Le site des Amis du Louxor

Mis en avant

Ce site est le résultat des recherches menées par des membres de l’association (Jean-Marcel Humbert, Nicole Jacques-Lefèvre, Annie Musitelli, Michèle Alfonsi, Marie-France Auzépy) sur l’histoire du Louxor et de sa programmation. Par ailleurs, nous avons suivi, grâce aux visites de chantier et aux rencontres avec les divers intervenants (architectes, décorateurs, acousticiens, mosaïstes, etc.) toutes les étapes de la réhabilitation du bâtiment, depuis la présentation du projet par l’architecte Philippe Pumain en novembre 2008 jusqu’à l’inauguration du 17 avril 2013 (rubrique Le chantier du Louxor). Ce site constitue donc une base de données documentaire sur ce cinéma historique et son sauvetage. Depuis l’ouverture de la salle, les Amis du Louxor, spectateurs fidèles de leur cinéma favori, continuent à se faire l’écho de son actualité.
Un ouvrage collectif, Le Louxor-Palais du cinéma, par les Amis du Louxor et l’architecte Philippe Pumain, a été publié en juin 2013 par les éditions AAM (photo ci-contre).

Quand le Louxor sert encore de décor…

Après la façade du Louxor, mise en vedette dans le film de Jean-Paul Salomé, La Daronne, c’est maintenant la grande salle de style Art-déco égyptisant qui apparaît dans la nouvelle comédie dramatique et policière de François Ozon, Mon crime. Le film a été présenté en avant première au Louxor le 24 janvier 2023. La distribution est prestigieuse (Isabelle Huppert, Fabrice Luchini, André Dussolier, Dany Boon, Félix Lefebvre, et deux étoiles montantes, Nadia Tereszkiewicz et Rebecca Marder).

L’histoire se situe dans les années 30, à Paris. Madeleine Verdier, jeune et jolie actrice sans le sou et sans talent, est accusée du meurtre d’un célèbre producteur. Aidée de sa meilleure amie Pauline, jeune avocate au chômage, elle est acquittée pour légitime défense. Commence alors une nouvelle vie, faite de gloire et de succès, jusqu’à ce que la vérité éclate au grand jour… (source : site du Louxor)
Et ce qui nous intéresse particulièrement, c’est que certaines scènes ont été tournées à l’intérieur du Louxor. La bande annonce montre ainsi une scène de projection d’actualités de quelques secondes … avec d’affriolantes ouvreuses habillées de rose… Les habitués du Louxor reconnaîtront sans peine la grande salle Youssef Chahine et l’écran « historique » format Academy 1,33:1, préservé lors de la réhabilitation de la salle et encore utilisé pour les projections de films muets.

Les balcons de la grande salle du Louxor (capture d’écran de la bande annonce).

L’écran « historique » format Academy 1,33:1, encore utilisé pour la projection des films muets (capture d’écran de la bande annonce).

La salle et les ouvreuses en rose (capture d’écran de la bande annonce).


La sortie du film est prévue pour le 8 mars 2023.

Le Louxor en 1983 dans le film d’ Andrzej Zulawski, La Femme publique

Les images du Louxor avant sa fermeture du 30 novembre 1983 et sa vente par Pathé à la société Tati ne sont pas si nombreuses, et son utilisation en tant que décor de film encore moins fréquente. Ou s’il apparaît, c’est souvent de manière si fugitive que le spectateur a à peine le temps de l’identifier(1). Toutes les trouvailles sont donc précieuses. Merci à Emmanuel Papillon, directeur du Louxor, de nous avoir signalé le film d’Andrzej Zulawski, La Femme publique, dont nous découvrons une scène se déroulant devant le Louxor.
Ethel (Valérie Kapriski) sort du métro par le tourniquet du côté du boulevard de La Chapelle, où l’attend Milan (Lambert Wilson), réfugié tchèque, en fuite après avoir tiré sur l’archevêque de Lituanie en visite à Paris. Dès lors, le Louxor va servir de décor nocturne à ce rendez-vous.

Captures d’écran du film La Femme publique d’Andrzej Zulawski

Milan entraîne Ethel, ils s’éloignent en dansant, Ethel longe la façade boulevard de la Chapelle, elle essaie de trouver une voiture ouverte.

