « artiste de café-concert ».
C’est dans ces années que s’amorce l’aspect international de sa carrière, en même temps que se confirment ses talents d’imitateur : c’est ainsi qu’il sera défini en 1909, dans l’Annuaire du syndicat des artistes lyriques. Une affiche de Candido Aragones de Faria (1) réunit toutes ses caractéristiques.

Affiche de Candido Aragones de Faria (Source BNF Gallica)

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Les attractions de l’entracte au Louxor pendant les années 20

Que peuvent avoir en commun Mardrus, « merveilleux phénomène de la tête sans corps », Mikasa Chokichi, « jongleurs fantaisistes japonais », René de Buxeuil, « le chansonnier aveugle », Mac Norton, « l’homme aquarium », et les chanteuses Eugénie Buffet, le ténor Vorelli ou le comique Ouvrard ? Tous sont montés sur la scène du Louxor pendant les soirées du cinéma muet, rythmées par les prestations musicales de l’orchestre et des numéros de variétés (1). Signe de l’intérêt des spectateurs pour ces bien nommées « attractions », elles sont mentionnées régulièrement dans l’hebdomadaire La Semaine à Paris (ancêtre de notre Officiel des spectacles) qui précise même souvent le genre de numéro programmé et/ou le nom de l’artiste.
Le Louxor, intégré au circuit Lutetia Fournier en 1922 puis repris en 1929 par Pathé à l’avènement du parlant (voir notre chronologie), était une salle assez renommée pour que des projections spéciales y soient organisées et que des artistes confirmés s’y produisent. « Les “Fournier” (Louxor, Lyon-Palace, Ciné Saint-Marcel, Lutetia-Wagram, etc.), 35 salles environ dans Paris, sont des merveilles de goût, de confort. Leurs orchestres sont parfaits, leurs films de premier ordre ». s’enthousiasmait un chroniqueur du journal Le Rappel (8 mars 1927). Cependant, la longue liste des attractions du Louxor (jointe à la fin de cet article) montre que ces numéros étaient aussi assurés par « les obscurs, les sans grade », ceux dont le nom figurait rarement, ou jamais, en haut de l’affiche des music-halls et qui devaient certainement courir le cachet d’une salle à l’autre pour joindre les deux bouts (2).
Les artistes les plus connus cités dans le cadre de cet article font l’objet de notices ou d’articles sur des sites spécialisés très bien documentés (3) et dans des ouvrages auxquels nous renvoyons donc les amateurs de variétés des années 20 par des notes et des liens qui permettent aussi de retrouver un grand nombre d’enregistrements.

Au Louxor semaine du 8 avril 1927 (photo collection Ch. Leroy)
« Pour la 2e fois au Louxor, à notre sympathique chef d’orchestre, toutes nos amitiés »

Chant (chanteurs et chanteuses « de genre » ou « à voix » , voire « à grande voix » ou « divettes »), danse, acrobaties, « diseurs », imitateurs, ventriloques – les attractions changeaient toutes les semaines et il y en avait pour tous les goûts. Les photos dédicacées par des artistes au chef d’orchestre du Louxor Marius Kowalski, témoignent de cette diversité mais aussi des liens qui se tissaient avec les musiciens des orchestres de cinéma.

Kanui et Lula (photos collection Ch. Leroy)

Les chanteurs et danseurs hawaïens, Kanui  et Lula (4), qui dédicacent leurs photos  à « Monsieur Kowalski, notre charmant chef d’orchestre, en souvenir de notre passage au Louxor », formaient un duo qui se produisait avec succès dans plusieurs pays européens dans les années 20 et 30. Très présents à Paris, Kanui et Lula passaient de salle en salle : les programmes signalent leur numéro dans divers music-halls, notamment à l’Olympia : ainsi en mai 1923 pour la rentrée de « l’illustre chanteur comique Fortugé » ou en  janvier 1927 et novembre 1928, ou encore pour plusieurs semaines au Cirque d’hiver en mai 1929. Ils assurent en même temps les attractions dans des cinémas parisiens, comme au Louxor en 1923 ; en 1927, ils enchaînent les cinémas Convention, Lyon Palace, ou Select.
Plus inattendu : un de leurs « tubes » enregistré à Paris pour les disques Odéon le 21 juin 1933, Oua Oua, a été utilisé dans une pub pour Vittel en 2009 ! On peut l’écouter ici.  

