Le site des Amis du Louxor

Mis en avant

Ce site est le résultat des recherches menées par des membres de l’association (Jean-Marcel Humbert, Nicole Jacques-Lefèvre, Annie Musitelli, Michèle Alfonsi, Marie-France Auzépy) sur l’histoire du Louxor et de sa programmation. Par ailleurs, nous avons suivi, grâce aux visites de chantier et aux rencontres avec les divers intervenants (architectes, décorateurs, acousticiens, mosaïstes, etc.) toutes les étapes de la réhabilitation du bâtiment, depuis la présentation du projet par l’architecte Philippe Pumain en novembre 2008 jusqu’à l’inauguration du 17 avril 2013 (rubrique Le chantier du Louxor). Ce site constitue donc une base de données documentaire sur ce cinéma historique et son sauvetage. Depuis l’ouverture de la salle, les Amis du Louxor, spectateurs fidèles de leur cinéma favori, continuent à se faire l’écho de son actualité.
Un ouvrage collectif, Le Louxor-Palais du cinéma, par les Amis du Louxor et l’architecte Philippe Pumain, a été publié en juin 2013 par les éditions AAM (photo ci-contre).

La « sortie au cinéma » en Egypte 1930-1980

Entretien avec Marie-Claude Bénard

Depuis sa réouverture en 2013, le Louxor a renoué avec la projection de films égyptiens qui avaient constitué une part importante de sa programmation entre 1978 et 1983. Au cours d’une de ces « soirées égyptiennes », Marie-Claude Bénard, professeur de philosophie et de cinéma, a présenté son livre La sortie au cinéma, Palaces et ciné-jardins d’Egypte 1930 – 1980.

La sortie au cinéma , éditions Parenthèses, MMSH (2016)

« Aller au cinéma, le soir, était une vraie sortie. On s’habillait, on téléphonait pour réserver les places qui étaient numérotées, on se retrouvait à l’entracte. » (Omar Sharif, 1991, p.109).

L’ouvrage est la publication d’un travail commencé au Caire dans les années quatre-vingt qui a eu des difficultés à trouver un éditeur en France. Le sujet, riche et très vivant n’est pas tant le cinéma égyptien que le cinéma en Égypte et le grand intérêt qu’il a suscité tant de la part des réalisateurs, des producteurs que de la part du public. Pendant la période faste qui s’étend des années 1930 aux années 1970, on ne comptait plus les salles de cinémas au Caire ou à Alexandrie où affluait le public pour la rituelle « sortie au cinéma ». Immenses et luxueux cinémas de centre-ville1 ou modestes salles de quartier, beaucoup de ces Rivoli, Rio, Rialto, Normandy, Pigalle ont disparu ou sont passablement décatis et le rite lui-même de la « sortie au cinéma » a profondément changé. Il était donc urgent, dans les années quatre-vingt, de recueillir les témoignages de ceux (réalisateurs, acteurs, directeurs de salles, critiques) qui gardaient de cette époque un souvenir très vif, à la fois ému, amusé et quelque peu nostalgique.
A travers les trente entretiens présentés dans cet ouvrage, le lecteur découvre tout un pan de l’histoire du cinéma en Égypte et de sa grande diversité. Quels films voyait-on ? Dans quels quartiers, dans quelles salles, avec quel public, dans quelle ambiance ? Nous avons interrogé Marie-Claude Bénard.

Comment ce livre est-il né ?
Je résidais au Caire et collaborais à un programme de recherche de « l’Observatoire urbain du Caire contemporain », dans le cadre du CEDEJ (Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales). Il se trouvait qu’un groupe de jeunes cinéastes des années quatre-vingt avait choisi de sortir des studios pour tourner en extérieurs réels. L’idée avait donc été d’observer, grâce aux cinéastes, le renouvellement de l’image filmée de la ville et de ses habitants. Les résultats en avaient été publiés dans un dossier du CEDEJ : « Le Caire et le cinéma égyptien des années quatre-vingt ». Par ailleurs, cette recherche me passionnait à titre personnel. Parcourant les rues du Caire, j’avais découvert des salles, dont certaines, somptueuses, laissaient imaginer des habitudes passées également somptueuses. Les réalisateurs, acteurs, critiques ou cinéphiles rencontrés, évoquaient volontiers leurs souvenirs. En écho, j’avais amassé une documentation iconographique qui manifestait la présence du cinéma dans la ville.