Captures d’écran du film La Femme publique

Milan la suit en dansant. Il s’engouffre dans une voiture qu’elle lui désigne.
Le cinéma est encore en exploitation, et bien que les grilles soient fermées, le portique d’entrée est éclairé, de même que les affiches le long du boulevard.

Capture d’écran du film d’Andrzej Zulawski, La Femme publique

Séquence brève, très fluide, qui met admirablement en valeur les grands panneaux décoratifs (les seconds du genre au Louxor depuis la fin des années 60), avec leurs peintures colorées représentant des personnages emblématiques du cinéma (Batman, Anita Ekberg dans La Dolce Vita, des personnages de westerns, etc.). Cette scène du film de Zulawski montre que ces panneaux destinés à attirer le chaland sont restés en place jusqu’à la fermeture.

En haut à gauche : les panneaux peints première version (photos Jean-Marcel Humbert 1971) En haut à droite : les panneaux peints seconde version (photo Xavier Delamare 1982) En bas : détails des fresques boulevard de La Chapelle et boulevard de Magenta (photos Jean-François Chaput, 1978). Le Louxor-Palais du cinéma (ouvrage conçu par Les Amis du Louxor, éditions AAM, 2013), page 52

La séquence (images 1,2,3) montrent aussi le pan coupé à l’angle des deux boulevards, où l’on distingue le grand panneau publicitaire du film de la semaine. Et ce panneau, ainsi qu’une affiche que l’on aperçoit à l’arrière-plan (images 4 et 5), permettent de connaître le film projeté, La Mémoire de Youssef Chahine (1982).

Cela permet de définir une étroite fourchette de date de tournage puisque ce film, qui avait attiré 2880 spectateurs, a été projeté au Louxor du 14 au 21 septembre 1983, c’est-à-dire un peu plus de deux mois avant sa fermeture.
Nous joignons ici la programmation complète du Louxor pendant les années 1980-1983, qui montre la place dévolue aux films indiens et égyptiens.
PROGRAMMATION 1980-1983

Les dernières secondes de la séquence du film de Zulawski présentent aussi un intérêt documentaire pour ceux que l’histoire du quartier Barbès intéresse. Elles sont tournées non pas devant le Louxor (mais le spectateur ne perçoit pas ce déplacement ) mais sur l’autre trottoir du boulevard de la Chapelle. La voiture dans laquelle Ethel et Milan vont s’enfuir est garée devant l’immeuble de l’Armée du Salut, 106 boulevard de La Chapelle, aujourd’hui disparu (ancienne maison de prostitution avant de revenir à l’Armée du Salut, puis d’être démolie et remplacée par un immeuble moderne) (2).

L’immeuble de l’Armée du salut (aujourd’hui démoli)


Notes
1. Dans le film de Henri Lepage (1951), Dupont Barbès, évoqué sur notre site dans l’article de Nicole Jacques-Lefèvre Autour du Louxor : Mémoire des cafés de Barbès, on distingue nettement la façade du Louxor, surplombant le métro aérien boulevard de la Chapelle.
2. On peut lire à ce sujet une étude très intéressante sur ce blog

Exposition Égyptomania : la collection Jean-Marcel Humbert

Le président des Amis du Louxor Jean-Marcel Humbert, grand spécialiste de l’égyptomanie, est un collectionneur passionné qui a rassemblé inlassablement depuis cinquante ans un véritable trésor : objets, programmes de spectacles, documents, dont de très nombreuses publicités inspirées de l’Égypte ancienne, etc.
C’est une petite partie de cette extraordinaire collection que le Musée dauphinois de Grenoble présente du 6 novembre 2022 au 27 novembre 2023, dans le cadre du bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes : Champollion, la passion de l’Égypte en Isère / 1822-2022, porté par le Département de l’Isère et son musée Champollion à Vif.

Affiche de l’exposition Égyptomania et couverture du catalogue

Il est de fait que l’égyptomanie, si joliment présente au Louxor, passionne de plus en plus les visiteurs de musées, déjà fascinés par l’Égypte antique, et il n’est plus aujourd’hui d’exposition sur ce thème qui ne présente en appendice un secteur l’évoquant. Ainsi, des éléments de cette collection ont-ils été largement présentés dans de grandes expositions internationales.

A gauche : Isis, par Pierre Eugène Émile Hébert, bronze, vers 1880.
A droite : vase canope, manufacture Wedgwood (Stoke-on-Trent, Angleterre), modèle créé au début du XIXe siècle, réédition en biscuit bleu et or, 1997.


