Le site des Amis du Louxor

Mis en avant

Ce site est le résultat des recherches menées par des membres de l’association (Jean-Marcel Humbert, Nicole Jacques-Lefèvre, Annie Musitelli, Michèle Alfonsi, Marie-France Auzépy) sur l’histoire du Louxor et de sa programmation. Par ailleurs, nous avons suivi, grâce aux visites de chantier et aux rencontres avec les divers intervenants (architectes, décorateurs, acousticiens, mosaïstes, etc.) toutes les étapes de la réhabilitation du bâtiment, depuis la présentation du projet par l’architecte Philippe Pumain en novembre 2008 jusqu’à l’inauguration du 17 avril 2013 (rubrique Le chantier du Louxor). Ce site constitue donc une base de données documentaire sur ce cinéma historique et son sauvetage. Depuis l’ouverture de la salle, les Amis du Louxor, spectateurs fidèles de leur cinéma favori, continuent à se faire l’écho de son actualité.
Un ouvrage collectif, Le Louxor-Palais du cinéma, par les Amis du Louxor et l’architecte Philippe Pumain, a été publié en juin 2013 par les éditions AAM (photo ci-contre).

Le cinéma La Clef menacé de fermeture

En raison d’un litige entre les exploitants et le propriétaire des murs (le Comité d’Entreprise de la Caisse d’Épargne d’Île de France), le cinéma La Clef, 34 Rue Daubenton dans le 5e arrondissement, est menacé de fermeture le 31 mars 2018.
La fermeture d’un cinéma est une mauvaise nouvelle : retrouvez ici toutes les informations ainsi qu’un appel à signer la pétition « Sauvons le cinéma La Clef ! ». .  

©DR

Hommage à Xavier Delamare

Nous venons seulement d’apprendre avec peine le décès de Xavier Delamare survenu le 18 janvier 2016. Nous l’avions rencontré pour la première fois en 2010 pour recueillir ses souvenirs du Louxor. Ce passionné des salles de cinéma les connaissait toutes, après avoir sillonné Paris et l’Île de France lorsqu’il travaillait pour la société Batido, qui commercialisait les glaces et les Eskimos vendus à l’entracte. Au début des années 80, conscient que la plupart de ces salles allaient disparaître, il prit des photographies.

Xavier Delamare en 2010, dans le fauteuil du Louxor qu’il avait acquis à la fermeture du cinéma.

Ainsi en fut-il du Louxor, qu’il photographia en novembre 1982, un an avant la fin de son exploitation par Pathé. Ses photos constituent un témoignage unique de l’histoire de ce cinéma. Il est notamment le seul – à notre connaissance – à avoir photographié le second balcon du Louxor dans son état d’origine, ou le local des ouvreuses. Nous avons rassemblé dans une galerie les images qu’il avait eu la gentillesse de mettre à notre disposition – celles du Louxor mais aussi de quelques autres salles de quartier, la plupart disparues.
Francis Lacloche, historien de l’art, fondateur de l’association Eldorado1 , et qui organisa en 1983 l’exposition « Le cinéma dans ses temples », avait bien connu Xavier Delamare. Il nous a adressé l’hommage amical que nous publions ici.

XAVIER DELAMARE

Quand j’ai commencé vers 1978/79 à traquer les anciennes salles de cinéma dont l’architecture témoignait de leur histoire mouvementée et de l’admirable mauvais goût de ses créateurs, je n’ai pas tardé à trouver sur ma route la frimousse charmeuse et lucide de Xavier. Grâce à lui je découvrais des pépites abandonnées dans les faubourgs parisiens et des trésors en banlieue. Nous croisions des personnages improbables dont il respectait la candeur et la passion tout en s’amusant des travers désuets de ce petit monde capable d’une étonnante résistance.
Ce monde n’a pas résisté aux coups de pioche indispensables à l’essor glorieux des grandes surfaces et au déferlement terriblement rationnel des multisalles. Quelques merveilles, tel le Louxor, ont résisté, ayant bénéficié d’un classement improbable et de l’étonnante énergie de ses voisins au point qu’elle ait encouragé la Ville de Paris à en assurer la sauvegarde, la restauration et une nouvelle vie.
Le temps a passé, je n’ai plus guère croisé Xavier que de temps à autre : il luttait avec courage et humour contre une terrible maladie qui n’entamait pas son humour et sa bonne humeur. Maintenant qu’il nous a quitté il me reste le souvenir émouvant de nos relations qui furent toujours enrichissantes et réjouissantes : il disposait de cette dose indispensable de naïveté et de clairvoyance que je conserverai toujours parmi les amis essentiels de mon étrange quête en faveur des cinémas du monde entier.

