Le site des Amis du Louxor

Mis en avant

Ce site est le résultat des recherches menées par des membres de l’association (Jean-Marcel Humbert, Nicole Jacques-Lefèvre, Annie Musitelli, Michèle Alfonsi, Marie-France Auzépy) sur l’histoire du Louxor et de sa programmation. Par ailleurs, nous avons suivi, grâce aux visites de chantier et aux rencontres avec les divers intervenants (architectes, décorateurs, acousticiens, mosaïstes, etc.) toutes les étapes de la réhabilitation du bâtiment, depuis la présentation du projet par l’architecte Philippe Pumain en novembre 2008 jusqu’à l’inauguration du 17 avril 2013 (rubrique Le chantier du Louxor). Ce site constitue donc une base de données documentaire sur ce cinéma historique et son sauvetage. Depuis l’ouverture de la salle, les Amis du Louxor, spectateurs fidèles de leur cinéma favori, continuent à se faire l’écho de son actualité.
Un ouvrage collectif, Le Louxor-Palais du cinéma, par les Amis du Louxor et l’architecte Philippe Pumain, a été publié en juin 2013 par les éditions AAM (photo ci-contre).

Paris-Kaposvár

Un cousin du Louxor en Hongrie

Dans le cadre de son travail de recherches pour l’ouvrage sur les cinémas à l’égyptienne dans le monde actuellement en préparation, Jean-Marcel Humbert a découvert un blog présentant un cinéma hongrois, le « Palais Culturel Arc-en-ciel » à Kaposvár, dont la renommée n’était pas encore parvenue jusqu’à nous. Mais la plus grande surprise a été de constater que ce blog, qui présente l’histoire du « Palais Culturel Arc-en-ciel » et celle de sa rénovation, fait dans un de ses chapitres un parallèle avec l’histoire du Louxor parisien et sa rénovation, avec une photo unissant deux de leurs décors, et un lien vers notre site… Juste retour des choses, Jean-Marcel Humbert vous présente maintenant l’essentiel des informations données par ce remarquable site Internet rédigé par Katalin Molnár et Krisztina L. Balogh.

La parenté avec son cousin parisien Louxor, affichée par le site Internet du cinéma hongrois égyptisant de Kaposvár ©DR

Le cinéma « Palais Culturel Arc-en-ciel »

Kaposvár est la capitale du comté Somogy en Hongrie. C’est une ville universitaire, qui a toujours été la capitale culturelle de la région. Elle est située à environ 185 km de Budapest, sur le fleuve Kapos, et compte environ 75 000 habitants. Le cinéma « Palais Culturel Arc-en-ciel » y a été conçu à partir de 1925 par l’architecte József Lamping, dans un style sécessionniste tardif, puis construit en 1927-1928. Il mêle en effet des tendances à la fois art nouveau et art déco, ce dernier style étant fort rare en Hongrie. C’est dans un quartier stratégique qui comprenait une gare, un marché et un parc public qu’il fut décidé de construire ce nouveau cinéma, à l’issue d’une importante période de rénovation de la ville qui vit l’ouverture de nombreuses nouvelles rues entre 1900 et 1910.

Le cinéma de Kaposvár peu après sa construction, par l’architecte József Lamping (1881-1939) © DR

Le « Cinéma de la Ville » a ouvert au public le 7 septembre 1928. La veille, pour l’inauguration, toutes les classes de la société étaient représentées. La cérémonie aurait pu mal se dérouler, car le projectionniste expérimenté du cinéma Apollo, qui avait été engagé, mourut le matin même. On fit en sorte que le public ne s’aperçoive de rien, et la projection inaugurale du film muet d’Alexander Korda, The Yellow Lily (1928), avec notamment Billie Dove et Clive Brook, se déroula pour le mieux. Le cinéma était lancé et devint le rendez-vous obligé de toute la population. Dès le 20 février 1931 était projeté le premier film sonore et parlant, Le Chanteur de Jazz, premier du genre à avoir été montré en Hongrie, comme dans beaucoup d’autres pays.

