Le site des Amis du Louxor

Mis en avant

Ce site est le résultat des recherches menées par des membres de l’association (Jean-Marcel Humbert, Nicole Jacques-Lefèvre, Annie Musitelli, Michèle Alfonsi, Marie-France Auzépy) sur l’histoire du Louxor et de sa programmation. Par ailleurs, nous avons suivi, grâce aux visites de chantier et aux rencontres avec les divers intervenants (architectes, décorateurs, acousticiens, mosaïstes, etc.) toutes les étapes de la réhabilitation du bâtiment, depuis la présentation du projet par l’architecte Philippe Pumain en novembre 2008 jusqu’à l’inauguration du 17 avril 2013 (rubrique Le chantier du Louxor). Ce site constitue donc une base de données documentaire sur ce cinéma historique et son sauvetage. Depuis l’ouverture de la salle, les Amis du Louxor, spectateurs fidèles de leur cinéma favori, continuent à se faire l’écho de son actualité.
Un ouvrage collectif, Le Louxor-Palais du cinéma, par les Amis du Louxor et l’architecte Philippe Pumain, a été publié en juin 2013 par les éditions AAM (photo ci-contre).

Les mystères de la frise égyptienne

Lorsqu’ils achètent leur billet au Louxor, rares sont les cinéphiles à lever le nez vers une longue frise égyptienne de 2,55 mètres de long sur 0,51 de haut qui se trouve au-dessus de la caisse, vers le plafond. Son étude, faute de temps, n’avait pu figurer dans l’ouvrage que Les Amis du Louxor ont publié sur le cinéma en 2013. Jean-Marcel Humbert a repris ses recherches, et vous présente maintenant en détail ses dernières découvertes concernant sa création et sa composition, ainsi que les traductions des textes hiéroglyphiques qui y figurent.

Vue actuelle de la frise (photo AAM/Luc Boegly)

 Une grande scène de défilé de bovins accueille aujourd’hui le spectateur dans le hall d’entrée du Louxor. Cette frise, qui n’a jamais été reproduite dans les premières années de l’existence du cinéma, a par la suite été recouverte puis oubliée. Elle a été retrouvée au moment des travaux de rénovation du Louxor sous une couche de plâtre de remplissage, suite à une réfection ancienne des murs de cet espace au moment où les décors égyptiens avaient été supprimés, très certainement autour de 1930. Elle a fait en 2012 l’objet d’une restitution, car au moment de la dépose de l’ensemble en trois morceaux, il est apparu qu’il ne serait pas possible de pratiquer une restauration. Un sculpteur-restaurateur, Hervé Manis, a donc été chargé de recréer l’ensemble à partir de documents archéologiques qu’il a fallu rechercher.

Photo du tiers gauche dans l’état où l’ensemble a été retrouvé (photo Cartel Collections)

Il était évident, et tous les spécialistes l’avaient remarqué à l’époque de la rénovation, que l’ensemble est formé de deux scènes différentes, les deux scènes latérales d’une part, et la scène centrale d’autre part, qui n’ont rien à voir ensemble : style différent, et dimensions des personnages sans continuité. Comment cette frise a-t-elle donc été composée ?
L’ensemble regroupe en fait trois parties bien distinctes. A gauche, deux bouviers et un bovin, scène que l’on retrouve à l’identique à la droite de la frise. Et au centre, deux bovins avec deux bouviers, dont celui de tête est un nain.

La double scène des deux extrémités
J’ai pu retrouver facilement la scène des deux extrémités, qui est bien connue. L’original se trouve dans la tombe de Ptahhotep à Sakkarah, dans la nécropole de Memphis, la capitale de l’Ancien Empire. Ce mastaba D64, trouvé par Mariette vers 1850, date de la fin de la 5e dynastie (vers 2370 avant J.-C), et est composé de registres horizontaux tout à fait traditionnels (mur Est, série des registres de droite, partie du deuxième registre en partant du bas). Des serviteurs présentent des troupeaux à leur maître, avec une phrase en hiéroglyphes générique ici tronquée, car elle se continue avec la scène vers la gauche :
« Vois le tribut des étables du nôme [division administrative de l’Égypte ancienne] … ».

