Les attractions de l’entracte au Louxor pendant les années 20

Que peuvent avoir en commun Mardrus, « merveilleux phénomène de la tête sans corps », Mikasa Chokichi, « jongleurs fantaisistes japonais », René de Buxeuil, « le chansonnier aveugle », Mac Norton, « l’homme aquarium », et les chanteuses Eugénie Buffet, le ténor Vorelli ou le comique Ouvrard ? Tous sont montés sur la scène du Louxor pendant les soirées du cinéma muet, rythmées par les prestations musicales de l’orchestre et des numéros de variétés (1). Signe de l’intérêt des spectateurs pour ces bien nommées « attractions », elles sont mentionnées régulièrement dans l’hebdomadaire La Semaine à Paris (ancêtre de notre Officiel des spectacles) qui précise même souvent le genre de numéro programmé et/ou le nom de l’artiste.
Le Louxor, intégré au circuit Lutetia Fournier en 1922 puis repris en 1929 par Pathé à l’avènement du parlant (voir notre chronologie), était une salle assez renommée pour que des projections spéciales y soient organisées et que des artistes confirmés s’y produisent. « Les « Fournier » (Louxor, Lyon-Palace, Ciné Saint-Marcel, Lutetia-Wagram, etc.), 35 salles environ dans Paris, sont des merveilles de goût, de confort. Leurs orchestres sont parfaits, leurs films de premier ordre ». s’enthousiasmait un chroniqueur du journal Le Rappel (8 mars 1927). Cependant, la longue liste des attractions du Louxor (jointe à la fin de cet article) montre que ces numéros étaient aussi assurés par « les obscurs, les sans grade », ceux dont le nom figurait rarement, ou jamais, en haut de l’affiche des music-halls et qui devaient certainement courir le cachet d’une salle à l’autre pour joindre les deux bouts (2).
Les artistes les plus connus cités dans le cadre de cet article font l’objet de notices ou d’articles sur des sites spécialisés très bien documentés (3) et dans des ouvrages auxquels nous renvoyons donc les amateurs de variétés des années 20 par des notes et des liens qui permettent aussi de retrouver un grand nombre d’enregistrements.

Au Louxor semaine du 8 avril 1927 (photo collection Ch. Leroy)
« Pour la 2e fois au Louxor, à notre sympathique chef d’orchestre, toutes nos amitiés »

Chant (chanteurs et chanteuses « de genre » ou « à voix » , voire « à grande voix » ou « divettes »), danse, acrobaties, « diseurs », imitateurs, ventriloques – les attractions changeaient toutes les semaines et il y en avait pour tous les goûts. Les photos dédicacées par des artistes au chef d’orchestre du Louxor Marius Kowalski, témoignent de cette diversité mais aussi des liens qui se tissaient avec les musiciens des orchestres de cinéma.

Kanui et Lula (photos collection Ch. Leroy)

Les chanteurs et danseurs hawaïens, Kanui  et Lula (4), qui dédicacent leurs photos  à « Monsieur Kowalski, notre charmant chef d’orchestre, en souvenir de notre passage au Louxor », formaient un duo qui se produisait avec succès dans plusieurs pays européens dans les années 20 et 30. Très présents à Paris, Kanui et Lula passaient de salle en salle : les programmes signalent leur numéro dans divers music-halls, notamment à l’Olympia : ainsi en mai 1923 pour la rentrée de « l’illustre chanteur comique Fortugé » ou en  janvier 1927 et novembre 1928, ou encore pour plusieurs semaines au Cirque d’hiver en mai 1929. Ils assurent en même temps les attractions dans des cinémas parisiens, comme au Louxor en 1923 ; en 1927, ils enchaînent les cinémas Convention, Lyon Palace, ou Select.
Plus inattendu : un de leurs « tubes » enregistré à Paris pour les disques Odéon le 21 juin 1933, Oua Oua, a été utilisé dans une pub pour Vittel en 2009 ! On peut l’écouter ici.  

