Chronologie 1921-2013

Le Louxor-Palais du Cinéma

I. 1921- 1983 : Un cinéma de quartier

1920-21 : À l’emplacement d’un immeuble haussmannien qui avait abrité un grand magasin, « Au Sacré Cœur Nouveautés », et des logements,  Henri Zipcy, architecte, construit le Louxor pour l’homme d’affaires Henry Silberberg, qui a l’intention de gérer la salle. Les mosaïques du décor sont fabriquées par la maison Gentil et Bourdet (Boulogne-Billancourt). La salle comprend 1195 places. Les sièges sont réalisés par les établissement Gallet. La décoration intérieure, de style égyptisant, est l’œuvre du peintre décorateur Amédée Tiberti.
6 octobre 1921 : Inauguration du Louxor.
23 novembre 1921 : Faillite et mort d’Henri Silberberg
13 avril 1922 : vente du Louxor par M. Morin, syndic de la faillite Silberberg, à la Société Nouvelle du Cinéma Louxor. Le Louxor sera  intégré au groupement des cinémas Fournier-Lutétia.
24 avril 1929 : la Société de Gérance des cinémas Pathé (SGCP) prend en gérance un circuit d’une vingtaine de salles, dont le Louxor, appartenant au groupement Fournier Lutétia dont elle deviendra propriétaire en 1930.  Le Louxor devient le Louxor-Pathé.
1931:  Pathé fait de grands travaux, équipe le Louxor pour le cinéma parlant et recouvre le décor néo-égyptien de la salle par un décor néo-grec (voir interview de Philippe Pumain, 4e partie).
21 juin-26 juillet 1954 : nouvelle rénovation du Louxor par Pathé. La salle est « entièrement transformée intérieurement » ( Pathé Magazine, n°4, 4e trimestre 1954) et perd toute trace visible de ses décors antérieurs.
1964 : La salle fait l’objet d’une nouvelle modernisation afin de se conformer à de nouveaux impératifs (format panoramique, amélioration de l’acoustique, confort). Le nombre de fauteuils est réduit à 1005 : 540 pour le parterre, 221 au premier balcon, 244 au deuxième.
Années 60 : La baisse de fréquentation, amorcée dès la fin des années 1950, se confirme (433 804 spectateurs en 1955, 153 054  en 1967 ).

À la conquête d’un nouveau public

Été 1967 : changement de politique tarifaire (le billet passe de 6,30 et 5,30 fr au prix unique de 2 fr) et nouvelle programmation. Le Louxor s’oriente vers une  programmation spécialisée : peplums, westerns spaghetti et films d’action.
Reprise de la fréquentation : on note par exemple 13 800 entrées pour Hercule et la reine de Lydie en 1970.

Nefertiti reine du Nil - 10100 spectateurs au Louxor (10-16 novembre 1971)

Nefertiti reine du Nil – 10 100 spectateurs au Louxor (10-16 novembre 1971)

Années 1970-80 : La programmation intègre avec succès des films sur la guerre d’Algérie (14 800 spectateurs en mars 1943 pour La bataille d’Alger de G. Pontecorvo, 1966) et des films moyen-orientaux (notamment égyptiens) en version originale.
1978 : la salle est rénovée et les fauteuils sont changés.
à partir de 1980 : les films indiens de langue hindi, souvent sous-titrés en arabe, dominent la programmation.

