Douze films du festival de Cannes 2017 au Louxor

A l’occasion de ces projections, l’équipe du Louxor propose des rencontres avec le public : 

UNE FEMME DOUCE (Sergei Loznitsa) 28 juin 20h
(Sélection Officielle – Compétition)
Séance suivie d’une rencontre avec Sergei Loznitsa

VISAGES VILLAGES (Agnès Varda et JR) 29 juin 20h
(Hors Compétition – Prix de l’Œil d’or)
Séance présentée par Agnès Varda et JR

FAUTE D’AMOUR (LOVELESS) (‎Andrey Zvyagintsev)  30 juin 20h
(Sélection Officielle – Prix du Jury)

UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR (Claire Denis) 1er juillet 19h
(Quinzaine des Réalisateurs – Ouverture)
Séance présentée par Christine Angot, scénariste

120 BATTEMENTS PAR MINUTE (Robin Campillo) 1er juillet 21h30
(Sélection Officielle – Grand Prix)

PETIT PAYSAN (Hubert Charuel) 2 juillet 19h
(Semaine de la Critique – Séance spéciale)
Séance présentée par Hubert Charuel

MISE À MORT DU CERF SACRÉ (Yorgos Lanthimos) 2 juillet 21h30
(Sélection Officielle – Prix du Scénario (ex-æquo))

GABRIEL ET LA MONTAGNE (Fellipe Barbosa) 3 juillet 19h
(Semaine de la Critique – Séance spéciale)
Séance présentée par Fellipe Barbosa

MAKALA (Emmanuel Gras) 3 juillet 21h30
(Semaine de la Critique – Grand Prix)

CARRÉ 35 (Eric Caravaca) 4 juillet 19h
(Sélection Officielle – Séance spéciale)
Séance présentée par Eric Caravaca

VERS LA LUMIÈRE (Naomi Kawase) 4 juillet 21h30
(Sélection Officielle – Compétition)

JEUNE FEMME (Leonor Seraille) 5 juillet 20h
(Un Certain Regard – Caméra d’Or)
Séance présentée par Leonor Serraille

A ne pas manquer !

Plus d’informations et réservations : http://www.cinemalouxor.fr/evenements/

Ventes aux enchères d’affiches au Louxor

Grande première : Jeudi 22 juin, de 18h30 à 21h30, le Louxor accueille une vente aux enchères d’affiches de cinéma. Une vraie, avec commissaire-priseur et catalogue !

Il s’agit d’affiches de collections variées, avec quelques raretés, mais, selon nos informations, cela reste en moyenne abordable.

Avis aux amateurs !

La « sortie au cinéma » en Egypte 1930-1980

Entretien avec Marie-Claude Bénard

Depuis sa réouverture en 2013, le Louxor a renoué avec la projection de films égyptiens qui avaient constitué une part importante de sa programmation entre 1978 et 1983. Au cours d’une de ces « soirées égyptiennes », Marie-Claude Bénard, professeur de philosophie et de cinéma, a présenté son livre La sortie au cinéma, Palaces et ciné-jardins d’Egypte 1930 – 1980.

La sortie au cinéma , éditions Parenthèses, MMSH (2016)

« Aller au cinéma, le soir, était une vraie sortie. On s’habillait, on téléphonait pour réserver les places qui étaient numérotées, on se retrouvait à l’entracte. » (Omar Sharif, 1991, p.109).