Max Rogé (photo collection Ch. Leroy)

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Marius Kowalski, chef d’orchestre du Louxor

Qui se souvient des chefs d’orchestre des cinémas des années 1920 et 1930 ? A quelques exceptions près — comme Paul Fosse, directeur musical du grandiose Gaumont Palace, ou Lucien Rémond, chargé de la direction d’orchestre du Louxor et des arrangements pour l’inauguration et les séances qui suivirent  —, ces artistes qui assuraient l’animation musicale des séances, et dont certains étaient également compositeurs, sont un peu les oubliés de l’histoire. Pourtant, l’orchestre constituait un atout majeur pour les salles qui, comme le Louxor, avaient la chance d’en disposer.
L’un des premiers chefs d’orchestre du Louxor fut Marius Kowalski (1886-1963). Les archives familiales que son petit-neveu, Christophe Leroy, nous a aimablement communiquées, permettent de mettre un visage et une histoire sur ce qui n’était qu’un nom découvert dans des programmes du Louxor des années 20. Autres trouvailles, les photos dédicacées par certains des artistes de variétés, témoignages de sympathie et d’amitié pour un chef d’orchestre très apprécié, font revivre certains de ceux qui se sont produits sur la scène du Louxor. Un prochain article sera consacré à ces attractions qui étaient alors partie intégrante des soirées de cinéma.

Marius Kowalski (1886-1963)

Marius Kowalski (1886-1963)

Marius Kowalski : une vie dédiée à la musique et au spectacle

Marius Kowalski est né à Paris en 1886. Son arrière-grand-père, Léon Jean Joseph Kowalski, né en 1810 dans le Palatinat de Cracovie, avait fui la Pologne après l’insurrection de 1830 et, comme beaucoup de ses compatriotes, s’était réfugié en France et s’y établit. Il meurt à Arles en 1888.
Musicien précoce, élevé dans une famille mélomane, Marius jouait de plusieurs instruments (piano, flûte traversière, violon).

Marius enfant, avec sa sœur Jeanne

Marius enfant, avec sa sœur Jeanne

Après ses études au Conservatoire de musique de Paris, il embrasse très jeune une carrière musicale, et apparaît entre 1903 et 1909 comme flûtiste à la rubrique « artistes exécutants et professeurs » de l’Annuaire des artistes et de l’enseignement dramatique et musical. Quand arrive la Guerre de 1914-1918, Marius est mobilisé. Il participe notamment, du 15 juillet 1916 au 24 mai 1917, aux terribles batailles de Verdun dans le 289e régiment d’infanterie et sera décoré de la Croix de guerre. Mais, même sous l’uniforme, il n’abandonne pas ses instruments : il fait partie d’un orchestre. Sur la photo ci-dessous, il est au premier plan à gauche, la flûte posée sur le genou. (Clic sur l’image pour l’agrandir)

Orchestre militaire, Marius Kowalski, au premier plan à gauche

Orchestre militaire, Marius Kowalski, au premier plan à gauche

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1958 : destruction partielle des décors côté Magenta

Une photo du Louxor publiée par l’INA permet de lever les derniers doutes sur le ravalement « radical » de 1958 qui a abouti à la destruction des frises de mosaïques et de l’inscription LOUXOR côté boulevard de Magenta (aujourd’hui restituées).

Louxor, semaine du 6 au 12 août 1958

Louxor, semaine du 6 au 12 août 1958

À l’affiche du Louxor, Pépé le Moko. Nos recherches sur la programmation du cinéma, effectuées au cours des années passées, permettent de dater précisément cette photo : Pépé le Moko, film de 1937, a été reprogrammé au Louxor pendant la semaine du 6 au 12 août 1958. Il y était déjà passé, notamment en 1943 (semaine du 24 mars au 6 avril, selon La Semaine de Paris) :  il devait faire partie des films bénéficiant d’une dérogation puisque les productions antérieures au 1er octobre 1937 avaient été bannies des écrans par le régime de Vichy, et de surcroît, dans ce cas précis, la vedette Jean Gabin était parti aux USA… (voir notre article sur la programmation du Louxor pendant l’Occupation).

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La plaque historique du Louxor : à revoir !