© Francis Lacloche

Note
1- L’association Eldorado a mené, au début des années 80, une action en faveur des salles de cinéma menacées de disparition. Une exposition « Le Cinéma dans ses temples » a été organisée en 1983 à Paris et Bordeaux. Grâce à la mobilisation engagée à la fin des années 70, l’inscription à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1981 a permis de protéger le Louxor, l’Eldorado, le Rex et la Cigale.

Photos de Xavier Delamare

Quelques salles parisiennes au début des années 80

Les photos présentées dans cette galerie, à l’exception des trois dernières, qui datent de 2009, ont été prises par Xavier Delamare au début des années 1980. Les quinze premières présentent le Louxor à la fin de 1982, un an avant sa fermeture et son abandon pendant 30 ans. Les autres montrent quelques cinémas parisiens dont beaucoup, à une époque où les salles de quartier fermaient les unes après les autres, s’étaient orientés vers les films d’action, le cinéma indien, ou le cinéma pornographique.

Pour en savoir davantage sur l’histoire de certaines des salles présentées dans cette galerie (dont le Cinex, le Pathé Journal, le Strasbourg, l’Eldorado, le Max Linder), nous conseillons la visite du site irremplaçable de Philippe Célerier, Ciné-Façades. Quant au Midi Minuit et ses liens avec la revue Midi Minuit Fantastique, un dossier lui est consacré sur le site DeVilDead.

Quand le Louxor inspire des photographes

Une exposition, qui vient de se tenir du 1er au 4 février 2018 au Salon d’artisanat et des métiers d’art, salle Olympe de Gouges (Paris XIe), avait pour thème : L’Égypte à Paris. Vaste sujet, qui va de l’architecture aux décors de façades, des hôtels particuliers aux tombes dans les cimetières, et bien sûr de l’obélisque de Louxor au cinéma Louxor.

Invitée d’honneur de ce Salon, l’association Photographes Parisiens, animée par son président Daniel Botti, œuvre depuis vingt et un ans pour la défense de la photographie argentique noir et blanc et de son patrimoine, en présentant des expositions, afin de montrer le travail de prise de vue, de laboratoire et de finition à tous les publics passionnés.
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Le cinéma Splendid de Varsovie

Notre tour du monde des cinémas décorés à l’égyptienne se poursuit avec le cinéma Splendid de Varsovie. Intégré dans une galerie commerciale, sans façade sur la rue et donc sans décor extérieur particulier, il frappait d’autant plus ses spectateurs qui se trouvaient transportés d’un coup – dès qu’ils pénétraient dans la salle – dans le monde merveilleux de l’Égypte antique.

La galerie Luxenburg à Varsovie en 1939 (carte postale)

Une galerie commerciale à la mode
C’est en 1907 que commencèrent les travaux d’une monumentale galerie marchande de 110 mètres de long, commanditée par l’entrepreneur Maksymiliana Luxenburga (Maximilian Luxenburg), dont elle allait porter le nom : la galerie Luxenburg. Les travaux durent trois ans, et dès l’ouverture le lieu connaît un grand succès populaire. Les Varsoviens aiment à se promener sous la verrière bleutée qui donne un éclairage plus italien à un ciel souvent gris. Un hôtel immense, le plus grand de la capitale (plus de 700 chambres), y occupe un large espace ; on y trouve aussi de nombreux magasins, un restaurant et un bar. Mais il ne s’agit en fait que d’une petite partie d’un projet gigantesque de galerie commerciale qui aurait dépassé en taille et en élégance celle de Milan. Une autre tranche d’agrandissement, qui allait être lancée, est arrêtée par le déclenchement de la guerre de 1914-18.

Les travaux ne reprennent qu’en 1920, époque de grand développement des salles de cinéma. On comprend tout l’intérêt que pouvait représenter, en termes d’attractivité réciproque, une grande salle de cinéma dans cette galerie, venant compléter l’offre culturelle du célèbre cabaret voisin Qui Pro Quo (dirigé par Julian Tuwim et Marian Hemar de 1919 à 1930, avant de devenir un théâtre). La décision prise aussitôt, les travaux de gros œuvre se déroulent de 1920 à 1922, mais l’exécution du décor intérieur va prendre deux années supplémentaires, jusqu’à la fin de l’année 1924. On peut se demander si cet important retard n’est pas dû à la découverte de la tombe de Toutankhamon, à la fin de l’année 1922, qui aurait réorienté vers le domaine égyptien un programme décoratif initialement plus sage.

