Romain Prybilski, une programmation exponentielle pour le Louxor

Titulaire d’une licence Arts du spectacle et d’un master en management de projets culturels (2014), il a été directeur et programmateur du cinéma Les Lobis de Blois (2015-2023), puis directeur des Cinémas Studio de Tours (2023-2026). Il avait fait la connaissance du Louxor en 2013, lors de la préparation de son master 1 de programmateur à Lyon, et avait alors rencontré Emmanuel Papillon qui avait lancé sur les flots et faisait naviguer les trois nouvelles salles. Enthousiasmé par cet ensemble architectural et technique, mais un peu trop stressé par la vie parisienne, Romain Prybilski s’était dit alors : « Je ne travaillerai jamais dans un cinéma à Paris, sauf si c’est le Louxor ». Et c’est ainsi qu’à la parution de la vacance du poste occupé pendant deux ans par Manon Desseauve, il présente sa candidature à Haut et Court Cinémas, délégataire de service public du Louxor, qui l’engage comme directeur.

© Photo : DR / Haut et Court Cinémas

JMH : Voici déjà 5 mois que vous avez pris la direction du Louxor. Est-ce que cette nouvelle aventure répond à ce que vous en attendiez ?
RP : Oui, tout à fait. C’est vraiment un « Palais du cinéma », avec un public très jeune, situé sur un carrefour très dense, et dans un bâtiment très particulier. Trois écrans est un format bien adapté, correspondant parfaitement à la programmation que je souhaite développer (à Blois je gérais également 3 salles, mais à Tours j’en gérais 7, ce qui est trop car cela multiplie les problèmes en tous genres). Trois écrans permettent de gérer à la fois les sorties nationales et une programmation plus large.

JMH : Comment construisez-vous cette programmation, qui paraît exponentielle ?
RP : Il faut à la fois s’intégrer dans l’offre globale parisienne, qui est énorme dans tous les domaines culturels, et s’en démarquer pour que le Louxor garde son caractère propre. Avec d’une part l’étiquette « Art et Essai », et d’autre part une programmation qui inclut tous les types de films, en reflétant leur dimension culturelle et esthétique, tous les genres, du documentaire à la fiction, les courts métrages, des reflets d’époques très différentes, y compris le ciné-club du dimanche matin, les ciné-concerts avec projection sur l’écran « historique », bref proposer aux habitants du quartier une programmation « patrimoniale » en même temps que d’actualité. Avec des mini festivals très variés, notre programmation a crû ces derniers mois d’au moins 100 %.

JMH : La réponse du public est-elle conforme à vos attentes ?
RP : Ma plus grande satisfaction, c’est de constater qu’il y a un vrai public très attaché au lieu, qui permet de multiplier les rencontres avec les gens du quartier, et multiplier aussi les partenariats locaux. Bien sûr, il faut s’adapter au rythme parisien, qui est très différent de celui de la province, mais le quartier est très sympathique, d’autant que plein de personnes qui travaillent dans le domaine du cinéma y habitent, aussi bien artistes que techniciens. D’ailleurs, ce public vient essentiellement pour les films, ou pour un sujet particulier, mais pas spécialement pour la salle, ce qui ne l’empêche pas de regarder le cadre, et de l’apprécier.

JMH : Les périodes de canicules que nous vivons sont-elles bénéfiques pour la fréquentation ?
RP : D’un point de vue général, oui, car nos salles sont climatisées (le Louxor par pompe à chaleur). La particularité du Xe arrondissement est d’avoir trois cinémas indépendants, Le Brady, L’Archipel, et le Louxor. Ces trois salles participent au dispositif « Ciné-clim » de la Ville de Paris (gratuité d’un certain nombre de places pour les moins de 26 ans et plus de 65 ans), qui connaît un beau succès pendant ces périodes : ce sont déjà plus de 1300 places gratuites qui ont été offertes par la mairie dans les trois salles, l’occasion surtout pour des jeunes spectateurs de découvrir le Louxor. L’opération a vraiment bien fonctionné, elle a trouvé un écho. Et les chiffres de fréquentation, très stables par rapport à l’année dernière, confirment une véritable fidélisation du public.