Vers la fermeture

En dépit des efforts de l’exploitant, la fréquentation est en baisse. La menace de fermeture se précise.
5 octobre 1981 : à la suite des actions conjuguées de plusieurs personnalités soucieuses de sauver ce patrimoine, notamment des égyptologues Jean Leclant et Jean-Marcel Humbert, de Francis Lacloche et de son association Eldorado, le Ministre de la Culture, Jack Lang, prend un arrêté inscrivant les façades et les toitures du Louxor sur l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en même temps que l’Eldorado, le Rex et la Cigale. Cette inscription permettra au Louxor d’échapper au risque d’une démolition ultérieure.
1982 : le sort du Louxor est incertain. Dans Libération du 4 octobre 1982 , Francis Lacloche s’interroge : « pourquoi Pathé a-t-il demandé une autorisation de percements supplémentaires ? Pour aérer la salle ? Ou pour accueillir le premier Tati oriental ? » Le 9 novembre de la même année, alors que «Pathé rêve de liquider le Louxor » il lance un appel : « Spectateurs du Louxor ne vous laissez pas reprendre Farid et Oum ! Donnez votre fric à Pathé : tant de sentiments les feront peut-être fléchir ! »
30 novembre 1983 : déclaration de cessation d’activité. Le sort du Louxor est scellé.
Pathé se sépare  de l’immeuble et du fonds de commerce du 170, boulevard Magenta exploité sous l’enseigne le Louxor, pour un montant de 6 millions. Le bâtiment est racheté par la société Textiles Diffusion (Tati).

II. 1983 – 2000 : Le Louxor en péril

1985 : Le Louxor échappe de justesse à un projet « d’aménagement d’un magasin de vente au détail, avec modification de façade » (courrier de Claude-Gérard Marcus , maire du 10e arrondissement). Des demandes de permis de démolir et d’autorisation de bâtir sont déposées mais le propriétaire renonce et les projets sont abandonnés.
1986-1988 : Le Louxor abrite d’abord une discothèque exotique, La Dérobade, dont l’enseigne lumineuse clignotante  est rapidement supprimée, puis une discothèque gay, Megatown.
1994 : Un projet de rénovation est confié à l’architecte Jean-Pierre Heim : projet « haut de gamme » de salle de spectacle, lieu d’exposition, restaurant panoramique. Au dernier moment, le propriétaire du Louxor renonce.
1997 et 1999 : Le propriétaire du Louxor est mis à deux reprises en demeure de ravaler son immeuble, sans résultat.
2000 : Rumeurs de rachat du cinéma par la société immobilière Haussmannia et de sa transformation en une salle de spectacles polyvalente . Projet sans lendemain.
De 1994 à 2000, certains journalistes reviendront régulièrement sur le sort incertain du Louxor (voir revue de presse).

III. La longue route pour le sauvetage du Louxor

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Le Louxor février 2009

21 février 2000 : l’association Histoire et Vies du 10e dépose un vœu lors du conseil d’arrondissement afin d’alerter l’attention des élus sur l’état d’abandon du Louxor.
Décembre 2001 : Action Barbès, association d’habitants des 9e, 10e et 18e arrondissements, remet un dossier d’information au maire de Paris, Bertrand Delanoë.
Avril 2002 : création du Comité de Soutien « Sauvons le Louxor » composé de 75 personnalités du monde de la culture et du spectacle. Ils demandent à la Ville de racheter le Louxor à TATI afin de lui redonner sa vocation culturelle.
Du début de 2002 à juillet 2003 : négociations entre la Mairie de Paris et Fabien Ouaki, PDG de TATI, menées par Christophe Caresche, adjoint au Maire de Paris, député du 18e arrondissement. Elles furent longues, difficiles, avec des avancées prometteuses suivies de périodes de stagnation. Pendant le même temps, la dégradation s’accélérait : tags envahissants, vitres brisées, mosaïques soumises quotidiennement à l’affichage sauvage et au nettoyage brutal à haute pression.
27 août 2002 : après des mois de pressions sur la Direction de l’Architecture et du Patrimoine et la menace d’un recours devant le Tribunal administratif, le panneau publicitaire qui masquait la façade du Louxor, au mépris de la réglementation protégeant les abords des monuments historiques inscrits à l’inventaire, est enlevé.
6 décembre 2002 : la procédure de « déclaration d’abandon manifeste » pouvant éventuellement aboutir à l’expropriation, est lancée. Le « procès-verbal provisoire d’abandon de parcelle » du Louxor est publié dans le Bulletin Municipal Officiel de la Ville de Paris et notifié à son propriétaire, la société Textile Diffusion (TATI).
26 avril 2003 : lancement d’une pétition et manifestation devant le Louxor à l’appel des associations Action Barbès et Histoire et Vies du 10e .