L’intérieur de la salle après sa récente rénovation (2010) © Photo Kováts Dávid

L’extérieur du bâtiment a plutôt surpris, et a été l’objet de critiques, notamment sur son manque de hauteur. Mais l’intérieur, spacieux et pimpant, a recueilli tous les suffrages, car il comportait un véritable foyer, d’importants dégagements et des escaliers adaptés. Les décors de colonnes, le vitrail de l’entrée, particulièrement coloré, et le décor égyptien du foyer et de la salle ajoutaient une note exotique. L’ensemble a été réalisé par des entreprises et des artistes locaux, fiers de leur travail et reconnus pour cela.

L’intérieur de la salle après sa récente rénovation (2010) © Photo Kováts Dávid

La salle est confortable, avec un seul balcon et des galeries latérales. Elle a une capacité de 821 places, dont 252 dans les loges, le reste occupant le rez-de-chaussée et le balcon. Des projecteurs Ernemann, les plus modernes de l’époque, ont été peu de temps après adaptés pour le parlant. Le public venait en nombre de tout le comté, et même la guerre ne fit pas baisser la fréquentation. Les séances s’arrêtaient parfois pendant les alertes aériennes, mais au total, le cinéma ne ferma que trois jours. Rebaptisé en 1951 « LEtoile Rouge  », il resta l’un des cinémas les plus élégants de Hongrie.

L’entrée illuminée lors d’une manifestation culturelle après la réouverture de 2010 © Photo DR

En 1958, la salle est adaptée au cinémascope, ce qui nécessite la reconstruction du balcon, qui gênait la vision du nouvel écran de 11 mètres de large. Le nombre de places est de ce fait réduit à 627. Le film inaugural est Trapèze, de Carol Reed, avec Burt Lancaster, Tony Curtis et Gina Lollobrigida. Le 15 mars 1991, il est rebaptisé « L’Arc-en-Ciel  », nom qu’il continue de porter aujourd’hui. La salle continue à fonctionner comme cinéma jusqu’au 1er octobre 2001, et la dernière séance a lieu avec un film français, Harry, un ami qui vous veut du bien, de Dominik Moll, avec Laurent Lucas et Mathilde Seigner. Le bâtiment devient une salle de musique rock sous le nouveau nom de « Salle de musique de l’Arc-en-ciel », avec des concerts de groupes à la mode. Mais le succès n’est pas au rendez-vous, et en plus la salle se retrouve grandement détériorée. Elle ferme en 2009.

Le vitrail au-dessus de la porte d’entrée après sa restauration (2010) © Photo DR

Les décors égyptiens
Comme au Louxor, la caractéristique majeure de l’ensemble est un décor égyptien très original, visible dès les six monumentales colonnes palmiformes de la façade. Mais quand l’entrée est éclairée de l’intérieur, on est surtout frappé par l’immense vitrail en demi-cercle (4,50 x 2,25 m) qui la surplombe, et qui représente en son centre Apollon enfant (susceptible d’évoquer aussi Horus ou Harpocrate), traité à la manière occidentale, et entouré d’un décor floral et animalier égyptien (lotus et scarabées). On ne sait pas qui a réalisé ce vitrail, mais il est évident que c’était un atelier proche, hongrois, autrichien voire allemand, car nombreux étaient les maîtres verriers capables de réaliser un tel travail.

Une petite partie du hall d’entrée, après la rénovation de 2010 © Photo DR

Je ne pense pas que les modèles aient été recherchés dans l’ouvrage anglais d’Owen Jones (The Grammar of Ornament, 1856), mais plutôt dans les grands livres de Karl Richard Lepsius (Denkmäler aus Ägypten und Äthiopie, Berlin, 1849). Il est certain, pour le cas présent, que la découverte de la tombe de Toutankhamon (1922) a pu influer sur la décision de réaliser un décor égyptien « à la mode ». Quant à la salle elle-même, elle surprend par sa décoration à la fois sobre et délicatement égyptienne : un vautour au-dessus de l’écran, des disques ailés avec les habituels serpents, des lustres à base florale polychrome, des colonnes palmiformes et des frises florales mêlant l’inspiration égyptienne au style traditionnel populaire hongrois.