La salle du Spendid de Varsovie vue depuis l’orchestre, au pied de l’écran (1925) © DR

Une grande salle spectaculaire
En janvier 1925, les premiers spectateurs ont donc la surprise de découvrir un cinéma qui les immerge dans l’Antiquité égyptienne alors tout particulièrement à la mode. Aucun document ne permet de savoir, jusqu’à présent, si les accès et foyers étaient égyptisants, mais la salle elle-même a bénéficié d’une décoration pharaonique aussi originale qu’inhabituelle. Plus vaste et surtout plus large que celle du Louxor, elle avait également deux balcons, et pouvait accueillir 2 000 spectateurs. Sans être exactement « atmosphérique », elle offrait comme première attraction un ciel étoilé mouvant et scintillant situé à 18 mètres de haut, participant du décor particulier du lieu.

On ne connaît l’intérieur que grâce à quelques rares photographies, dont deux vues générales qui, comme pour le Louxor, ont été publiées dans la presse à l’époque de l’ouverture de la salle, et permettent de comprendre sa structure. Vu le nombre de spectateurs, dont la plus grande partie se trouvait à l’orchestre, quatre larges portes « égyptiennes » occupaient chacun des deux côtés latéraux, et plusieurs autres portes complétaient au fond ce système de circulation. Au premier balcon, une porte identique, légèrement plus basse, permettait d’accéder de même de chaque côté. Quant à celles du second balcon, elles étaient sans décor, montrant bien qu’on était là au niveau des places les moins chères. C’est dans cette salle qu’a été donnée à Varsovie la première projection du Chanteur de Jazz, film sonore et parlant (1927).

Égyptomanie et archéologie
La spectaculaire évocation de l’Égypte antique visible dans la salle de ce cinéma mêlait sur les murs des éléments architecturaux et des peintures. Elle a été réalisée par Kononowicz, avec le peintre Robakiem (Robak) et les sculpteurs Jasińskim (Jasiński), Władysławem Marcinkowskim (Wladyslaw Marcinkowski) et Mieczysławem Lubelskim (Mieczysław Lubelski).

[ De nombreux termes du vocabulaire égyptologique (corniche à gorge, tore, etc.)sont expliqués dans notre article Les décors du Louxor pour les nuls.]

Chacun des deux murs latéraux était divisé en quatre espaces verticaux (dont celui du fond correspondant à la profondeur des balcons et donc non décoré), chacun séparé par deux colonnes palmiformes engagées, ce qui en fait six au total de chaque côté, plus deux d’angle côté écran. Ces colonnes étaient surmontées d’un élément de corniche à gorge et d’une tête hathorique du type de celles qui décoraient le grand hall jubilaire d’Osorkon II, à Boubastis (Osorkon II était un pharaon de la XXIIe dynastie, 874-850 avant J.-C., œuvre usurpée du Moyen Empire, musée du Louvre).

Conférence de l’homme politique Józef Piłsudski au Splendid de Varsovie, en 1925, intitulée « Psychologie du prisonnier ». La scène et l’écran se trouvent sur la gauche de la photo © DR

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Les attractions du Louxor pendant les années 1920, III : dernières trouvailles…

Notre premier article sur les attractions du Louxor pendant les années 20 a attiré l’attention de deux connaisseurs, François Ravez  et Les Cook – spécialiste anglais de la guitare hawaïenne et tout particulièrement de Gino Bordin et des musiciens et danseurs Kanui et Lula. Ils nous ont aimablement fourni des informations et des illustrations sur certains des artistes peu connus évoqués dans notre article et dont il est difficile pour le non spécialiste de retrouver la trace1. Nous les remercions de leur contribution qui nous permet ainsi de combler des lacunes…
Revenons par exemple à Kanui et Lula dont le spectacle de danses hawaïennes connut un joli succès en France, sur les scènes européennes et jusqu’en Amérique du Sud  pendant les années 20 et 30.

Kanui (photo dédicacée à Marius Kowalski le 15 février 1923, collection Christophe Leroy)

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Écrans français de l’entre-deux-guerres I. Les Années 1920

Interview de Jean-Jacques Meusy, 1ère partie : L’apogée de « l’Art muet »

L’historien du cinéma Jean-Jacques Meusy a publié récemment un nouvel ouvrage, Écrans français de l’entre-deux-guerres, en deux volumes (I. L’apogée de « l’Art muet » et II. Les Années sonores et parlantes). Avec plus de 600 pages et près de 800 illustrations, ces deux livres – suite de ses ouvrages, Paris Palace ou le temps des cinémas, 1894-1914 et Cinémas de France,1894-1918 – constituent un ensemble documentaire et iconographique remarquable qui intéressera autant le chercheur que le grand public cinéphile.