Il restait à en faire un sujet central, prolongation et mise à jour de l’exposition Egyptomania présentée au musée du Louvre en 1994. L’approche de cette nouvelle exposition, à la fois ethnographique et beaux-arts, montre le résultat de cette collecte destinée à constituer des ensembles cohérents, et à permettre l’étude d’objets rarement présents dans les musées.

En haut : Série complète des « Trésors des pharaons » d’Elizabeth Arden (États-Unis), créée par le designer Marc Rosen, réalisée au Japon, porcelaine blanche, automne 1982.
En bas : Pendulette-garniture de cheminée de la manufacture de Nimy (Belgique), faïence, vers 1925.

 

A gauche : bouteille à whisky « King Tut » réalisée pour les membres du temple Zembo (Oasis of Harrisburg, Desert of Pennsylvania) par la distillerie Michter’s (Schaefferstown, Pennsylvanie, États-Unis), céramique 1978.
A droite : bouteille à whisky « King Tut », distillerie Michter’s, (Schaefferstown, Pennsylvanie, États-Unis), céramique, 1978


Pourquoi l’égyptomanie ? Quel est le sens nouveau pris par ces objets détournés d’un art millénaire ? Quelles relations ont-ils avec leurs modèles ancestraux et avec les personnes qui se les procurent aujourd’hui pour décorer leur intérieur ?

A gauche : vase aux lutteurs, d’après les décors d’une tombe de Beni Hassan, manufacture Julius Dressler (Podmokly, quartier de Bela, aujourd’hui, République tchèque), céramique, vers 1910.
A droite : paire de vases décorés des dieux Knoum et Amon, « Tutankhamun pattern » par Enoch Boulton, manufacture Carlton Ware (Stoke-on-Trent, Angleterre), porcelaine émaillée, 1923.

Des objets divers et variés venus des quatre coins du monde voisinent avec la littérature, les arts du spectacle, le cinéma, et même des tatouages… L’Égypte autour du monde, c’est à ce périple insolite que nous convient cette exposition et son catalogue.

Figurine en résine reproduisant une scène du film The Curse of the Mummy’s Tomb
(Les maléfices de la momie), de Michael Carreras (1964).

 

Musée dauphinois, 30 rue Maurice-Gignoux, Grenoble
Du 6 novembre 2022 au 27 novembre 2023
Entrée gratuite

Toutes les photos © Denis Vinçon / Musée dauphinois / Département de l’Isère

Amédée Tiberti (1883-1978), peintre décorateur

Voilà qu’une trouvaille inespérée est venue enrichir notre collection d’archives sur l’histoire et la construction du Louxor. Paul Marchio, collectionneur de cartes postales anciennes, nous a signalé qu’il avait trouvé dans une brocante à Antibes une carte-photo montrant trois hommes et un enfant devant la porte-cochère de l’atelier d’Amédée Tiberti, le peintre qui réalisa en 1921 les décors au pochoir du porche et de la salle du Louxor. Nous avons aussi trouvé récemment des précisions sur certains aspects de son activité, ce qui nous incite donc à publier une nouvelle version d’un premier article paru en 2012.

La photo a été prise devant le 16 rue Lally Tollendal, dans le XIXe arrondissement de Paris, rue de petits immeubles de quatre étages d’habitations ouvrières avec des cours occupées par des ateliers, dont la porte de ce numéro 16 est restée miraculeusement conservée intacte jusqu’à aujourd’hui, avec son décor de fonte à claire-voie.


Dans les années 1900, la carte postale illustrée d’une photographie qui en occupe le recto – que celle-ci soit tramée ou tirée sur papier photographique –, prend véritablement son essor. C’est alors que des photographes proposent aux commerçants et artisans de les photographier devant leur local professionnel, avec autour d’eux leurs collaborateurs. La carte, qui sera conservée comme souvenir, ou utilisée comme publicité, montre souvent la famille entière qui pose devant la boutique. Dans le cas présent, ce sont trois ouvriers, un enfant et un chien, qui posent sous la pancarte annonçant le nom et les spécialités de Tiberti. Les costumes correspondent tout à fait au début des années 20, et si l’on considère que Tiberti, à l’époque, est âgé de 38 ans, il ne peut donc s’agir que du personnage de gauche, le plus âgé des trois. Il sera difficile d’en savoir plus…
La pancarte, au-dessus de la porte cochère, est également intéressante. Tout à fait dans le style de l’époque, quoique simple, elle confirme le numéro de la rue, le « 16 », ainsi que les spécialités du peintre. L’Annuaire du commerce Didot-Bottin de 1923 (voir l’illustration ci-dessous) indique la grande variété des savoir-faire de la société : « Décoration, Lettres, Dorure, Filages, Tentures, Maquettes, Projets, devis, Dessins, exécution, Patinage genre ancien, Décoration sous verre ».


