Cinéma
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Publié en janvier 2010
Le Carlton d’Islington
Un ancien cinéma londonien acheté par une église évangélique
Egyptomanie et cinéma ont souvent fait bon ménage, Jean-Marcel Humbert nous l’a rappelé lors de sa conférence du 8 septembre. Un de nos adhérents, Bernard Meyre, a rapporté d’un voyage à Londres une série de photos de l’ancien Carlton d’Islington, à la périphérie de Londres, cinéma égyptisant de 1930 qui devrait être réhabilité.
Dans les années 20, à Londres comme dans le reste de l’Europe et outre Atlantique, les architectes et décorateurs de cinémas se plaisaient à utiliser des thèmes exotiques : décors chinois, mauresques, gréco-romains, égyptiens. Entre 1928 et 1930, quatre cinémas égyptisants furent ainsi construits à Londres1 : le Luxor à Twickenham, l’Astoria à Streatham, et deux Carlton, l’un à Upton Park , l’autre (qui nous intéresse aujourd’hui) à Islington.

Vue générale du Carlton d'Islington (novembre 2009)
Ces grands cinémas (2248 places pour le Carlton d’Islington, près de 3000 pour l’Astoria de Streatham) associaient le luxe « pharaonique » à l’utilisation des dernières technologies en matière de chauffage et d’aération, de matériel de projection et de sonorisation, dans un souci affiché de rivaliser avec les grands cinémas du centre de Londres. Les habitants des quartiers périphériques devaient eux aussi pouvoir rêver dans des « palais du cinéma ».
Les deux Carlton furent construits par George Coles (1884–1963), architecte renommé pour les très nombreux cinémas Art Déco qu’il édifia dans les années 20 et 30, notamment pour Oscar Deutsch, fondateur de la chaine des salles Odeon en Grande Bretagne qui en comptait 250 en 1937.
Publié en janvier 2010
Le Castro Theatre
Á San Francisco, un patrimoine bien vivant
Le Festival international du film de San Francisco se termine. Au centre de ces festivités annuelles, le célèbre Castro Theatre (1922), contemporain du Louxor. Symbole de l’âge d’or du cinéma, cette salle légendaire attire toujours un large public.

Le Castro Theatre en juillet 2007 | © lesamisdulouxor.fr
Nous avons découvert le Castro Theatre un samedi de juillet 2008 : longues files d’attente au guichet. Tous ces gens se bousculent pour assister à l’une des projections du festival du film muet de San Francisco. Au programme ce jour là : Les deux timides, film de René Clair (1929), accompagné par trois jeunes musiciens talentueux. Salle pleine (1400 places !), même pour un film muet, spectateurs enthousiastes. Nous mesurons avec une certaine stupéfaction ce qu’est le Castro : un lieu à la fois mythique et parfaitement intégré à la vie culturelle de la ville.
Un palais du cinéma
Le Castro Theatre fut construit par l’architecte Timothy L. Pflueger pour les frères Nasser qui exploitaient déjà d’autres salles de spectacles dans la région de San Francisco, dont un « nickelodeon » ouvert dès 1908 à quelques pas de l’actuel Castro.
Il fut inauguré le 22 juin 1922 avec la projection du film Across the Continent : la grande star du cinéma muet Wallace Reid y incarnait un de ses rôles de prédilection, celui de coureur automobile.
Le Castro est un des rares survivants de ces salles historiques des années 20 et 30 et certainement l’un des moins altérés par les rénovations dont il fit l’objet.
Publié en mai 2009
Grauman’s Egyptian Theater
Un cousin du Louxor à Hollywood :
l’ Egyptian Theater (1922)
Au n° 6712 de Hollywood Boulevard à Los Angeles, le promeneur découvre une cour lumineuse, terminée par un portique. Une double rangée de palmiers mène à une curieuse porte décorée de motifs égyptisants naïfs et encadrée de deux pilastres surmontés de têtes de sphinx.

Le Grauman's Theater, 6712 Hollywood Boulevard | ©lesamisdulouxor.fr
Nous sommes à l’entrée du Grauman’s Egyptian Theater, siège de la Cinémathèque américaine.
De tous les luxueux « palais du cinéma » qui ont fleuri dans les années 20 aux Etats-Unis et en Europe, l’ Egyptian est certainement le plus célèbre.
Edifié en 1922 à l’initiative du promoteur Charles E. Doberman et de l’impresario Sid Grauman par les architectes Meyer & Holler, il est entré dans l’histoire du 7e art, symbole à la fois de l’âge d’or d’Hollywood et de l’engouement du public pour l’architecture et la décoration égyptisantes. La découverte du tombeau de Toutankhamon cette même année 1922 ne fera qu’entretenir une fascination déjà ancienne pour l’Egypte est ses mystères.
La cour, ouverte sur l’animation de Hollywood Boulevard, se voulait accueillante. Décorée de fresques et de hiéroglyphes, elle abritait quelques boutiques sous le portique et permettait aussi, les soirs de premières, d’accueillir la presse et le public. Sid Grauman y exposait même des éléments de décors exotiques et des accessoires du film que les spectateurs allaient découvrir.
Au fond de la cour, quatre colonnes massives marquaient l’entrée du portique d’où les spectateurs accédaient au vestibule intérieur, puis à la salle.
Le célèbre restaurant Pig’n Whistle qui communiquait avec la cour du cinéma, contribua de 1927 à 1940 (date de sa fermeture) à la renommée du lieu.