La Mairie de Paris a eu la bonne idée, pour répondre aux questions que se posent les visiteurs,  de faire poser dans le hall du Louxor une plaque évoquant les étapes essentielles de l’histoire du bâtiment.
Outre le caractère un peu succinct de cet historique, on permettra néanmoins aux passionnés du Louxor que nous sommes de regretter la grosse erreur du premier paragraphe ! Erreur qui avait d’ailleurs été signalée à la Mairie par Emmanuel Papillon, directeur du cinéma. Sans résultat à ce jour, comme on peut le constater ici :

Plaque placée dans le hall du cinéma à l'automne 2013

Plaque placée dans le hall du cinéma à l’automne 2013

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L’Art et Essai plébiscité à Barbès

Entretien avec Emmanuel Papillon

Après un an d’activité, le Louxor-Palais du Cinéma est désormais inscrit dans le paysage. Très vite, il a trouvé son public grâce à une programmation riche et variée, ponctuée de nombreuses « séances spéciales », dont certaines en liaison avec des associations de terrain. Mais la réouverture d’un cinéma dans un bâtiment historique de trois étages, à l’issue d’un long chantier, pose aussi des problèmes spécifiques. Nous remercions vivement Emmanuel Papillon de nous avoir reçus pour parler  de cinéma, de patrimoine, mais aussi des ajustements et améliorations que l’équipe de CinéLouxor souhaite encore apporter.

dimanche 22-1 copie

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Le site des Amis du Louxor

Mis en avant

Ce site est le résultat des recherches menées par des membres de l’association (Jean-Marcel Humbert, Nicole Jacques-Lefèvre, Annie Musitelli, Michèle Alfonsi, Marie-France Auzépy) sur l’histoire du Louxor et de sa programmation. Par ailleurs, nous avons suivi, grâce aux visites de chantier et aux rencontres avec les divers intervenants (architectes, décorateurs, acousticiens, mosaïstes, etc.) toutes les étapes de la réhabilitation du bâtiment, depuis la présentation du projet par l’architecte Philippe Pumain en novembre 2008 jusqu’à l’inauguration du 17 avril 2013 (rubrique Le chantier du Louxor). Ce site constitue donc une base de données documentaire sur ce cinéma historique et son sauvetage. Depuis l’ouverture de la salle, les Amis du Louxor, spectateurs fidèles de leur cinéma favori, continuent à se faire l’écho de son actualité.
Un ouvrage collectif, Le Louxor-Palais du cinéma, par les Amis du Louxor et l’architecte Philippe Pumain, a été publié en juin 2013 par les éditions AAM (photo ci-contre).

Le Louxor – Palais du cinéma : le livre

Louxor - le livre

Samedi 8 juin 2013 a eu lieu au Louxor le lancement du livre Le Louxor – Palais du cinéma, publié par les éditions AAM. Une assistance nombreuse d’adhérents des Amis du Louxor, de représentants de la presse et de sympathisants a pu profiter du bar du Louxor et de sa terrasse  et faire dédicacer l’ouvrage par les auteurs présents. Le livre est en vente au Louxor et, à partir de la deuxième quinzaine de juin, dans « toutes les bonnes librairies ».

SOMMAIRE

Microsoft Word - LOUXOR DP presse bis.doc

Microsoft Word - LOUXOR DP presse bis.doc

Un livre conçu par Les Amis du Louxor, publié par les éditions AAM (Archives d’Architecture Moderne, Bruxelles) sous la direction de l’égyptologue Jean-Marcel Humbert et de l’architecte Philippe Pumain. Avant-propos de Bertrand Delanoë, préface de Costa-Gavras, photographies du Louxor rénové de Luc Boegly, avec des contributions de Michèle Alfonsi, Marie-France Auzépy, Jean-Marcel Humbert, Nicole Jacques-Lefèvre, Jean-Jacques Meusy, Annie Musitelli et Philippe Pumain.

204 pages, 253 illustrations, 21 x 23,5 cm
Couverture cartonnée sous jaquette, 35 €
AAM éditions
Ouvrage édité avec l’aide du CNL,
Parution : avril 2013 (diff. Vilo).

Édition de ce livre sans but lucratif ni droits d’auteur. 

L'éditeur Maurice Culot et Jean-Marcel Humbert au Louxor, 8 juin 2013.

L’éditeur Maurice Culot et Jean-Marcel Humbert au Louxor, lors de la présentation du livre à sa sortie, 8 juin 2013.