Mariette a pu voir ce bas-relief encore recouvert d’une délicate polychromie qui, depuis, a quasi totalement disparu (DR)

Relevé de la même scène, extrait du Manuel d’Archéologie égyptienne de Jacques Vandier

La scène aujourd’hui au Louxor, aux extrémités gauche et droite de la frise (photo AAM/Luc Boegly)

Les moulages en plâtre commercialisés par Alexandre Desachy
Mais il restait à trouver l’origine des modèles qui avaient servi à réaliser cette scène et la frise tout entière : s’agissait-il d’un livre, d’un relevé , d’un dessin, d’une photographie ? La réponse était beaucoup plus terre à terre : en effet, lorsque le Louxor a été construit, il est évident qu’un maximum d’argent a été consacré au décor extérieur en mosaïque, une technique coûteuse. En revanche, l’intérieur a été traité avec beaucoup plus de simplicité, avec surtout de la peinture au pochoir, et quelques éléments décoratifs en relief qu’il a fallu faire à l’économie. Et c’est là certainement que l’architecte Henri Zipcy s’est souvenu des moulages qui couvraient les murs de l’École des Beaux-Arts de Paris où il avait fait ses études. Et parmi ceux-ci figuraient des scènes moulées dans des tombes égyptiennes par une société privée dirigée par Alexandre Desachy, qui commercialisait à des prix abordables, avec l’aval de l’École, des tirages en plâtre. Dans le catalogue Desachy de 18811, on retrouve cette scène de gauche et de droite sous le numéro 2431, un peu plus complète puisqu’elle comporte une rangée verticale supplémentaire de hiéroglyphes à son extrémité droite.

Cette scène était d’ailleurs bien connue et prisée, et on la retrouve dans d’autres utilisations, comme par exemple dans l’exposition du « Monde souterrain » de l’exposition Universelle de Paris en 1900, que Zipcy a très bien pu visiter à l’époque. Le secteur égyptien de cette reconstitution située dans d’anciennes carrières de la colline du Trocadéro s’intitulait « le mastaba de Ti »2, mais en fait était réalisé à partir d’éléments disparates dont la plus grande partie venait des moulages commercialisés par Desachy, en mélangeant d’autres scènes comme celle qui venait du mastaba de Ptahhotep.

Une des salles du tombeau de Ti (Monde souterrain de l’Exposition Universelle de 1900), avec en haut à gauche le même moulage d’une scène de la tombe de Ptahhotep qu’au Louxor.

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Exposition « Le Louxor, un palace de quartier » : le vernissage

Le vernissage de l’exposition « Le Louxor, un palace de quartier », déjà présentée ici, a eu lieu le mercredi 11 avril au Salon du Louxor, en présence notamment de l’architecte Philipe Pumain chargé, de 2008 à 2013, du chantier de réhabilitation du Louxor, et de Rémi Féraud, ancien maire du Xe devenu sénateur, qui avait défendu aux côté du maire de Paris Bertrand Delanoë, le projet de sauvetage du Louxor.

Signe que cinq ans après sa réouverture, l’histoire peu commune du Louxor est encore bien présente dans les mémoires, de nombreux fidèles de la première heure – désormais spectateurs assidus du cinéma – étaient au rendez-vous : l’historien du cinéma Jean-Jacques Meusy, des membres anciens ou actuels des Amis du Louxor, des représentants d’Histoire et Vies du 10e, dont son président Benoît Pastisson et Dominique Delord, conférencière et chercheuse en histoire culturelle. Quant aux habitants rencontrés ce soir-là, ils reflétaient bien la diversité des attentes auxquelles a su répondre la programmation : pour l’un, c’est le bonheur de retrouver les films du patrimoine, pour l’autre, la découverte de films projetés dans le cadre du Festival des films du Maghreb, pour un autre encore, le plaisir d’aller au cinéma en famille le dimanche matin…
Deux interventions ont marqué cette soirée amicale : Emmanuel Papillon, directeur du Louxor, rappela que depuis sa réouverture, le Louxor avait accueilli 1 250 000 spectateurs, preuve que la Ville de Paris ne s’était pas trompée en faisant le pari de la réhabilitation de ce cinéma en plein quartier Barbès. Ancien « palace de quartier », le nouveau Louxor est bel et bien redevenu un cinéma de quartier où l’on vient à pied et où l’on a ses habitudes. Il souligna aussi combien le travail en direction des jeunes publics, en particulier scolaires, contribue à ancrer le cinéma dans son quartier.