Le panneau du n° 16, avec quelques variantes, indique d’une manière moins détaillée : « Peinture – Décoration » qui montre bien que la société ne faisait pas que de la peinture en bâtiment, et « Filage, Attributs [c’est-à-dire les plaques professionnelles, par exemple pour les notaires, médecins ou autres], dorures [très utilisées alors pour le lettrage sous verre des boutiques, boulangeries et autres], ornements ». On conçoit tout l’intérêt, pour le chantier du Louxor, d’avoir bénéficié d’artisans capables de répondre à un peu tous les types de décors à réaliser, et qui plus est avec les compétences italiennes, reconnues pour être les meilleures dans le domaine, notamment pour la réalisation de faux-marbres et d’imitation de l’antique. Et lorsque l’on sait ce qu’était la richesse architecturale de sa ville natale, L’Aquila, ses rues bordées de palais, ses églises, on peut se dire qu’Amédée Tiberti avait été à bonne école !
Nous pouvons donc enfin, avec une quasi-certitude, mettre un visage sur le nom d’un personnage que nous avions eu tant de mal à retrouver ! Si le nom de l’architecte Henry Zipcy fut longtemps déformé en Ripey, celui d’Amédée Tiberti fut de son côté immédiatement estropié en Tibéri. Plusieurs articles relatant l’inauguration du Louxor du 6 octobre 1921 — Cinéa, le 15 octobre 1921, ou Cinéjournal, le 8 octobre 1921 — louaient, en termes identiques, les décors réalisés « dans le style égyptien, par M. Amédée Tibéri, qui s’est heureusement inspiré des antiquités du Musée du Louvre. » D’où de longues et vaines recherches sur de fausses pistes à la poursuite de ce mystérieux M. Tiberi. Mais d’autres journaux, parmi lesquels Bonsoir ou encore Le Rappel, avaient, eux, publié des articles consacrés à l’ouverture du Louxor, dans lesquels le décorateur était nommé Tiberti (Le Rappel 6 octobre 1921) ou Tibérty (Bonsoir, vendredi 7 octobre 192, nom rectifié en Tiberti le dimanche 9 octobre…). Et si c’étaient ces deux derniers journaux qui avaient raison ?
Alors que le Louxor vient de fêter son centième anniversaire, l’article du Rappel du 6 octobre 1921, qui restitue fidèlement le nom d’Amédée Tiberti, témoigne de l’admiration que suscita « la nouvelle et somptueuse Salle Louxor » lors de son inauguration.


Notre trésorière et historienne, Marie-France Auzépy, partit donc à la recherche d’un Amédée Tiberty ou Tiberti décorateur, et c’est aux Archives de la Seine qu’elle finit par le découvrir.


Le registre analytique du Tribunal de commerce de 1921 nous apprend qu’Amédée Tiberti est né le 16 juillet 1883, à L’Aquila, en Italie et a fondé son entreprise le 11 mars 1921, soit quelques mois avant l’ouverture du Louxor.
On peut supposer qu’un chantier d’une telle ampleur était une aubaine et un beau défi artistique pour cette jeune entreprise à l’activité diversifiée qui allait ainsi pouvoir réaliser aussi bien les peintures au pochoir sur les murs que celles des hiéroglyphes sur les poutres du plafond ou encore les inscriptions LOUXOR figurant au-dessus des entrées principales.
Amédée Tiberti était marié à Jeanne Monaco, née le 24 juin 1881 à Raiano, Italie, et décédée à Paris le 22 mai1966. La date de leur arrivée en France nous est inconnue. Il a été naturalisé en juin 1928. (Journal Officiel, 1er juillet 1928) et est inscrit sur les listes électorales dès 1930.