Un des luminaires égyptisants en vitrail coloré restauré en 2010 © DR

Le vautour Nekhbet, symbolisant l’ordre et la rationalité, a été choisi par l’architecte pour décorer le dessus de l’écran, alors qu’au Louxor, c’est le disque ailé. Le site Internet propose deux sources pour cet élément important : un dessin de pectoral égyptien par József Lamping, et un fond de peinture murale de Gustav Klimt au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Mais, dans un cas comme dans l’autre, les serres de l’oiseau sont libres, alors que dans le cinéma elles tiennent deux plumes-éventails horizontales, comme on peut le voir par exemple à un plafond de Karnak. Nous renvoyons donc plutôt, une fois de plus, à l’ouvrage de Karl Richard Lepsius (ou Champollion ou Prisse d’Avennes). Par ailleurs, ne se pourrait-il pas que l’auteur du décor du cinéma ait connu la pièce égyptienne du château de Snešnik (alors Autriche-Hongrie, actuelle Slovénie), où ce vautour est également visible à la fois en tant que décor et marque de fabrique de Giuseppe Parvis, le créateur du mobilier égyptisant qui la compose ?

Le motif du vautour (déesse Nekhbet) du-dessus de l’écran, et au-dessous une frise de disques ailés avec leurs habituels uraeus © Photo DR © Photo DR

Un des vautours de la tombe 24 de Sakkarah (chambre C), reproduit dans l’ouvrage de Karl Richard Lepsius © DR

La rénovation du bâtiment
Devant l’état de délabrement de la salle à nouveau fermée, le public d’aficionados du cinéma s’est ému, et a obtenu son classement en tant que « monument national ». Des travaux importants sont entrepris sur le projet architectural de Krisztina L. Balogh. Un an plus tard, en octobre 2010, la salle rouvrait, avec une programmation polyvalente, théâtre, concerts (notamment au mois d’août avec un festival international de musique de chambre), conférences, expositions, et bien sûr toujours cinéma (Szivárvány Film Club). La programmation culturelle a dû tenir compte de l’évolution de la ville et de ce qu’elle devait devenir dans les années à venir, et prendre en compte également les caractéristiques historiques du bâtiment tout comme le quartier ancien qui l’entoure. Il fallait aussi rendre la salle polyvalente, et lui ajouter des espaces de bureaux et de réunion, vestiaires et loges, ainsi que des réserves pour décors ou stockage. Il ne s’agissait donc pas de vouloir concurrencer les grands espaces multifonctionnels à grande capacité ou les théâtres anciens, mais de créer un espace culturel complémentaire.

Rénovation : réfection totale de la scène et de l’orchestre, 27 janvier 2010 © Photo DR

Tout a commencé, comme au Louxor, par une étude patrimoniale, avec la consultation des plans anciens, les relevés de l’existant, et les recherches des décors d’origine qui ont pu être retrouvés sous des couches de peinture. Des restaurateurs, un maître verrier (Eleonora Balogh Ferenczy) et un peintre restaurateur (Gyöngyi Fazekas) on fait de nombreuses recherches sur les couleurs originales, notamment en étudiant les couches de peinture successives. Tous les décors intérieurs, y compris les lustres et les verrières, ont été réalisés par Éva Farkas et László Dvorszky. Des adjonctions en avancées ont été pratiquées sur les côtés du bâtiment original, tout le grenier a été aménagé, et la scène a été refaite. Dans le même temps, tous les éléments anciens ont été rénovés ou reconstitués. Le foyer, grâce au déplacement d’un escalier, permet maintenant d’organiser des évènements annexes et des réunions importantes. La projection numérique bénéficie du matériel le plus sophistiqué. Le nombre de sièges a été réduit à 347, dont 207 au rez-de-chaussée. L’ensemble est bien sûr accessible aux personnes à mobilité réduite.