Après avoir remercié les Amis du Louxor de leur soutien, il passa la parole à Jean-Marcel Humbert qui rappela que l’exposition proposée relevait parfaitement de ce que peut faire une association « amie » : accompagner l’action culturelle du cinéma Louxor. Si le site Internet permet la publication de nouveaux articles sur des thèmes variés (égyptomanie, histoire des salles de cinémas, etc.), nous nous efforçons aussi de répondre aux demandes ponctuelles d’Emmanuel Papillon : la brochure vendue trois euros en est une, cette exposition en est une autre. Elle a été réalisée, pour correspondre à sa demande, dans un esprit grand public et pédagogique. Par ailleurs, nous sommes encore sollicités par des curieux, des cinéphiles, mais surtout des étudiants ou des chercheurs (en architecture, égyptomanie, cinéma) à la recherche de documents, d’informations, de photos.
Mais cet ensemble documentaire n’est pas immuable. Il est en constante évolution.
Nous recevons encore des témoignages nouveaux, de nouvelles suggestions de sources à explorer. Car ce qui est étonnant avec le Louxor, c’est qu’il reste toujours des choses à découvrir, la recherche est sans fin, comme le montrent quelques découvertes les plus récentes. Par exemple, c’est grâce aux archives de Christophe Leroy, petit-neveu du chef d’orchestre Marius Kowalski, puis de passionnés comme François Ravez et Les Cook que nous avons pu relancer nos recherches sur les artistes qui se sont produits dans les années 20 dans le cadre des attractions du Louxor. Nous découvrons aussi qu’il y a eu un premier architecte avant Henri Zipcy,
Et de nouvelles archives Pathé sont maintenant ouvertes à la consultation à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, que nous remercions au passage de son accompagnement toujours bienveillant.

D’autres recherches seraient encore à poursuivre, par exemple concernant l’orgue des années 20 dont on ne connaît pas le devenir à l’arrivée du parlant, ou, dans le domaine égyptien, l’histoire du bas-relief agricole (visible au-dessus de la caisse du cinéma) qui entraîne un effet boomerang vers de nouvelles découvertes dans le domaine des moulages de plâtre d’œuvres d’art à la fin du XIXe siècle. Toutes ces recherches nouvelles feront l’objet de prochains articles dans notre site Internet.
En même temps, grâce souvent à des rencontres avec des passionnés (saluons ici l’aide amicale de Didier Trevisan qui nous a fourni des précisions fort utiles sur les chiffres des entrées hebdomadaires), notre connaissance de la programmation du Louxor et de sa fréquentation au fil des décennies s’est affinée.
Ainsi, si cette exposition présente une vue synthétique de l’histoire du Louxor, elle intègre aussi ces apports récents et propose par exemple, dans le domaine égyptien, une présentation de la manière dont l’art égyptien antique a été adapté au Louxor par l’Art déco, déjà en vogue à l’époque de sa construction, et que nous n’avions pas encore développée.
Quant au tableau des cinémas du quartier, il répond à une demande précise d’Emmanuel Papillon qui souhaitait que l’histoire du Louxor soit inscrite dans un contexte plus large – celui de l’évolution des salles de cinémas après-guerre autour d’un axe La Chapelle-Barbès-Clichy.

N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques dans le livre d’or déposé à l’entrée de l’exposition.

 Jean-Marcel Humbert et Annie Musitelli © Les Amis du Louxor

Exposition « 1921-2013, le Louxor, un palace de quartier »

Exposition réalisée par Les Amis du Louxor pour fêter le 5e anniversaire de la réouverture du Louxor.

Depuis son inauguration, le 17 avril 2013, le Louxor rénové a accueilli environ 1 250 000 spectateurs. Programmation variée, ouverture au jeune public, nombreuses animations – sans oublier le bar avec sa chorale ou les concerts donnés dans le Salon du 2e étage : le Louxor-Palais du cinéma de Barbès est désormais inscrit dans le paysage parisien des salles Art et Essai.
Le cinéma reçoit de nombreux visiteurs, dont beaucoup de groupe de collégiens et lycéens. Cette exposition, qui rappelle les principales étapes de l’histoire mouvementée de ce « palace de quartier », était souhaitée par Emmanuel Papillon. Elle se veut résolument pédagogique et pourra d’ailleurs être réutilisée à volonté par l’équipe du Louxor – et les enseignants accompagnateurs – lors des visites.