 File d’attente devant le cinéma Métro au Caire, circa 1965. A l’affiche : L’Arbre de vie d’Edward Dmytryk (livre p. 82 – Source : Archives Al-Ahram)

Comment avez-vous sélectionné vos interlocuteurs ?
Une amie égyptienne m’a aidée à établir une liste d’interlocuteurs possibles, qui parfois, eux-mêmes, faisaient des suggestions.  Il faut préciser que les Egyptiens – y compris les célébrités comme Omar Sharif ou Youssef Chahine – font preuve d’une gentillesse, d’une disponibilité extraordinaires. Ils sont prêts, de manière parfaitement désintéressée, à donner de leur temps pour vous aider.
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Films égyptiens et libanais programmés au Louxor de 1978 à 1983

I. Films égyptiens

La liste des films que nous publions ici témoigne de la place du cinéma égyptien dans la programmation du Louxor de 1978 à 1983, date de la fermeture de la salle par Pathé : avec pas moins de 50 films, dont certains ont été programmés plusieurs fois, 66 semaines ont ainsi été dévolues au cinéma égyptien.

Said Ahmed El Bedaoui de Baha Eddine Charaf, Louxor 6-13 août 1980. Ce film fut projeté à trois reprises au Louxor. (photo : Fonds Eldorado)

Dates
Il s’agit généralement de films datant de plusieurs années, voire de films anciens – par exemple Nashid al amal, Chanson d’espoir, d’Ahmed Badrakhan date de 1937. Mais, comme le montrent les chiffres de la fréquentation hebdomadaire (voir la liste des films), peu importe la date de production, ces longs métrages n’avaient rien perdu de leur attrait pour le public du Louxor1. Par exemple, Ali Baba et les 40 voleurs (1942) ou Sallama (1945) deux films de Togo Mizrahi, un des pionniers du cinéma égyptien, firent respectivement 7 000 et 6 800 entrées hebdomadaires au Louxor en 1979. On constate d’ailleurs que les plus grands succès concernent des films des années 1950 et 1960.  
Le seul film égyptien récent programmé au Louxor fut La Mémoire, une histoire égyptienne (1982) de Youssef Chahine. Mais avec seulement 2 880 entrées pendant la semaine du 14 au 21 septembre 1983, ce très beau film fit le score le plus bas de tous les films égyptiens. Même si l’on tient compte de la chute de fréquentation du début des années 80 qui succédait à l’embellie des années 70, on note que, cette même année 1983, Sayed el Badaoui (1953) ou Antar le valeureux (1961), pourtant déjà programmés, frôlaient encore au Louxor les 5000 entrées hebdomadaires. Juste retour des choses, trente ans après, lors de l’inauguration du Louxor restauré, La Mémoire, une histoire égyptienne, fut projeté dans la grande salle, baptisée Youssef Chahine en hommage au réalisateur.

Les genres
Venaient en tête les films d’aventures historiques, l’équivalent égyptien des péplums italiens ou américains dont le public du Louxor des années 70 était friand : la série des Antar, ou Le Cavalier Ben Hamdan de Niazi Mostafa furent de beaux succès, tout comme les grandes fresques historiques (Les Mamelouks d’Atef Salem, Saladin de Youssef Chahine) et religieuses (L’Aube de l’Islam de Salah Abou Seif ou des biographies de grandes figures de l’islam (Sayed el Badaoui, La Soeur du Prophète, Rabaa la Bédouine). Parmi les films d’aventures, deux réalisations du grand cinéaste Henri Barakat, Le Prince de la Vengeance (ou Le Prisonnier de la tour) (1950) et Le Prince de la ruse (1964), sont des adaptations du Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas, l’intrigue étant transposée dans un contexte égyptien.

Antar Ibn Chaddad (Antar le valeureux, 1973) – Le Prince de la Vengeance (1950) – Le Prince de la ruse (1964) Affiches : site Encyclocine.fr

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Succès de fréquentation confirmé pour le Louxor

Dès sa réouverture le 17 avril 2013, après trente ans d’abandon, le Louxor avait été une réussite immédiate.  Il ne s’agissait pas d’un simple succès de curiosité ou d’un emballement passager pour ce cinéma au décor somptueux. En avril 2015, il avait déjà attiré en deux ans plus 500 000 spectateurs. Quatre ans plus tard le succès est toujours au rendez-vous et le Louxor a franchi la barre du million d’entrées !
Le presse s’est d’ailleurs fait l’écho de ces très beaux résultats. On lira notamment,  dans Le Parisien du 2 mai, Le Louxor de Barbès, « millionnaire » en 4 ans et dans les Echos du 27 avril, Succès pour le Louxor.
Le site culturebox y consacre aussi un long article comportant une vidéo (réalisée par France 3).
Bravo à Emmanuel Papillon et son équipe !