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26 avril 2003 (photo F. Musitelli)

IV. Le Louxor sauvé

25 juillet 2003 : un communiqué de presse de la Mairie de Paris annonce l’acquisition du Louxor par la Ville. Ce communiqué prévoyait même la réalisation d’une Maison des cultures méditerranéennes dont la livraison était « prévue dans le second semestre 2006 ». C’était aller un peu vite en besogne.
Novembre 2004 : passation des marchés d’assistance à maîtrise d’ouvrage, de diagnostic du bâti existant et d’étude historique et patrimoniale.
Juillet 2005 : consolidation de la marquise par un échafaudage.
Septembre 2005 : protection des mosaïques par des palissades.
9 mai 2006 : Question posée par Histoire et Vies du 10e et Action Barbès lors du conseil d’arrondissement du 10e sur l’avancement des études et le choix du projet culturel.
22 mai 2007 : appel d’offres pour le marché public de maîtrise d’œuvre relatif au projet de réhabilitation du cinéma le Louxor
Février 2008 : Les échafaudages encombrants destinés à soutenir la marquise et qui gênaient considérablement la circulation des piétons sont remplacés par un soutien plus léger.
25 juin 2008 : communiqué de la Ville de Paris annonçant la désignation de Philippe Pumain comme architecte chargé de la réhabilitation du Louxor

La commission d’appel d’offres de la Ville de Paris, lors de sa séance du 6 mai 2008, a désigné l’architecte Philippe Pumain, associé aux architectes Fabre et Speller pour conduire la réhabilitation et l’extension de l’ancien Palais du Cinéma Le Louxor, situé à l’angle du boulevard de Magenta et du boulevard de la Chapelle, dans le 10ème arrondissement.
L’équipe pluridisciplinaire comprend également Christian Laporte, architecte du patrimoine, les bureaux d’étude Brizot-Masse et Louis Choulet ; l’économiste Delporte-Aumont-Laigneau, l’acousticien Vivié, le scénographe Scene et le spécialiste en conservation de décors Cartel Collections.
Philippe Pumain et Fabre/Speller travaillent assez régulièrement ensemble sur des programmes de bâtiments publics. Ils ont des références dans le domaine culturel, en théâtres, particulièrement dans des bâtiments à valeur patrimoniale.
Parmi leurs réalisations, il convient de mentionner la salle de concert symphonique du théâtre Mariinsky à Saint Petersbourg et le théâtre de la Cité Internationale. Philippe Pumain a également réalisé récemment le collège Colette Besson et l’école maternelle Ménilmontant à Paris, ainsi que le musée de la cavalerie à Saumur.

28 novembre 2008 : présentation publique du projet par l’architecte Philippe Pumain à la mairie du 10e arrondissement.
30 avril 2009 : la Commission Départementale d’Aménagement Commercial accorde, à l’unanimité, l’autorisation d’exploitation cinématographique du Louxor.
26 septembre 2009 : publication de l’appel d’offres d’entreprises (« Passation des marchés de travaux de réhabilitation et d’extension du cinéma « Le Louxor » »).
8 janvier 2010 : Le permis de construire est délivré.
été 2010 : installation de chantier
septembre 2010 : début des travaux
janvier 2011 : décoration des palissades de chantier (photographies du Louxor de 1921 aux années 1970; photos remplacées en mars 2012 par des vues du Louxor en 1983.)

(Pour le suivi du chantier, consulter  la rubrique Le projet Louxor)

– mars 2013 : phase de finitions
25 mars- 25 mai 2013 : Exposition Le Louxor – Palais du cinéma organisée par Les amis du Louxor et l’architecte Philippe Pumain à la mairie du Xe arrondissement.
– 17 avril 2013 : Inauguration du nouveau cinéma Louxor
18 avril 2013 : ouverture au public.

©Les Amis du Louxor