L’exposition comporte 11 panneaux.

Les cinémas du quartier

Un plan du quartier, comportant toutes les salles encore existantes en 1960, vient rappeler que l’axe La Chapelle-Barbès-Clichy, était un quartier de cinémas : jusqu’à cette date,  les habitants avaient pas moins de 40 cinémas à leur disposition – salles modestes comme le Myrha Palace ou immenses et luxueuses comme le Gaumont de la Place Clichy. Combien ont survécu à l’ère des multiplexes ?

Les autres panneaux évoquent non seulement l’histoire du bâtiment et l’originalité de ses décors mais aussi l’évolution de sa programmation de 1921 à 1983, puis l’abandon dont il fut victime et enfin son sauvetage et sa renaissance.

Que voyait-on au Louxor ? A quoi ressemblait les séances de cinéma ?
Le temps du muet, 1921-1929 :
Le cinéma parlant : les programmes de 1930 à 1983
L’histoire du bâtiment
Sa construction
Ses transformations intérieures (notamment son décor) au cours des décennies :
Le Louxor aujourd’hui : 
L’exposition rappelle aussi que le Louxor est le seul rescapé des salles de Barbès grâce à une mobilisation des habitants et à l’engagement de la Mairie de Paris en faveur de son sauvetage.
Racheté en 2003, après de longs diagnostics préparatoires et la procédure des appels d’offres, le Louxor est réhabilité par l’équipe de l’architecte Philippe Pumain.
Et enfin, les décors égyptiens qui font du Louxor une salle unique en France. Le premier panneau est consacré aux décors copiés de l’art égyptien antique.
Le second montre comment l’art égyptien antique fut adapté à la manière Art déco très en vogue au début des années 20.
Deux vitrines complètent l’ensemble :  elles exposent des reproductions de documents variés liés – un programme complet de 1924, des cartes postales publicitaires du Louxor, le dossier annonçant la sortie du film Dupont Barbès, etc.

Bonne visite !
L’exposition est visible du 11 avril au 16 septembre 2018 au Salon du Louxor, 2e étage. Entrée libre.

Exposition conçue par Marie-France Auzépy, Jean-Marcel Humbert, Annie Musitelli, Michel Souletie
Direction artistique : Anne-Catherine Souletie, graphiste-maquettiste

Hommage à Xavier Delamare

Nous venons seulement d’apprendre avec peine le décès de Xavier Delamare survenu le 18 janvier 2016. Nous l’avions rencontré pour la première fois en 2010 pour recueillir ses souvenirs du Louxor. Ce passionné des salles de cinéma les connaissait toutes, après avoir sillonné Paris et l’Île de France lorsqu’il travaillait pour la société Batido, qui commercialisait les glaces et les Eskimos vendus à l’entracte. Au début des années 80, conscient que la plupart de ces salles allaient disparaître, il prit des photographies.

Xavier Delamare en 2010, dans le fauteuil du Louxor qu’il avait acquis à la fermeture du cinéma.

Ainsi en fut-il du Louxor, qu’il photographia en novembre 1982, un an avant la fin de son exploitation par Pathé. Ses photos constituent un témoignage unique de l’histoire de ce cinéma. Il est notamment le seul – à notre connaissance – à avoir photographié le second balcon du Louxor dans son état d’origine, ou le local des ouvreuses. Nous avons rassemblé dans une galerie les images qu’il avait eu la gentillesse de mettre à notre disposition – celles du Louxor mais aussi de quelques autres salles de quartier, la plupart disparues.
Francis Lacloche, historien de l’art, fondateur de l’association Eldorado1 , et qui organisa en 1983 l’exposition « Le cinéma dans ses temples », avait bien connu Xavier Delamare. Il nous a adressé l’hommage amical que nous publions ici.

