Le Louxor en 1983 dans le film d’ Andrzej Zulawski, La Femme publique

Les images du Louxor avant sa fermeture du 30 novembre 1983 et sa vente par Pathé à la société Tati ne sont pas si nombreuses, et son utilisation en tant que décor de film encore moins fréquente. Ou s’il apparaît, c’est souvent de manière si fugitive que le spectateur a à peine le temps de l’identifier(1). Toutes les trouvailles sont donc précieuses. Merci à Emmanuel Papillon, directeur du Louxor, de nous avoir signalé le film d’Andrzej Zulawski, La Femme publique, dont nous découvrons une scène se déroulant devant le Louxor.
Ethel (Valérie Kapriski) sort du métro par le tourniquet du côté du boulevard de La Chapelle, où l’attend Milan (Lambert Wilson), réfugié tchèque, en fuite après avoir tiré sur l’archevêque de Lituanie en visite à Paris. Dès lors, le Louxor va servir de décor nocturne à ce rendez-vous.

Captures d’écran du film La Femme publique d’Andrzej Zulawski

Milan entraîne Ethel, ils s’éloignent en dansant, Ethel longe la façade boulevard de la Chapelle, elle essaie de trouver une voiture ouverte.

Captures d’écran du film La Femme publique

Milan la suit en dansant. Il s’engouffre dans une voiture qu’elle lui désigne.
Le cinéma est encore en exploitation, et bien que les grilles soient fermées, le portique d’entrée est éclairé, de même que les affiches le long du boulevard.

Capture d’écran du film d’Andrzej Zulawski, La Femme publique

Séquence brève, très fluide, qui met admirablement en valeur les grands panneaux décoratifs (les seconds du genre au Louxor depuis la fin des années 60), avec leurs peintures colorées représentant des personnages emblématiques du cinéma (Batman, Anita Ekberg dans La Dolce Vita, des personnages de westerns, etc.). Cette scène du film de Zulawski montre que ces panneaux destinés à attirer le chaland sont restés en place jusqu’à la fermeture.

En haut à gauche : les panneaux peints première version (photos Jean-Marcel Humbert 1971) En haut à droite : les panneaux peints seconde version (photo Xavier Delamare 1982) En bas : détails des fresques boulevard de La Chapelle et boulevard de Magenta (photos Jean-François Chaput, 1978). Le Louxor-Palais du cinéma (ouvrage conçu par Les Amis du Louxor, éditions AAM, 2013), page 52

La séquence (images 1,2,3) montrent aussi le pan coupé à l’angle des deux boulevards, où l’on distingue le grand panneau publicitaire du film de la semaine. Et ce panneau, ainsi qu’une affiche que l’on aperçoit à l’arrière-plan (images 4 et 5), permettent de connaître le film projeté, La Mémoire de Youssef Chahine (1982).

Cela permet de définir une étroite fourchette de date de tournage puisque ce film, qui avait attiré 2880 spectateurs, a été projeté au Louxor du 14 au 21 septembre 1983, c’est-à-dire un peu plus de deux mois avant sa fermeture.
Nous joignons ici la programmation complète du Louxor pendant les années 1980-1983, qui montre la place dévolue aux films indiens et égyptiens.
PROGRAMMATION 1980-1983

Les dernières secondes de la séquence du film de Zulawski présentent aussi un intérêt documentaire pour ceux que l’histoire du quartier Barbès intéresse. Elles sont tournées non pas devant le Louxor (mais le spectateur ne perçoit pas ce déplacement ) mais sur l’autre trottoir du boulevard de la Chapelle. La voiture dans laquelle Ethel et Milan vont s’enfuir est garée devant l’immeuble de l’Armée du Salut, 106 boulevard de La Chapelle, aujourd’hui disparu (ancienne maison de prostitution avant de revenir à l’Armée du Salut, puis d’être démolie et remplacée par un immeuble moderne) (2).

L’immeuble de l’Armée du salut (aujourd’hui démoli)


Notes
1. Dans le film de Henri Lepage (1951), Dupont Barbès, évoqué sur notre site dans l’article de Nicole Jacques-Lefèvre Autour du Louxor : Mémoire des cafés de Barbès, on distingue nettement la façade du Louxor, surplombant le métro aérien boulevard de la Chapelle.
2. On peut lire à ce sujet une étude très intéressante sur ce blog