L’ouvrage est la publication d’un travail commencé au Caire dans les années quatre-vingt qui a eu des difficultés à trouver un éditeur en France. Le sujet, riche et très vivant n’est pas tant le cinéma égyptien que le cinéma en Égypte et le grand intérêt qu’il a suscité tant de la part des réalisateurs, des producteurs que de la part du public. Pendant la période faste qui s’étend des années 1930 aux années 1970, on ne comptait plus les salles de cinémas au Caire ou à Alexandrie où affluait le public pour la rituelle « sortie au cinéma ». Immenses et luxueux cinémas de centre-ville1 ou modestes salles de quartier, beaucoup de ces Rivoli, Rio, Rialto, Normandy, Pigalle ont disparu ou sont passablement décatis et le rite lui-même de la « sortie au cinéma » a profondément changé. Il était donc urgent, dans les années quatre-vingt, de recueillir les témoignages de ceux (réalisateurs, acteurs, directeurs de salles, critiques) qui gardaient de cette époque un souvenir très vif, à la fois ému, amusé et quelque peu nostalgique.
A travers les trente entretiens présentés dans cet ouvrage, le lecteur découvre tout un pan de l’histoire du cinéma en Égypte et de sa grande diversité. Quels films voyait-on ? Dans quels quartiers, dans quelles salles, avec quel public, dans quelle ambiance ? Nous avons interrogé Marie-Claude Bénard.

Comment ce livre est-il né ?
Je résidais au Caire et collaborais à un programme de recherche de « l’Observatoire urbain du Caire contemporain », dans le cadre du CEDEJ (Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales). Il se trouvait qu’un groupe de jeunes cinéastes des années quatre-vingt avait choisi de sortir des studios pour tourner en extérieurs réels. L’idée avait donc été d’observer, grâce aux cinéastes, le renouvellement de l’image filmée de la ville et de ses habitants. Les résultats en avaient été publiés dans un dossier du CEDEJ : « Le Caire et le cinéma égyptien des années quatre-vingt ». Par ailleurs, cette recherche me passionnait à titre personnel. Parcourant les rues du Caire, j’avais découvert des salles, dont certaines, somptueuses, laissaient imaginer des habitudes passées également somptueuses. Les réalisateurs, acteurs, critiques ou cinéphiles rencontrés, évoquaient volontiers leurs souvenirs. En écho, j’avais amassé une documentation iconographique qui manifestait la présence du cinéma dans la ville.

 File d’attente devant le cinéma Métro au Caire, circa 1965. A l’affiche : L’Arbre de vie d’Edward Dmytryk (livre p. 82 – Source : Archives Al-Ahram)

Comment avez-vous sélectionné vos interlocuteurs ?
Une amie égyptienne m’a aidée à établir une liste d’interlocuteurs possibles, qui parfois, eux-mêmes, faisaient des suggestions.  Il faut préciser que les Egyptiens – y compris les célébrités comme Omar Sharif ou Youssef Chahine – font preuve d’une gentillesse, d’une disponibilité extraordinaires. Ils sont prêts, de manière parfaitement désintéressée, à donner de leur temps pour vous aider.
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Films égyptiens et libanais programmés au Louxor de 1978 à 1983

I. Films égyptiens

La liste des films que nous publions ici témoigne de la place du cinéma égyptien dans la programmation du Louxor de 1978 à 1983, date de la fermeture de la salle par Pathé : avec pas moins de 50 films, dont certains ont été programmés plusieurs fois, 66 semaines ont ainsi été dévolues au cinéma égyptien.

Said Ahmed El Bedaoui de Baha Eddine Charaf, Louxor 6-13 août 1980. Ce film fut projeté à trois reprises au Louxor. (photo : Fonds Eldorado)

Dates
Il s’agit généralement de films datant de plusieurs années, voire de films anciens – par exemple Nashid al amal, Chanson d’espoir, d’Ahmed Badrakhan date de 1937. Mais, comme le montrent les chiffres de la fréquentation hebdomadaire (voir la liste des films), peu importe la date de production, ces longs métrages n’avaient rien perdu de leur attrait pour le public du Louxor1. Par exemple, Ali Baba et les 40 voleurs (1942) ou Sallama (1945) deux films de Togo Mizrahi, un des pionniers du cinéma égyptien, firent respectivement 7 000 et 6 800 entrées hebdomadaires au Louxor en 1979. On constate d’ailleurs que les plus grands succès concernent des films des années 1950 et 1960.  
Le seul film égyptien récent programmé au Louxor fut La Mémoire, une histoire égyptienne (1982) de Youssef Chahine. Mais avec seulement 2 880 entrées pendant la semaine du 14 au 21 septembre 1983, ce très beau film fit le score le plus bas de tous les films égyptiens. Même si l’on tient compte de la chute de fréquentation du début des années 80 qui succédait à l’embellie des années 70, on note que, cette même année 1983, Sayed el Badaoui (1953) ou Antar le valeureux (1961), pourtant déjà programmés, frôlaient encore au Louxor les 5000 entrées hebdomadaires. Juste retour des choses, trente ans après, lors de l’inauguration du Louxor restauré, La Mémoire, une histoire égyptienne, fut projeté dans la grande salle, baptisée Youssef Chahine en hommage au réalisateur.