Naturalisation (J.O.1928-07-01) et inscription liste électorale en 1930 (Archives numérisées)


Il s’avère que l’entreprise d’Amédée Tiberti a eu une activité très soutenue, au moins jusqu’à la fin des années 1950. Le Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris en témoigne.
Entre 1935 et jusqu’à la fin de l’année 1958, le nom de Tiberti apparaît régulièrement dans les résultats d’adjudication. L’entreprise est proposée comme délégataire pour effectuer des travaux sur des bâtiments publics. Tiberti est notamment chargé de nombreux chantiers : écoles parisiennes, travaux de « peinture, tenture et vitrerie » lors de la construction d’un pavillon du personnel à la maison maternelle de Châtillon-sous-Bagneux. Après la guerre, il est de nouveau délégataire pour de nombreuses interventions qui vont de l’Hôpital psychiatrique de Villejuif en 1950 aux Bains douches du stade nautique des Tourelles, ou au Laboratoire d’hygiène, 1 bis rue des Hospitalières Saint Gervais.
Nous perdons la trace de ses activités à partir de décembre 1958. Mais il a alors 75 ans !

Quelques exemples d’adjudications de 1935 à 1958. On note le changement d’adresse de l’entreprise du n°16 au n°12 de la rue Lally Tollendal.


L’entreprise n’est cependant définitivement radiée pour cessation d’activité que le 29 septembre 1967, comme en atteste le registre du commerce de cette année qui précise que le déclarant est le « propriétaire exploitant ».

Amédée Tiberti sera toute sa vie fidèle à la rue Lally-Tollendal. Les bulletins municipaux et le registre du commerce et des sociétés montrent que l’entreprise – ou au moins son siège social – se déplaça simplement du n° 16 au n° 12 (où se dresse actuellement un immeuble moderne). Cette adresse sera également celle du domicile des époux Tiberti, comme le montrent leurs actes de décès (Archives numérisées de la Seine).

La rue Lally Tollendal avec au premier plan l’immeuble moderne du n° 12


Amédée Tiberti décède le 27 avril 1978 à l’âge de 95 ans.

A l’occasion de la réhabilitation du Louxor, les décors peints par Amédée Tiberti ont été restaurés ou restitués en appliquant la technique du pochoir initialement employée. On lira à ce sujet l’interview du peintre Jean de Seynes qui faisait partie de l’équipe des restaurateurs et peintres décorateurs et que nous avions rencontré en novembre 2012.

Jean-Marcel Humbert et Annie Musitelli

Le Louxor a 100 ans


Rares sont les cinémas qui parviennent à leur centenaire. A son tour, le 6 octobre 2021, le Louxor a atteint cet âge respectable et cette place enviée. Pourtant, la route n’a pas été facile, et de nombreuses péripéties ont émaillé un parcours fait de moments festifs et d’autres douloureux. Combien de fois n’a-t-il failli disparaître sous la pioche des démolisseurs, avant que l’union des habitants du quartier et de la municipalité de Paris ne parvienne à le sauver ? C’est cette longue route que nous vous invitons à reparcourir – ou à découvrir – grâce à cette chronologie illustrée, dont les liens vous ouvriront quantité d’articles détaillés sur les personnages et les événements qui ont jalonné son existence. Longue vie au Louxor !

Avant Le Louxor

– 2 avril 1919. Achat par Henri Silberberg (1866-1921) d’un immeuble haussmannien au 170, boulevard de Magenta / 53, boulevard de la Chapelle (Xe), qui accueillait un magasin de nouveautés « Au Sacré Cœur ».

L’immeuble détruit pour construire le Louxor. Réaction du journal Le Peuple, 9 février 1921

– 6 janvier-3 avril 1920. Silberberg obtient l’autorisation de construction du cinéma. L’architecte est Henri-André Zipcy (1873-1950), le peintre Amédée Tiberti réalise les décors.

L’architecte Henri Zipcy (collection privée) – La salle égyptienne (La Construction moderne, 26 mars 1922, collection Jean-Marcel Humbert)

1921-1983. Un cinéma de quartier

• 6 octobre 1921. Inauguration du Louxor.

– 23 novembre 1921. Faillite et mort d’Henri Silberberg

23 novembre 1921, sur requête de la Banca Italiana di Sconto, faillite d’Henri Silberberg (Archives de Paris, D10 U3-87, n°26677) – acte de décès (Archives numérisées de la Seine)

– 12 avril 1922. Vente du Louxor à la Société Nouvelle du Cinéma Louxor, contrôlée par la Société des cinémas Lutétia dirigée par Paul Fournier.
– 24 avril 1929. Pathé rachète le Louxor qui devient le Louxor-Pathé.
– Années 30. Pathé fait de grands travaux. Disparition du décor intérieur d’origine.
– 21 juin-26 juillet 1954, 1964 et 1978. Rénovations et modernisation du Louxor par Pathé.