Max Rogé (photo collection Ch. Leroy)

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Projections spéciales au Louxor (1922, 1931, 1933)

Lorsqu’Emmanuel Papillon organise ses nombreuses « soirées spéciales » dans le nouveau Louxor (avant-premières, rencontres avec des acteurs ou réalisateurs, etc.), il renoue avec la tradition … Si ce genre d’événements ne se retrouve pas dans les programmes officiels (notamment La Semaine à Paris), on tombe cependant par hasard, dans la presse, sur quelques mentions de ces projections spéciales.

Invitation de vedette :

L’Intransigeant du 14 février 1922 apprend à ses lecteurs que « l’enfant star » Régine Dumien était au Louxor ce même jour à l’occasion de la programmation du film Petit Ange (1920) de Luitz-Morat et Pierre Régnier dans lequel elle tient un des rôles principaux. Mais ce soir-là au Louxor, la jeune vedette ne venait pas accompagner son film, elle faisait la quête au profit des Petits Lits Blancs…

L’Intransigeant, 14 février 1922

Le film s’y prêtait et la jeune Régine était un « Petit-Ange » très médiatique…Cette toute jeune actrice, devenue la coqueluche des journalistes, qui lui consacrent un nombre d’articles dignes de la presse « people » d’aujourd’hui et rivalisent de mièvrerie, était régulièrement mise à contribution pour des opérations de bienfaisance (« Régine Dumien ayant eu la scarlatine, a pensé aux enfants de son âge qui sont aussi malades et peuvent ne pas être aussi bien soignés qu’elle. Alors, pour eux, elle a brisé sa tirelire et a envoyé les 70 francs qu’elle contenait pour les Petits Lits Blancs. Merci à “Petit-Ange”. » L’Intransigeant, 15 mars 1921) « A quoi pense une artiste de 5 ans ? » s’interrogeait déjà ce même journal le 27 janvier 1921. Sa présence au Louxor n’était donc pas anodine. 

Le Petit Parisien, 29 juillet 1923

Cet engouement médiatique continua (voir quelques articles).  Si les Américains avaient le jeune Jackie Coogan, la France, elle, avait « la petite Régine Dumien » ! A l’occasion de la visite de l’enfant star américain à Paris, elle fut chargée d’aller l’accueillir à la Gare du Nord, occasion en or de publier des photos de la vedette nationale en si bonne compagnie… L’année suivante, dans une mise en scène soigneusement préparée, c’était au tour de Tom Mix, la star des westerns d’être accueillie par Régine Dumien gare Saint-Lazare (le célèbre cheval Tony attendait son maître dans un van devant la gare !).

Projections spéciales

Pendant les années 30, Pathé organise également des soirées spéciales au Louxor, devenu le Louxor Pathé.  Non sans rapport avec l’événement précédent, le Louxor fit partie des cinémas choisis pour projeter le « film sonore » du Bal des Petits Lits Blancs tourné à l’Opéra, événement éminemment mondain, à l’intention des « milliers de Parisiens qui n’ont pas pu assister au merveilleux spectacle ». (L’Intransigeant, 1er mars 1930).

On trouve aussi mention (Paris Soir, 20 décembre 1931) d’une « projection surprise » du film de Carmine Gallone, Le Chant du Marin, qui a eu lieu le jeudi 17 décembre 1931. Surprise ? En effet il ne s’agissait pas d’une avant-première mais d’une projection destinée à tester les réactions des spectateurs venus assister au film de la semaine et qui ne s’attendaient pas à ce supplément de programme.