Les genres
Venaient en tête les films d’aventures historiques, l’équivalent égyptien des péplums italiens ou américains dont le public du Louxor des années 70 était friand : la série des Antar, ou Le Cavalier Ben Hamdan de Niazi Mostafa furent de beaux succès, tout comme les grandes fresques historiques (Les Mamelouks d’Atef Salem, Saladin de Youssef Chahine) et religieuses (L’Aube de l’Islam de Salah Abou Seif ou des biographies de grandes figures de l’islam (Sayed el Badaoui, La Soeur du Prophète, Rabaa la Bédouine). Parmi les films d’aventures, deux réalisations du grand cinéaste Henri Barakat, Le Prince de la Vengeance (ou Le Prisonnier de la tour) (1950) et Le Prince de la ruse (1964), sont des adaptations du Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas, l’intrigue étant transposée dans un contexte égyptien.

Antar Ibn Chaddad (Antar le valeureux, 1973) – Le Prince de la Vengeance (1950) – Le Prince de la ruse (1964) Affiches : site Encyclocine.fr

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Succès de fréquentation confirmé pour le Louxor

Dès sa réouverture le 17 avril 2013, après trente ans d’abandon, le Louxor avait été une réussite immédiate.  Il ne s’agissait pas d’un simple succès de curiosité ou d’un emballement passager pour ce cinéma au décor somptueux. En avril 2015, il avait déjà attiré en deux ans plus 500 000 spectateurs. Quatre ans plus tard le succès est toujours au rendez-vous et le Louxor a franchi la barre du million d’entrées !
Le presse s’est d’ailleurs fait l’écho de ces très beaux résultats. On lira notamment,  dans Le Parisien du 2 mai, Le Louxor de Barbès, « millionnaire » en 4 ans et dans les Echos du 27 avril, Succès pour le Louxor.
Le site culturebox y consacre aussi un long article comportant une vidéo (réalisée par France 3).
Bravo à Emmanuel Papillon et son équipe !

La réalité virtuelle au Louxor

Tous les samedis et dimanches de 11h15 à 20h15, le Louxor propose des programmes courts en « réalité virtuelle ». Intrigués par ce terme qui dans notre esprit relevait plutôt du jeu vidéo ou des applications scientifiques que du cinéma, nous avons interrogé Emmanuel Papillon, le directeur du Louxor, qui a bien voulu jouer les pédagogues.  

Une séance de cinéma en réalité virtuelle au salon du Louxor

« La réalité virtuelle débarque au Louxor », écrivez-vous sur votre site. Sans entrer dans des détails techniques complexes, de quoi s’agit-il concrètement ?
Par réalité virtuelle, on fait référence à une technologie qui permet l’immersion complète du spectateur dans un environnement fictif :  les films sont tournés et diffusés en 360° degrés ; le spectateur est donc « dans » le film.  Il voit devant, derrière, sur les côtés, au-dessus : par exemple son regard se déplace pour suivre la trajectoire d’une flèche qui va passer au-dessus de sa tête, de son point de départ à son point d’arrivée.
Vous êtes vraiment entouré par les images (que ce soit des paysages, des mondes imaginaires ou des films d’animation). Les sensations sont plus fortes – les bruits environnants, la perception des mouvements –, c’est une autre expérience qui peut être tout à fait impressionnante.
Mais quel équipement faut-il ? Les séances se passent-elles dans une des salles ?
Non, nous ne supprimons aucune projection en salle. Les séances ont lieu dans le salon du 2e étage et tout l’équipement est fourni par la société Diversion cinéma qui est notre partenaire. Le spectateur est assis sur une chaise pivotante, il est équipé d’un portable posé sur un support, en l’occurrence de grosses lunettes, un peu comme un masque de plongée. Il est donc isolé de l’extérieur par ce casque occultant et plongé dans l’univers du film. Je précise – c’est important pour le confort du spectateur– que celui qui porte des lunettes de vue peut les ôter, l’équipement sera adapté à sa vision. J’en ai fait l’expérience.