Rénovations de 1931 ( BNF) et de 1954 (archives Pathé) – La salle à la fin des années 1970 (photo Xavier Delamare).

– Années 70-80. Changements de programmation au Louxor : films d’action, et films indiens et arabes en version originale. Pose de panneaux peints sur les façades latérales.

Évolution de la programmation : 1954, Par ordre du Tsar – 1982, Les Renégats du désert (photo Xavier Delamare) – 1983 : dernière séance du Louxor avec le film indien Qaid.

– 5 octobre 1981. Inscription du Louxor à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques
– 30 novembre 1983. Déclaration de cessation d’activité. Cession des murs et du fonds de commerce à la société Textiles Diffusion (TATI).

1983-1999. Le Louxor en péril

– 1985. Projet « d’aménagement d’un magasin de vente au détail, avec modification de façade », et demandes de permis de démolir et d’autorisation de bâtir.
– 1986-1988. Le Louxor abrite d’abord une discothèque antillaise, La Dérobade, puis une discothèque gay, Megatown.

Le temps des discothèques : La Dérobade puis Megatown (à gauche et au centre : archives D. Le Glaner. A droite : photo Aurélia Lefèvre).

– 1997 et 1999. Le propriétaire du Louxor est mis en demeure de ravaler son immeuble, sans résultat.

Après la fermeture : affichage sauvage, tags, dégradation des mosaïques. Photos Bernard Meyre et Jean-Marcel Humbert)

2000-2003. La longue route pour le sauvetage du Louxor

– 2000-2002. Mobilisation des associations : appel à Bertrand Delanoë, Maire de Paris, pour le rachat du Louxor.
– Début 2002-juillet 2003. Négociations entre la Mairie de Paris et Fabien Ouaki, PDG de TATI, menées par Christophe Caresche, adjoint au Maire de Paris, député du XVIIIe arrondissement.
– 6 décembre 2002. Procédure de « déclaration d’abandon manifeste ». Publication et notification à TATI du « procès-verbal provisoire d’abandon de parcelle » du Louxor.
– 26 avril 2003. Lancement d’une pétition et manifestation devant le Louxor à l’appel des associations Action Barbès IXe, Xe et XVIIIe et Histoire et Vies du 10e.

Manifestation du 23 avril 2003 (photos Fabien Musitelli)

2003-2013. Le Louxor sauvé

– 25 juillet 2003. La Mairie de Paris annonce l’acquisition du Louxor par la Ville.
– Novembre 2004. Passation des marchés d’assistance à maîtrise d’ouvrage, de diagnostic du bâti existant et d’étude historique et patrimoniale.
– 22 mai 2007. Appel d’offres pour le marché public de maîtrise d’œuvre relatif au projet de réhabilitation du cinéma Louxor.
– 25 juin 2008. Désignation de l’architecte Philippe Pumain, avec Christian Laporte, Xavier Fabre et Vincent Speller, architectes associés.

22 avril 2010 : Bertrand Delanoë visite le Louxor avant le début des travaux (photos Jean-Marcel Humbert)

– 30 avril 2009. La Commission Départementale d’Aménagement Commercial accorde, à l’unanimité, l’autorisation d’exploitation cinématographique du Louxor.
– 26 septembre 2009. Publication de l’appel d’offres d’entreprises.
– 8 janvier 2010. Délivrance du permis de construire.

Dépose de la marquise – étude des décors de la poutre gaine (Frédérique Maurier, Philippe Pumain, Claire Bergeaud et Jean de Seynes) – L’architecte des Monuments historiques Christian Laporte sur le chantier – mosaïque restituée – repose des mâts égyptiens.

La restitution des décors peints a été confiée à des spécialistes du patrimoine, de l’agence Cartel Collections, qui ont notamment utilisé la technique du pochoir, mais revue par ordinateur…
– Septembre 2011. Lancement de l’appel d’offre, accompagné d’un Cahier des charges, pour la Délégation de Service Public.
– 26 novembre-11 décembre 2012. Choix par la Mairie de Paris, et confirmation par le Conseil de Paris, de la Société Cinélouxor pour l’exploitation du cinéma.
– Hiver 2013. Fin des travaux.
– 17 avril 2013. Inauguration du nouveau Louxor.