Rénovation : peintres recréant la peinture des décors à partir des couleurs relevées, 1er juillet 2010 © Photo DR

« Le Prix hongrois pour le développement immobilier a été décerné par la Société hongroise de planification urbaine sur la base de la complexité de l’investissement et de l’importance de son développement urbain, et l’Association nationale des entrepreneurs en construction a apprécié la qualité, l’originalité du monument, la facilité d’utilisation pratique et l’efficacité de l’opération. » (Krisztina L. Balogh). Après sa rénovation, l’établissement a retrouvé le succès et une fréquentation importante de près de 50 000 personnes par an. Il organise régulièrement des visites « de la cave au grenier » comprenant une présentation de la gestion professionnelle, l’histoire du cinéma, et la projection du film montrant les travaux de rénovation, tout particulièrement lors des journées du patrimoine où ce programme spécial se déroule en continu pendant deux jours. Un bien beau programme qui pourrait se prolonger dans le futur par des échanges plus concrets avec le Louxor de Paris…

L’extérieur du bâtiment avec les adjonctions apportées lors de la rénovation de 2009-2010 © Photo Arker Studio/Vágner Zsolt

Les noms successifs du cinéma :

L’actuel logo du centre culturel-cinéma © DR

Jean-Marcel Humbert © Les Amis du Louxor

[Merci aux auteurs du site hongrois déjà cité et dont sont tirées la plupart des illustrations. N’hésitez pas à cliquer sur les images qu’il propose, chacune d’elles donne accès à un dossier de plusieurs photos. Comme au Louxor, le centre culturel a son propre site, et aussi une page Wikipedia.

La « sortie au cinéma » en Egypte 1930-1980

Entretien avec Marie-Claude Bénard

Depuis sa réouverture en 2013, le Louxor a renoué avec la projection de films égyptiens qui avaient constitué une part importante de sa programmation entre 1978 et 1983. Au cours d’une de ces « soirées égyptiennes », Marie-Claude Bénard, professeur de philosophie et de cinéma, a présenté son livre La sortie au cinéma, Palaces et ciné-jardins d’Egypte 1930 – 1980.

La sortie au cinéma , éditions Parenthèses, MMSH (2016)

« Aller au cinéma, le soir, était une vraie sortie. On s’habillait, on téléphonait pour réserver les places qui étaient numérotées, on se retrouvait à l’entracte. » (Omar Sharif, 1991, p.109).

L’ouvrage est la publication d’un travail commencé au Caire dans les années quatre-vingt qui a eu des difficultés à trouver un éditeur en France. Le sujet, riche et très vivant n’est pas tant le cinéma égyptien que le cinéma en Égypte et le grand intérêt qu’il a suscité tant de la part des réalisateurs, des producteurs que de la part du public. Pendant la période faste qui s’étend des années 1930 aux années 1970, on ne comptait plus les salles de cinémas au Caire ou à Alexandrie où affluait le public pour la rituelle « sortie au cinéma ». Immenses et luxueux cinémas de centre-ville1 ou modestes salles de quartier, beaucoup de ces Rivoli, Rio, Rialto, Normandy, Pigalle ont disparu ou sont passablement décatis et le rite lui-même de la « sortie au cinéma » a profondément changé. Il était donc urgent, dans les années quatre-vingt, de recueillir les témoignages de ceux (réalisateurs, acteurs, directeurs de salles, critiques) qui gardaient de cette époque un souvenir très vif, à la fois ému, amusé et quelque peu nostalgique.
A travers les trente entretiens présentés dans cet ouvrage, le lecteur découvre tout un pan de l’histoire du cinéma en Égypte et de sa grande diversité. Quels films voyait-on ? Dans quels quartiers, dans quelles salles, avec quel public, dans quelle ambiance ? Nous avons interrogé Marie-Claude Bénard.