Affiche : site encyclo-ciné

À en juger par la critique, le test fut fort encourageant pour ce film dont la vedette, le très populaire Albert Préjean, interprète les chansons écrites par Serge Veber sur une musique de Georges Van Parys.

En mars 1933, La Dame de chez Maxim’s, film d’Alexandre Korda d’après la pièce de Feydeau, scénario d’Henri Jeanson, était projeté (Le Journal, 21 mars 1933) au Louxor en présence de Marcel Achard et Steve Passeur (lui aussi dramaturge et scénariste), avant même sa sortie officielle. Celle-ci était organisée le lendemain à Lyon pendant les journées lyonnaises du cinéma.

Affiche site Unifrance

Projection au Louxor (que le journaliste situe d’ailleurs « boulevard de Rochechouart » …) pleinement réussie puisque « L’amusante et savante reconstitution de la vie en 1900 fut très appréciée par tout le monde, et les producteurs et les éditeurs du film étaient ravis. »

Le Journal, 21 mars 1933

Ces quelques échos de la vie d’une salle de cinéma plus présente dans la presse des années 20 et 30 qu’on pourrait l’imaginer…

Marius Kowalski, chef d’orchestre du Louxor

Qui se souvient des chefs d’orchestre des cinémas des années 1920 et 1930 ? A quelques exceptions près — comme Paul Fosse, directeur musical du grandiose Gaumont Palace, ou Lucien Rémond, chargé de la direction d’orchestre du Louxor et des arrangements pour l’inauguration et les séances qui suivirent  —, ces artistes qui assuraient l’animation musicale des séances, et dont certains étaient également compositeurs, sont un peu les oubliés de l’histoire. Pourtant, l’orchestre constituait un atout majeur pour les salles qui, comme le Louxor, avaient la chance d’en disposer.
L’un des premiers chefs d’orchestre du Louxor fut Marius Kowalski (1886-1963). Les archives familiales que son petit-neveu, Christophe Leroy, nous a aimablement communiquées, permettent de mettre un visage et une histoire sur ce qui n’était qu’un nom découvert dans des programmes du Louxor des années 20. Autres trouvailles, les photos dédicacées par certains des artistes de variétés, témoignages de sympathie et d’amitié pour un chef d’orchestre très apprécié, font revivre certains de ceux qui se sont produits sur la scène du Louxor. Un prochain article sera consacré à ces attractions qui étaient alors partie intégrante des soirées de cinéma.

Marius Kowalski (1886-1963)

Marius Kowalski (1886-1963)

Marius Kowalski : une vie dédiée à la musique et au spectacle

Marius Kowalski est né à Paris en 1886. Son arrière-grand-père, Léon Jean Joseph Kowalski, né en 1810 dans le Palatinat de Cracovie, avait fui la Pologne après l’insurrection de 1830 et, comme beaucoup de ses compatriotes, s’était réfugié en France et s’y établit. Il meurt à Arles en 1888.
Musicien précoce, élevé dans une famille mélomane, Marius jouait de plusieurs instruments (piano, flûte traversière, violon).

Marius enfant, avec sa sœur Jeanne

Marius enfant, avec sa sœur Jeanne

Après ses études au Conservatoire de musique de Paris, il embrasse très jeune une carrière musicale, et apparaît entre 1903 et 1909 comme flûtiste à la rubrique « artistes exécutants et professeurs » de l’Annuaire des artistes et de l’enseignement dramatique et musical. Quand arrive la Guerre de 1914-1918, Marius est mobilisé. Il participe notamment, du 15 juillet 1916 au 24 mai 1917, aux terribles batailles de Verdun dans le 289e régiment d’infanterie et sera décoré de la Croix de guerre. Mais, même sous l’uniforme, il n’abandonne pas ses instruments : il fait partie d’un orchestre. Sur la photo ci-dessous, il est au premier plan à gauche, la flûte posée sur le genou. (Clic sur l’image pour l’agrandir)

Orchestre militaire, Marius Kowalski, au premier plan à gauche

Orchestre militaire, Marius Kowalski, au premier plan à gauche

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