L’inauguration du 17 avril 2013 dans la salle Youssef Chahine.


– Depuis 2013, le Louxor attire un public varié et fidèle.

Emmanuel Papillon, directeur du Louxor, en compagnie de Serge Bromberg lors du ciné-concert du 15 mars 2015 – files d’attente – Les P’tits Loux vont au cinéma…

• 6 octobre 2021. Le Louxor a 100 ans.

 

© Les amis du Louxor

 

 

 

Le Louxor a fêté son centième anniversaire

 

6 octobre 1921, salle Youssef Chahine.


Le 6 octobre 2021, le Louxor a fêté son centième anniversaire au cours d’une soirée très chaleureuse dans une salle archi pleine. Le plaisir de se retrouver dans le cadre magnifique de la salle Youssef Chahine était palpable, surtout après des mois de fermeture puis d’incertitudes sur les conditions de la reprise et le retour des spectateurs.

de gauche à droite : Emmanuel Papillon, Carole Scotta et Martin Bidou

Le trio qui compose la société CinéLouxor, Carole Scotta, Martin Bidou, et Emmanuel Papillon a d’abord rappelé son bonheur de gérer cette salle et sa confiance dans l’avenir. Car, dès son ouverture et jusqu’à la fermeture imposée par la pandémie, le Louxor était une exceptionnelle réussite. Ce bel élan allait-il se briser ? Heureusement, non. En dépit des contraintes qui ont suivi le déconfinement, ils constatent que le public est bel et bien au rendez-vous. Comme l’a rappelé avec force Emmanuel Papillon, directeur du cinéma, rien ne remplace la magie de la projection en salle, c’est là, sur grand écran et au milieu d’un public, qu’un film doit se voir.
D’autant que le Louxor a la chance d’être un lieu unique. Il a d’ailleurs salué la qualité exceptionnelle de la réhabilitation du Louxor par l’architecte Philippe Pumain et son équipe qui ont su respecter l’identité du lieu, mettre en valeur son architecture égyptisante Art Déco mais aussi en faire un cinéma du XXIe siècle… Il annonce le programme riche et varié de cette semaine du centenaire ainsi que la reprise de l’exposition proposée par les Amis du Louxor, Le Louxor, palais du cinéma,  qui retrace l’histoire du Louxor. Elle est de nouveau visible pendant un mois dans le salon du Louxor au 2e étage. Une plaquette reprenant les panneaux de l’exposition a été réalisée également par les Amis du Louxor.

La plaquette réalisée pour les 100 ans du Louxor reprenant les panneaux de l’exposition.

Alexandra Cordebard, maire du Xe arrondissement puis Carine Rolland, adjointe en charge de la culture à la Mairie de Paris, ont rappelé le long chemin parcouru depuis vingt ans pour sauver le Louxor, le réhabiliter et le faire revivre.

De gauche à droite : Emmanuel Papillon, Carine Rolland, Alexandra Cordebard, Carole Scotta et Martin Bidou

Au cours de ce périple, le soutien des habitants et des associations au projet n’a jamais failli. Les élues ont salué l’action d’Emmanuel Papillon et de son équipe qui a immédiatement, par les liens qu’il a su tisser avec les autres acteurs culturels du quartier, les associations, les nombreux établissements scolaires, réussi à intégrer le Louxor dans le quartier Barbès en diversifiant sa programmation pour inclure tous les publics.
Les spectateurs ont ensuite pu voir les trois volets du projet de la photographe Karen Assayag, Mon rêve de cinéma, autour de portraits de spectateurs rencontrés au Louxor. Ils seront ensuite projetés en avant-séance tout au long du mois d’octobre. La soirée se terminait par la projection en avant-première du film de Jacques Audiart, sélectionné à Cannes, Les Olympiades, en présence de Valérie Schermann, productrice du film, de Juliette Welfling, monteuse, et de trois de ses acteurs, Makita Samba, Camille Léon-Fucien et Pol White.

De gauche à droite : Emmanuel Papillon, Valérie Schermann, Makita Samba, Camille Léon-Fucien, Pol White, Juliette Welfling.

Le programme du centenaire