Comment ce livre est-il né ?
Je résidais au Caire et collaborais à un programme de recherche de « l’Observatoire urbain du Caire contemporain », dans le cadre du CEDEJ (Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales). Il se trouvait qu’un groupe de jeunes cinéastes des années quatre-vingt avait choisi de sortir des studios pour tourner en extérieurs réels. L’idée avait donc été d’observer, grâce aux cinéastes, le renouvellement de l’image filmée de la ville et de ses habitants. Les résultats en avaient été publiés dans un dossier du CEDEJ : « Le Caire et le cinéma égyptien des années quatre-vingt ». Par ailleurs, cette recherche me passionnait à titre personnel. Parcourant les rues du Caire, j’avais découvert des salles, dont certaines, somptueuses, laissaient imaginer des habitudes passées également somptueuses. Les réalisateurs, acteurs, critiques ou cinéphiles rencontrés, évoquaient volontiers leurs souvenirs. En écho, j’avais amassé une documentation iconographique qui manifestait la présence du cinéma dans la ville.

 File d’attente devant le cinéma Métro au Caire, circa 1965. A l’affiche : L’Arbre de vie d’Edward Dmytryk (livre p. 82 – Source : Archives Al-Ahram)

Comment avez-vous sélectionné vos interlocuteurs ?
Une amie égyptienne m’a aidée à établir une liste d’interlocuteurs possibles, qui parfois, eux-mêmes, faisaient des suggestions.  Il faut préciser que les Egyptiens – y compris les célébrités comme Omar Sharif ou Youssef Chahine – font preuve d’une gentillesse, d’une disponibilité extraordinaires. Ils sont prêts, de manière parfaitement désintéressée, à donner de leur temps pour vous aider.
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Films égyptiens et libanais programmés au Louxor de 1978 à 1983

I. Films égyptiens

La liste des films que nous publions ici témoigne de la place du cinéma égyptien dans la programmation du Louxor de 1978 à 1983, date de la fermeture de la salle par Pathé : avec pas moins de 50 films, dont certains ont été programmés plusieurs fois, 66 semaines ont ainsi été dévolues au cinéma égyptien.

Said Ahmed El Bedaoui de Baha Eddine Charaf, Louxor 6-13 août 1980. Ce film fut projeté à trois reprises au Louxor. (photo : Fonds Eldorado)

Dates
Il s’agit généralement de films datant de plusieurs années, voire de films anciens – par exemple Nashid al amal, Chanson d’espoir, d’Ahmed Badrakhan date de 1937. Mais, comme le montrent les chiffres de la fréquentation hebdomadaire (voir la liste des films), peu importe la date de production, ces longs métrages n’avaient rien perdu de leur attrait pour le public du Louxor1. Par exemple, Ali Baba et les 40 voleurs (1942) ou Sallama (1945) deux films de Togo Mizrahi, un des pionniers du cinéma égyptien, firent respectivement 7 000 et 6 800 entrées hebdomadaires au Louxor en 1979. On constate d’ailleurs que les plus grands succès concernent des films des années 1950 et 1960.  
Le seul film égyptien récent programmé au Louxor fut La Mémoire, une histoire égyptienne (1982) de Youssef Chahine. Mais avec seulement 2 880 entrées pendant la semaine du 14 au 21 septembre 1983, ce très beau film fit le score le plus bas de tous les films égyptiens. Même si l’on tient compte de la chute de fréquentation du début des années 80 qui succédait à l’embellie des années 70, on note que, cette même année 1983, Sayed el Badaoui (1953) ou Antar le valeureux (1961), pourtant déjà programmés, frôlaient encore au Louxor les 5000 entrées hebdomadaires. Juste retour des choses, trente ans après, lors de l’inauguration du Louxor restauré, La Mémoire, une histoire égyptienne, fut projeté dans la grande salle, baptisée Youssef Chahine en hommage au réalisateur.

Les genres
Venaient en tête les films d’aventures historiques, l’équivalent égyptien des péplums italiens ou américains dont le public du Louxor des années 70 était friand : la série des Antar, ou Le Cavalier Ben Hamdan de Niazi Mostafa furent de beaux succès, tout comme les grandes fresques historiques (Les Mamelouks d’Atef Salem, Saladin de Youssef Chahine) et religieuses (L’Aube de l’Islam de Salah Abou Seif ou des biographies de grandes figures de l’islam (Sayed el Badaoui, La Soeur du Prophète, Rabaa la Bédouine). Parmi les films d’aventures, deux réalisations du grand cinéaste Henri Barakat, Le Prince de la Vengeance (ou Le Prisonnier de la tour) (1950) et Le Prince de la ruse (1964), sont des adaptations du Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas, l’intrigue étant transposée dans un contexte égyptien.