La réalité virtuelle au Louxor

Tous les samedis et dimanches de 11h15 à 20h15, le Louxor propose des programmes courts en « réalité virtuelle ». Intrigués par ce terme qui dans notre esprit relevait plutôt du jeu vidéo ou des applications scientifiques que du cinéma, nous avons interrogé Emmanuel Papillon, le directeur du Louxor, qui a bien voulu jouer les pédagogues.  

Une séance de cinéma en réalité virtuelle au salon du Louxor

« La réalité virtuelle débarque au Louxor », écrivez-vous sur votre site. Sans entrer dans des détails techniques complexes, de quoi s’agit-il concrètement ?
Par réalité virtuelle, on fait référence à une technologie qui permet l’immersion complète du spectateur dans un environnement fictif :  les films sont tournés et diffusés en 360° degrés ; le spectateur est donc « dans » le film.  Il voit devant, derrière, sur les côtés, au-dessus : par exemple son regard se déplace pour suivre la trajectoire d’une flèche qui va passer au-dessus de sa tête, de son point de départ à son point d’arrivée.
Vous êtes vraiment entouré par les images (que ce soit des paysages, des mondes imaginaires ou des films d’animation). Les sensations sont plus fortes – les bruits environnants, la perception des mouvements –, c’est une autre expérience qui peut être tout à fait impressionnante.
Mais quel équipement faut-il ? Les séances se passent-elles dans une des salles ?
Non, nous ne supprimons aucune projection en salle. Les séances ont lieu dans le salon du 2e étage et tout l’équipement est fourni par la société Diversion cinéma qui est notre partenaire. Le spectateur est assis sur une chaise pivotante, il est équipé d’un portable posé sur un support, en l’occurrence de grosses lunettes, un peu comme un masque de plongée. Il est donc isolé de l’extérieur par ce casque occultant et plongé dans l’univers du film. Je précise – c’est important pour le confort du spectateur– que celui qui porte des lunettes de vue peut les ôter, l’équipement sera adapté à sa vision. J’en ai fait l’expérience.

Spectateurs équipés de leur casques, salon du Louxor.

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Une nouvelle plaque historique pour le Louxor

Une nouvelle plaque historique vient enfin d’être posée dans le hall du Louxor ! La plaque précédente, posée en septembre 2013 par la Ville de Paris, comportait en effet une grosse erreur et certaines mentions importantes en étaient absentes. Emmanuel Papillon, directeur du Louxor, et les Amis du Louxor avaient demandé qu’elle soit déposée et remplacée. Nous avions également alerté la Commission du Vieux Paris dont les présidents successifs, Daniel Imbert et Bernard Gaudillère, ont relayé notre vœu auprès des services concernés.

Nous avions proposé un nouveau texte, rectifié et étoffé, qui a été intégralement reproduit sur cette nouvelle plaque. Il mentionne – ce n’est que justice – la plupart de ceux à qui l’on doit le bâtiment et les décors originaux : l’architecte Henri Zipcy mais aussi le constructeur et premier directeur du cinéma, Henri Silberberg, et les mosaïstes Gentil et Bourdet. Nous tenions aussi à ce que soit rappelées l’inscription des façades et de la toiture à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques et la mobilisation des habitants du quartier qui fut à l’origine du rachat du bâtiment par la Ville de Paris. C’est désormais chose faite.

La nouvelle plaque, visible dans le hall, à gauche de la caisse.

Cette nouvelle plaque historique, placée à gauche de la caisse du cinéma et plus visible que l’ancienne, offre aux visiteurs et aux spectateurs du Louxor un aperçu rigoureux des étapes essentielles de l’histoire du bâtiment, de sa construction en 1921 à sa réhabilitation par l’architecte Philippe Pumain.

Et tous ceux qui souhaitent mieux connaître le Louxor ont aussi à leur disposition la brochure illustrée réalisée  par notre association pour le cinéma Louxor ainsi que le livre Le Louxor, Palais du cinéma, ouvrage collectif, par les Amis du Louxor et l’architecte Philippe Pumain, publié en juin 2013 par les éditions AAM.
 

Avant le Louxor I : la naissance d’un quartier

Notre recherche dans les archives pour découvrir les dévolutions successives de la parcelle du Louxor offre une plongée dans l’histoire de l’urbanisation du nord-est parisien. Car aux nourrisseurs à bestiaux venus du voisinage succèdent des spéculateurs de tout poil, portés par des projets où intérêts particuliers et intérêt général se trouvent mêlés. Le terrain est nu et d’une valeur inférieure à d’autres terrains construits à Paris. Il va faire l’objet d’intenses convoitises. Avec l’aide de l’autorité municipale, ces propriétaires vont participer à la construction d’une partie de la ville. On verra s’élever des monuments, un hôpital, une église, des gares ; le terrain sera divisé en rues, en boulevards, en places, et découpé en lots pour des immeubles à loyer.