XAVIER DELAMARE

Quand j’ai commencé vers 1978/79 à traquer les anciennes salles de cinéma dont l’architecture témoignait de leur histoire mouvementée et de l’admirable mauvais goût de ses créateurs, je n’ai pas tardé à trouver sur ma route la frimousse charmeuse et lucide de Xavier. Grâce à lui je découvrais des pépites abandonnées dans les faubourgs parisiens et des trésors en banlieue. Nous croisions des personnages improbables dont il respectait la candeur et la passion tout en s’amusant des travers désuets de ce petit monde capable d’une étonnante résistance.
Ce monde n’a pas résisté aux coups de pioche indispensables à l’essor glorieux des grandes surfaces et au déferlement terriblement rationnel des multisalles. Quelques merveilles, tel le Louxor, ont résisté, ayant bénéficié d’un classement improbable et de l’étonnante énergie de ses voisins au point qu’elle ait encouragé la Ville de Paris à en assurer la sauvegarde, la restauration et une nouvelle vie.
Le temps a passé, je n’ai plus guère croisé Xavier que de temps à autre : il luttait avec courage et humour contre une terrible maladie qui n’entamait pas son humour et sa bonne humeur. Maintenant qu’il nous a quitté il me reste le souvenir émouvant de nos relations qui furent toujours enrichissantes et réjouissantes : il disposait de cette dose indispensable de naïveté et de clairvoyance que je conserverai toujours parmi les amis essentiels de mon étrange quête en faveur des cinémas du monde entier.

© Francis Lacloche

Note
1- L’association Eldorado a mené, au début des années 80, une action en faveur des salles de cinéma menacées de disparition. Une exposition « Le Cinéma dans ses temples » a été organisée en 1983 à Paris et Bordeaux. En 1981, à l’instigation de Francis Lacloche, Jack Lang, ministre de la Culture, inscrit plusieurs salles – le Louxor, l’Eldorado, le Rex et la Cigale – à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, permettant à ces salles d’échapper au risque d’une démolition (ou d’une défiguration) ultérieure.

Photos de Xavier Delamare

Quelques salles parisiennes au début des années 80

Les photos présentées dans cette galerie, à l’exception des trois dernières, qui datent de 2009, ont été prises par Xavier Delamare au début des années 1980. Les quinze premières présentent le Louxor à la fin de 1982, un an avant sa fermeture et son abandon pendant 30 ans. Les autres montrent quelques cinémas parisiens dont beaucoup, à une époque où les salles de quartier fermaient les unes après les autres, s’étaient orientés vers les films d’action, le cinéma indien, ou le cinéma pornographique.

Pour en savoir davantage sur l’histoire de certaines des salles présentées dans cette galerie (dont le Cinex, le Pathé Journal, le Strasbourg, l’Eldorado, le Max Linder), nous conseillons la visite du site irremplaçable de Philippe Célerier, Ciné-Façades. Quant au Midi Minuit et ses liens avec la revue Midi Minuit Fantastique, un dossier lui est consacré sur le site DeVilDead.

Quand le Louxor inspire des photographes

Une exposition, qui vient de se tenir du 1er au 4 février 2018 au Salon d’artisanat et des métiers d’art, salle Olympe de Gouges (Paris XIe), avait pour thème : L’Égypte à Paris. Vaste sujet, qui va de l’architecture aux décors de façades, des hôtels particuliers aux tombes dans les cimetières, et bien sûr de l’obélisque de Louxor au cinéma Louxor.

Invitée d’honneur de ce Salon, l’association Photographes Parisiens, animée par son président Daniel Botti, œuvre depuis vingt et un ans pour la défense de la photographie argentique noir et blanc et de son patrimoine, en présentant des expositions, afin de montrer le travail de prise de vue, de laboratoire et de finition à tous les publics passionnés.
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Le cinéma Splendid de Varsovie

Notre tour du monde des cinémas décorés à l’égyptienne se poursuit avec le cinéma Splendid de Varsovie. Intégré dans une galerie commerciale, sans façade sur la rue et donc sans décor extérieur particulier, il frappait d’autant plus ses spectateurs qui se trouvaient transportés d’un coup – dès qu’ils pénétraient dans la salle – dans le monde merveilleux de l’Égypte antique.

La galerie Luxenburg à Varsovie en 1939 (carte postale)

Une galerie commerciale à la mode
C’est en 1907 que commencèrent les travaux d’une monumentale galerie marchande de 110 mètres de long, commanditée par l’entrepreneur Maksymiliana Luxenburga (Maximilian Luxenburg), dont elle allait porter le nom : la galerie Luxenburg. Les travaux durent trois ans, et dès l’ouverture le lieu connaît un grand succès populaire. Les Varsoviens aiment à se promener sous la verrière bleutée qui donne un éclairage plus italien à un ciel souvent gris. Un hôtel immense, le plus grand de la capitale (plus de 700 chambres), y occupe un large espace ; on y trouve aussi de nombreux magasins, un restaurant et un bar. Mais il ne s’agit en fait que d’une petite partie d’un projet gigantesque de galerie commerciale qui aurait dépassé en taille et en élégance celle de Milan. Une autre tranche d’agrandissement, qui allait être lancée, est arrêtée par le déclenchement de la guerre de 1914-18.