Antar Ibn Chaddad (Antar le valeureux, 1973) – Le Prince de la Vengeance (1950) – Le Prince de la ruse (1964) Affiches : site Encyclocine.fr

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Succès de fréquentation confirmé pour le Louxor

Dès sa réouverture le 17 avril 2013, après trente ans d’abandon, le Louxor avait été une réussite immédiate.  Il ne s’agissait pas d’un simple succès de curiosité ou d’un emballement passager pour ce cinéma au décor somptueux. En avril 2015, il avait déjà attiré en deux ans plus 500 000 spectateurs. Quatre ans plus tard le succès est toujours au rendez-vous et le Louxor a franchi la barre du million d’entrées !
Le presse s’est d’ailleurs fait l’écho de ces très beaux résultats. On lira notamment,  dans Le Parisien du 2 mai, Le Louxor de Barbès, « millionnaire » en 4 ans et dans les Echos du 27 avril, Succès pour le Louxor.
Le site culturebox y consacre aussi un long article comportant une vidéo (réalisée par France 3).
Bravo à Emmanuel Papillon et son équipe !

La réalité virtuelle au Louxor

Tous les samedis et dimanches de 11h15 à 20h15, le Louxor propose des programmes courts en « réalité virtuelle ». Intrigués par ce terme qui dans notre esprit relevait plutôt du jeu vidéo ou des applications scientifiques que du cinéma, nous avons interrogé Emmanuel Papillon, le directeur du Louxor, qui a bien voulu jouer les pédagogues.  

Une séance de cinéma en réalité virtuelle au salon du Louxor

« La réalité virtuelle débarque au Louxor », écrivez-vous sur votre site. Sans entrer dans des détails techniques complexes, de quoi s’agit-il concrètement ?
Par réalité virtuelle, on fait référence à une technologie qui permet l’immersion complète du spectateur dans un environnement fictif :  les films sont tournés et diffusés en 360° degrés ; le spectateur est donc « dans » le film.  Il voit devant, derrière, sur les côtés, au-dessus : par exemple son regard se déplace pour suivre la trajectoire d’une flèche qui va passer au-dessus de sa tête, de son point de départ à son point d’arrivée.
Vous êtes vraiment entouré par les images (que ce soit des paysages, des mondes imaginaires ou des films d’animation). Les sensations sont plus fortes – les bruits environnants, la perception des mouvements –, c’est une autre expérience qui peut être tout à fait impressionnante.
Mais quel équipement faut-il ? Les séances se passent-elles dans une des salles ?
Non, nous ne supprimons aucune projection en salle. Les séances ont lieu dans le salon du 2e étage et tout l’équipement est fourni par la société Diversion cinéma qui est notre partenaire. Le spectateur est assis sur une chaise pivotante, il est équipé d’un portable posé sur un support, en l’occurrence de grosses lunettes, un peu comme un masque de plongée. Il est donc isolé de l’extérieur par ce casque occultant et plongé dans l’univers du film. Je précise – c’est important pour le confort du spectateur– que celui qui porte des lunettes de vue peut les ôter, l’équipement sera adapté à sa vision. J’en ai fait l’expérience.

Spectateurs équipés de leur casques, salon du Louxor.

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Une nouvelle plaque historique pour le Louxor

Une nouvelle plaque historique vient enfin d’être posée dans le hall du Louxor ! La plaque précédente, posée en septembre 2013 par la Ville de Paris, comportait en effet une grosse erreur et certaines mentions importantes en étaient absentes. Emmanuel Papillon, directeur du Louxor, et les Amis du Louxor avaient demandé qu’elle soit déposée et remplacée. Nous avions également alerté la Commission du Vieux Paris dont les présidents successifs, Daniel Imbert et Bernard Gaudillère, ont relayé notre vœu auprès des services concernés.