Spectateurs équipés de leur casques, salon du Louxor.

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Attractions du Louxor, II : La vie d’artiste

Achille Daras, éphémère attraction au Louxor

Dans la liste des artistes s’étant produits au Louxor, publiée en annexe de l’article Les attractions au Louxor pendant les années 20, Nicole Jacques-Lefèvre a eu la surprise, à la date du 4 mai 1923, de lire le nom de son arrière-grand-oncle : DARAS. La biographie qu’elle a pu retracer illustre parfaitement ce que pouvaient être ces vies d’artistes aux talents variés, bourlingueurs, un peu aventuriers, jamais découragés par la précarité de leur condition…

Je n’avais d’abord connu Achille Daras, mon arrière-grand-oncle, que par ouï-dire : on en parlait peu dans la famille, où il avait néanmoins une réputation de chanteur et de grand voyageur. Mais, il y a peu de temps, Dominique Delord, infatigable chercheuse, m’a retrouvé quelques articles et images qui, joints à des souvenirs et documents familiaux, me permettent de retracer aujourd’hui une partie d’une carrière certes modeste, mais sans doute assez représentative de celle des artistes de l’époque, dont tous ne pouvaient accéder au vedettariat.
Achille Arthur Léon Daras était né à Dagny-Lambercy, dans l’Aisne, le 31 janvier 1875, d’un père menuisier. Mais, si sa mère retourna accoucher dans sa famille, comme il était souvent de tradition, ses parents s’étaient installés à Paris vers 1868, peu après leur mariage, sans doute pour trouver plus facilement du travail.
Achille, qui possédait une belle voix de baryton, semble s’être engagé assez vite dans une voie artistique, avec des talents divers. En 1896, son passage est signalé dans plusieurs lieux : il donne un spectacle de danseur-imitateur à la Scala de Tours, fait partie à Paris de la troupe de la Gaîté-Rochechouart,

Le Courrier français, 16 fév. 1896, illustration de Willette (document D. Delord) – à droite, affiche de Candido Arargones de Faria. (Source BNF Gallica). Cliquer sur l’image pour l’agrandir

puis de la nouvelle troupe de l’Eldorado, et offre aux Ambassadeurs un numéro de « danseur provençal », pour lequel il est qualifié de « chanteur-danseur ». Mais les cachets de l’époque ne devaient pas suffire, et il exerce conjointement d’autres métiers dont celui de représentant de commerce, indiqué dans l’acte de son premier mariage en 1898. La même année, il figure dans l’Annuaire de l’Art lyrique et du Music-hall. Est-ce pour s’ouvrir de nouvelles portes qu’il se crée alors une identité nobiliaire, totalement fictive ?

Collection Nicole Jacques-Lefèvre

Il s’affirme pourtant comme fantaisiste polyvalent : cette même année 1898, il fait aux Folies-Bergères des débuts de « danseur comique », sera en janvier 1905 « compère » dans la revue du Nouveau-Cirque, et, dans les différents annuaires professionnels du début du XXe siècle, continuera à figurer comme « artiste de café-concert ».
C’est dans ces années que s’amorce l’aspect international de sa carrière, en même temps que se confirment ses talents d’imitateur : c’est ainsi qu’il sera défini en 1909, dans l’Annuaire du syndicat des artistes lyriques. Une affiche de Candido Aragones de Faria (1) réunit toutes ses caractéristiques.

Affiche de Candido Aragones de Faria (Source BNF Gallica)

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