Écrans français de l’entre-deux-guerres, volume 1, édité par l’Association française de recherche sur l’histoire du cinéma, 2017.

Dans votre dernier ouvrage, Écrans français de l’entre-deux-guerres, vous retracez une histoire du cinéma à partir des salles, qui semblent constituer à vos yeux un « poste d’observation » idéal. Pourquoi ?  
Il y a trois raisons principales qui fondent ce choix. Pendant la période qui nous intéresse ici, avant la télévision, le DVD et les autres formes de diffusion des films, ce sont les cinémas qui font remonter l’argent vers la production. Sans salles, plus de films. Actuellement, alors que la télévision et d’autres modes de diffusion ont pris une place importante, souvent majoritaire, dans le rétrofinancement du cinéma, ce poste d’observation ne serait plus aussi pertinent.
La salle est aussi l’interface avec le public qui, pendant  plus d’un demi-siècle, n’avait pas d’autre moyen de voir des films. C’est donc là, et là seulement, que le film acquiert à cette époque son existence sociale. D’ailleurs, il est maintenant convenu, de façon assez consensuelle, que la date d’un film est celle de l’année de sa sortie en salle et non celle de sa production.
Il y a aussi, sans aucun doute, dans ce choix de la salle comme point d’observation, une part de nostalgie pour ces lieux. Certaines avaient une magie inégalée au point que le souvenir d’un film reste souvent lié à la salle où on l’a vu. Celle-ci fait partie de la mémoire du film.  

Quand les « vraies » salles de cinéma apparaissent-elles ?
Si l’on excepte les salles Lumière de Paris et Lyon et quelques rares autres lieux de projection sommairement installés, il n’y a pas de vrais cinémas jusqu’aux années 1906/1907 qui marquent le début du grand essor de l’industrie cinématographique. A partir de cette période, les financiers s’intéressent au cinéma car il peut être une source importante de profits. Pour  réunir rapidement les capitaux nécessaires à cet essor, des sociétés se transforment en sociétés anonymes tandis que d’autres se créent sous cette forme juridique. Là commence  véritablement l’histoire des salles.

Façade de l’Omnia Pathé, ex-Théâtre du Cinématographe Pathé, 5 bd Montmartre (2e). Phono-Ciné-Gazette, n°86, 15 octobre 1908

La Première Guerre brise cet élan et interrompt presque tous les projets de construction. Les ateliers de Gaumont et Pathé sont utilisés en partie par l’industrie de guerre, une part du personnel est mobilisé et la production française s’en ressent gravement. A côté de films à épisodes restés célèbres, la production des films, où foisonnent les films patriotiques, brille souvent par sa médiocrité. Les Américains ne manquent pas de profiter de cette situation pour affermir leur domination sur le marché français.

Mais de quels maux souffre le cinéma français ?
Beaucoup de défenseurs du cinéma français se demandent comment sauver celui-ci et résister à la « colonisation cinématographique américaine ». En mars 1917, Le Film lance une enquête sur « la crise du film français », tous les problèmes sont mis sur la table : production, diffusion, exploitation, censure, etc. Le sujet est largement repris et débattu, notamment dans la presse corporative. En 1919, la Cinématographie française illustre par des dessins la situation de notre industrie cinématographique en comparaison de celle des principaux pays étrangers. Si les chiffres avancés pour les besoins de la démonstration sont plus ou moins contestables, les réalités sont là : insuffisance des capitaux engagés, droits de douane pour les films étrangers bien inférieurs à ceux que pratiquent les mêmes pays à l’égard des films français, effet d’échelle qui joue contre nos films tirés en moyenne en seulement huit copies et… insuffisance du nombre de cinémas qui, rapporté au nombre d’habitants, place la France derrière non seulement les États-Unis mais aussi les pays voisins économiquement développés.

Les causes de la crise du cinéma français selon la Cinématographie française (mars et avril 1919)

Ciné-Journal du 11 janvier 1919 titre son éditorial « Construisons des salles ! » et affirme que « la pénurie de l’exploitation réagit nécessairement sur la production ». Pour l’architecte Eugène Vergnes également, la crise du film français passe par la construction de cinémas.

Lors d’une interview du Petit Bleu en date du 19 septembre 1919, l’architecte Eugène Vergnes milite pour la construction de cinémas.

Charles Pathé explique aux actionnaires de sa société que « le seul effort financier raisonnable à faire en France est celui qui aurait pour objectif des salles d’exhibition ou l’amélioration de celles qui existent, de façon à assurer l’amortissement intégral des négatifs français […] »1.
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