Plan de la ville de Paris divisé en 12 arrondissements et 48 quartiers, « avec tous les changements exécutés et projetés jusqu’à ce jour », par Herisson, géographe, 1834. (Gallica.fr)

La spéculation commence dans le quartier, les pouvoirs publics l’organisent

La première pierre du canal Saint-Martin voulu par Napoléon pour donner de l’eau à Paris est posée le 3 mai 1822 sous Louis XVIII. Il sera inauguré par Charles X, un an après son arrivée au pouvoir à la mort de son frère. Le canal va attirer des activités artisanales et de petites industries ainsi que des entrepôts.

Le canal Saint-Martin (site CPArama.com)

La spéculation autour d’une future urbanisation commence dans ces années-là, sous l’impulsion d’une société privée soutenue par des financiers qui, de 1822 à 1827, décide la création d’un quartier neuf sur ces vastes terrains encore déserts : ce sera le «Nouveau quartier Poissonnière». Avec la maison André et Cottier, qui avait acquis de vastes terrains sur l’ancien domaine des Lazaristes, (voir l’article La parcelle du Louxor), une nouvelle société en participation se compose des banquiers Jacques Laffitte et Moisson-Devaux, d’un agent de change, Dominique Lenoir, et de Hugues-Bernard Maret, duc de Bassano, un ancien ministre des affaires étrangères de Napoléon 1er, avec la participation de l’architecte Auguste Constantin. Le polytechnicien Gaspard Chabrol de Volvic, qui a participé à l’expédition en Égypte, nommé préfet par Napoléon 1er et toujours en exercice sous Louis XVIII, encourage l’opération par des subventions et, en 1822, donne 150 000 francs à la «Société privée du nouveau quartier Poissonnière ».

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Avant le Louxor II : du Clos Saint-Charles à la parcelle actuelle

Du Clos Saint-Charles au Louxor : les dévolutions successives de la parcelle du 170 boulevard de Magenta

Depuis la Révolution française jusqu’à l’achat par un certain Henri Silberberg d’un terrain sur lequel s’élevait un immeuble haussmannien qu’il va détruire pour construire son cinéma pharaonique, la parcelle est occupée par différents propriétaires. Curieusement, elle recèle en miniature une part de l’histoire d’un quartier qui a vu son paysage se transformer radicalement durant toutes ces années – lieu champêtre devenu en quelques décennies l’un des quartiers les plus densément peuplés et urbanisés de la capitale. Nous allons tenter de restituer ces modifications successives en évoquant les événements fonciers de proximité avec lesquels ce bout de territoire aux limites de la ville entre en résonance.

En haut : extrait du plan de Girard, 1820, en bas extrait du Nouveau Paris monumental, Garnier frères, 1892. Pendant cette période, les bâtiments publics et les monuments qui structurent le quartier sortent de terre. (Source: gallica.fr)

Avant la Révolution, la parcelle se situe dans une dépendance de l’enclos Saint-Lazare.

Mais commençons par le commencement et transportons-nous avant la Révolution française sur le plus vaste domaine privé de la capitale, la maison et l’enclos Saint-Lazare dont notre parcelle ne sera qu’une minuscule partie : elle appartient à une dépendance attenante à l’enclos principal, le clos Saint-Charles (1). L’enclos Saint-Lazare abritait l’une des plus célèbres léproseries du royaume gérée par les Hospitaliers Saint-Lazare dont on parle pour la première fois dans un texte de 1122. Le clos Saint-Charles où, des siècles plus tard, sera édifié le Louxor s’en détachait à la limite nord-est, sur le chemin de Paris à Saint-Denis.

Détail du plan de Paris de Jouvin de Rochefort, 1672. Au sud, l’enclos et le couvent Saint-Lazare ; au nord, l’enclos et le séminaire Saint-Charles. (Source: gallica.fr)

Les lépreux, des « bourgeois de Paris », refoulés et parqués aux marges de la ville, appartenaient à toutes les catégories sociales. Ils faisaient vœu d’obéissance et, à leur décès, tous leurs biens revenaient à la léproserie. Le titre de Maison royale qui lui est attaché marquait la bienveillance des souverains à son égard, un droit de foire lui sera même accordé, à l’origine de la foire Saint-Laurent.

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