Les travaux ne reprennent qu’en 1920, époque de grand développement des salles de cinéma. On comprend tout l’intérêt que pouvait représenter, en termes d’attractivité réciproque, une grande salle de cinéma dans cette galerie, venant compléter l’offre culturelle du célèbre cabaret voisin Qui Pro Quo (dirigé par Julian Tuwim et Marian Hemar de 1919 à 1930, avant de devenir un théâtre). La décision prise aussitôt, les travaux de gros œuvre se déroulent de 1920 à 1922, mais l’exécution du décor intérieur va prendre deux années supplémentaires, jusqu’à la fin de l’année 1924. On peut se demander si cet important retard n’est pas dû à la découverte de la tombe de Toutankhamon, à la fin de l’année 1922, qui aurait réorienté vers le domaine égyptien un programme décoratif initialement plus sage.

La salle du Spendid de Varsovie vue depuis l’orchestre, au pied de l’écran (1925) © DR

Une grande salle spectaculaire
En janvier 1925, les premiers spectateurs ont donc la surprise de découvrir un cinéma qui les immerge dans l’Antiquité égyptienne alors tout particulièrement à la mode. Aucun document ne permet de savoir, jusqu’à présent, si les accès et foyers étaient égyptisants, mais la salle elle-même a bénéficié d’une décoration pharaonique aussi originale qu’inhabituelle. Plus vaste et surtout plus large que celle du Louxor, elle avait également deux balcons, et pouvait accueillir 2 000 spectateurs. Sans être exactement « atmosphérique », elle offrait comme première attraction un ciel étoilé mouvant et scintillant situé à 18 mètres de haut, participant du décor particulier du lieu.

On ne connaît l’intérieur que grâce à quelques rares photographies, dont deux vues générales qui, comme pour le Louxor, ont été publiées dans la presse à l’époque de l’ouverture de la salle, et permettent de comprendre sa structure. Vu le nombre de spectateurs, dont la plus grande partie se trouvait à l’orchestre, quatre larges portes « égyptiennes » occupaient chacun des deux côtés latéraux, et plusieurs autres portes complétaient au fond ce système de circulation. Au premier balcon, une porte identique, légèrement plus basse, permettait d’accéder de même de chaque côté. Quant à celles du second balcon, elles étaient sans décor, montrant bien qu’on était là au niveau des places les moins chères. C’est dans cette salle qu’a été donnée à Varsovie la première projection du Chanteur de Jazz, film sonore et parlant (1927).

Égyptomanie et archéologie
La spectaculaire évocation de l’Égypte antique visible dans la salle de ce cinéma mêlait sur les murs des éléments architecturaux et des peintures. Elle a été réalisée par Kononowicz, avec le peintre Robakiem (Robak) et les sculpteurs Jasińskim (Jasiński), Władysławem Marcinkowskim (Wladyslaw Marcinkowski) et Mieczysławem Lubelskim (Mieczysław Lubelski).

[ De nombreux termes du vocabulaire égyptologique (corniche à gorge, tore, etc.)sont expliqués dans notre article Les décors du Louxor pour les nuls.]

Chacun des deux murs latéraux était divisé en quatre espaces verticaux (dont celui du fond correspondant à la profondeur des balcons et donc non décoré), chacun séparé par deux colonnes palmiformes engagées, ce qui en fait six au total de chaque côté, plus deux d’angle côté écran. Ces colonnes étaient surmontées d’un élément de corniche à gorge et d’une tête hathorique du type de celles qui décoraient le grand hall jubilaire d’Osorkon II, à Boubastis (Osorkon II était un pharaon de la XXIIe dynastie, 874-850 avant J.-C., œuvre usurpée du Moyen Empire, musée du Louvre).

Conférence de l’homme politique Józef Piłsudski au Splendid de Varsovie, en 1925, intitulée « Psychologie du prisonnier ». La scène et l’écran se trouvent sur la gauche de la photo © DR

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