Nous avions proposé un nouveau texte, rectifié et étoffé, qui a été intégralement reproduit sur cette nouvelle plaque. Il mentionne – ce n’est que justice – la plupart de ceux à qui l’on doit le bâtiment et les décors originaux : l’architecte Henri Zipcy mais aussi le constructeur et premier directeur du cinéma, Henri Silberberg, et les mosaïstes Gentil et Bourdet. Nous tenions aussi à ce que soit rappelées l’inscription des façades et de la toiture à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques et la mobilisation des habitants du quartier qui fut à l’origine du rachat du bâtiment par la Ville de Paris. C’est désormais chose faite.

La nouvelle plaque, visible dans le hall, à gauche de la caisse.

Cette nouvelle plaque historique, placée à gauche de la caisse du cinéma et plus visible que l’ancienne, offre aux visiteurs et aux spectateurs du Louxor un aperçu rigoureux des étapes essentielles de l’histoire du bâtiment, de sa construction en 1921 à sa réhabilitation par l’architecte Philippe Pumain.

Et tous ceux qui souhaitent mieux connaître le Louxor ont aussi à leur disposition la brochure illustrée réalisée  par notre association pour le cinéma Louxor ainsi que le livre Le Louxor, Palais du cinéma, ouvrage collectif, par les Amis du Louxor et l’architecte Philippe Pumain, publié en juin 2013 par les éditions AAM.
 

Avant le Louxor I : la naissance d’un quartier

Notre recherche dans les archives pour découvrir les dévolutions successives de la parcelle du Louxor offre une plongée dans l’histoire de l’urbanisation du nord-est parisien. Car aux nourrisseurs à bestiaux venus du voisinage succèdent des spéculateurs de tout poil, portés par des projets où intérêts particuliers et intérêt général se trouvent mêlés. Le terrain est nu et d’une valeur inférieure à d’autres terrains construits à Paris. Il va faire l’objet d’intenses convoitises. Avec l’aide de l’autorité municipale, ces propriétaires vont participer à la construction d’une partie de la ville. On verra s’élever des monuments, un hôpital, une église, des gares ; le terrain sera divisé en rues, en boulevards, en places, et découpé en lots pour des immeubles à loyer.

Plan de la ville de Paris divisé en 12 arrondissements et 48 quartiers, « avec tous les changements exécutés et projetés jusqu’à ce jour », par Herisson, géographe, 1834. (Gallica.fr)

La spéculation commence dans le quartier, les pouvoirs publics l’organisent

La première pierre du canal Saint-Martin voulu par Napoléon pour donner de l’eau à Paris est posée le 3 mai 1822 sous Louis XVIII. Il sera inauguré par Charles X, un an après son arrivée au pouvoir à la mort de son frère. Le canal va attirer des activités artisanales et de petites industries ainsi que des entrepôts.

Le canal Saint-Martin (site CPArama.com)

La spéculation autour d’une future urbanisation commence dans ces années-là, sous l’impulsion d’une société privée soutenue par des financiers qui, de 1822 à 1827, décide la création d’un quartier neuf sur ces vastes terrains encore déserts : ce sera le «Nouveau quartier Poissonnière». Avec la maison André et Cottier, qui avait acquis de vastes terrains sur l’ancien domaine des Lazaristes, (voir l’article La parcelle du Louxor), une nouvelle société en participation se compose des banquiers Jacques Laffitte et Moisson-Devaux, d’un agent de change, Dominique Lenoir, et de Hugues-Bernard Maret, duc de Bassano, un ancien ministre des affaires étrangères de Napoléon 1er, avec la participation de l’architecte Auguste Constantin. Le polytechnicien Gaspard Chabrol de Volvic, qui a participé à l’expédition en Égypte, nommé préfet par Napoléon 1er et toujours en exercice sous Louis XVIII, encourage l’opération par des subventions et, en 1822, donne 150 000 francs à la «Société privée du nouveau quartier Poissonnière ».

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