Information touristique | ©lesamisdulouxor.fr
Le succès de l’Egyptian et de ses « premières mondiales » attira à Hollywood célébrités du spectacle, hommes d’affaires, promoteurs et contribua indéniablement au développement économique de la ville. En témoignent le célèbre Roosevelt Hotel et le Chinese Theater construits en 1926, ainsi que le beau cinéma art déco El Capitan (1927) , tous encore visibles aujourd’hui,
L’intérieur était grandiose, tant par la taille de la salle (2000 places) que par la richesse de la décoration égyptisante destinée à éblouir le spectateur.
L’Egypte antique revisitée faisait bon ménage avec la technologie de pointe, du système de ventilation sophistiqué à la cabine de projection et son équipement dernier cri. La scène était assez vaste pour accueillir les impressionnants « prologues » qui précédaient à l’époque la projection des films: 100 acteurs, par exemple, pour celui des Dix Commandements de Cecil B. DeMille.
L’Egyptian fut inauguré en grande pompe le mercredi 18 octobre 1922, en présence des notables de la ville et de nombreuses célébrités comme Cecil B. DeMille ou Charlie Chaplin. Robin des Bois avec Douglas Fairbanks fut précédé d’ Aïda (cela va de soi) exécuté par l’Hollywood Egyptian Orchestra. Le film resta neuf mois à l’affiche.

Décor de la salle avant 1955
Autre succès mémorable : Les Dix Commandements dont la première, le 4 décembre1923, annoncée à grand renfort de publicité, est restée célèbre dans les annales pour son faste.
Sid Grauman dirigea l’Egyptian jusqu’en 1927 puis rejoignit le tout nouveau Chinese Theater.
Après son départ, le cinéma connut une passe difficile. Pendant les années de la dépression et au début de la seconde guerre mondiale, on n’y projeta plus que des reprises.
Puis, en 1944, MGM décida de faire de l’Egyptian sa vitrine hollywoodienne.
A la fin des années 40 et dans les années 50, comme la plupart des grands cinémas, il fut modernisé. Pour faire revenir dans les salles un public de plus en plus attiré par la télévision, on lui offrit confort, meilleure visibilité, qualité du son et, bien entendu, écran géant. L’Egyptian fut également équipé d’une nouvelle marquise et d’une nouvelle enseigne. La cour fit l’objet d’une rénovation complète.
En 1955 on installa un nouvel écran géant incurvé de type Todd-AO pour pouvoir présenter « Oklahoma », premier long métrage à utiliser cette technologie. On démolit alors la scène, les sphinx monumentaux et l’arc de scène décoré de hiéroglyphes.

1962 Première de "King of Kings"
De 1955 à 1968, l’Egyptian connut encore quelques succès : Ben Hur en 1959, qui resta deux ans à l’affiche ou encore My fair Lady en 1964 qui résista plus d’un an. La dernière grande première fut Funny Girl en 1968.
L’ Egyptian ferma définitivement ses portes en 1992. Il fut acheté par la ville de Los Angeles et ainsi sauvé de la démolition.
Bien qu’il ait été classé » Monument Historique culturel », il fut laissé à l’abandon pendant plusieurs années, tandis qu’alentour, le quartier lui aussi se dégradait. Il fut ensuite gravement endommagé par le tremblement de terre de Northridge en 1994.
En 1996, la ville le vendit à la Cinémathèque américaine pour 1 dollar symbolique, à charge pour elle de lui redonner son lustre d’antan et de le rendre à sa vocation de cinéma. Une aide initiale était octroyée pour les travaux d’urgence mais il fallait trouver le reste du financement.
Un campagne fut lancée pour trouver de généreux donateurs. Totalement restauré, il ouvrit ses portes le 4 décembre 1998 avec au programme Les Dix Commandements dont la première avait eu lieu 75 ans plus tôt jour pour jour.
Cette histoire, avec ses alternances de faste et de déclin, d’abandon et de renaissance, présente bien des points communs avec celle de notre Louxor.
Alors, à quand un jumelage entre le Louxor de Barbès et l’Egyptian Theater de Hollywood ?
Annie Musitelli
Publié en février 2009