Propos recueillis par Jean-Marcel Humbert le 2 juillet 2026

Consulter les programmes : Le Louxor – Palais du cinéma

Louxor et Art déco : atelier découverte du collège Les Touleuses de Cergy

Quelques-unes des œuvres des élèves du collège Les Touleuses de Cergy :
à gauche, la copie de la frise extérieure, par toute la classe ; au centre, Décoration florale (peinture acrylique) par Farah ; à droite, Prêtresse (peinture acrylique) par Shanone et Léna

Dans le cadre de l’enseignement adapté (S.E.G.P.A. – Section d’enseignement général et professionnel adapté) « atelier découverte professionnelle habitat », les seize élèves de la classe de 3eJ du collège Les Touleuses de Cergy ont participé à un projet pédagogique original les invitant à découvrir les décors égyptisants du cinéma Louxor, ainsi que les techniques artistiques qui y avaient été mises en œuvre. Le choix du Louxor avait été décidé d’une part par l’actualité (année du centenaire de l’Art déco), et d’autre part du fait du goût de l’enseignant pour la mosaïque et l’art néo-égyptien, qu’il souhaitait partager avec ses élèves. Ceux-ci, âgés en moyenne d’une quinzaine d’années, se sont donc investis dans le projet, qui comportait plusieurs facettes : visite, analyse, et restitution.

Granito sur fond noir. Mosaïque et agrégats de marbre noir, par Souleyman.

Tête de pharaon, plâtre peint et dorure, par toute la classe.

Scarabée, granito mosaïque par Aïssetou, Farah, Celia, Souleyman et Fatou.

Il s’agissait en particulier pour eux de découvrir certains métiers du bâtiment, avec leurs variantes adaptées au monde du spectacle (cinéma) : plâtriers, carreleurs, mosaïstes, staffeurs-ornemanistes et peintres de décors. C’est ainsi que, de décembre 2025 à fin mars 2026, sous la conduite de leur enseignant Franck Rouilly, les élèves ont consacré six heures par semaine à cette activité qui leur a permis successivement de visiter les lieux et faire des relevés, puis in fine, reproduire seuls ou en groupe certains éléments de décor, mais aussi participer au travail collectif de restitution d’un fragment de la frise basse extérieure du cinéma.

Mosaïque : copie de la frise aux papyrus des façades du Louxor, par toute la classe.

Les beaux résultats de cet atelier sont exposés dans le salon du cinéma du 2 avril au 5 mai 2026.
Le prochain atelier sera consacré à la maison d’Anne et Gérard Philipe à Cergy, et en particulier à la technique du sgraffito (ou « sgraffite »).

Jean-Marcel Humbert © Les Amis du Louxor

Romain Prybilski nouveau directeur du Louxor

Haut et Court Cinémas, titulaire de la délégation de service public du Louxor, vient de nommer Romain Prybilski directeur du Louxor. Il a pris ses fonctions à la mi-janvier 2026, tout juste deux ans après l’arrivée de Manon Desseauve qu’il remplace.

© Photo archives Nouvelle République

Titulaire d’une licence Arts du spectacle et d’un master en management de projets culturels (2014), il a été directeur et programmateur du cinéma Les Lobis de Blois (2015-2023), puis directeur des Cinémas Studio de Tours (2023-2026). Nous espérons en savoir bientôt davantage sur les grandes orientations qu’il compte donner au Louxor dans le cadre du renouvellement de la délégation de service public en cours de préparation. Son goût musical à la fois affirmé et varié laisse présager quelques surprises.

25 janvier 2026, Youssef Chahine aurait cent ans

Les hommages se multiplient à l’occasion du centenaire de la naissance de Youssef Chahine (1926-2008), le grand cinéaste égyptien, que l’on célèbre ce 25 janvier 2026.

Le 17 avril 2013, c’est avec un film du grand cinéaste égyptien Youssef Chahine que le Louxor enfin restauré rouvrait ses portes après 30 ans de fermeture et d’abandon. Le film choisi pour cette inauguration, Le Destin (1997), évocation de la vie du philosophe Averroès, rappelait ainsi la place prépondérante qu’a tenue le cinéma égyptien dans la programmation du Louxor de 1978 à 1983, date de la fermeture du cinéma par Pathé. Le film était projeté dans le cadre somptueux de la grande salle au décor égyptisant, qui porte maintenant le nom du cinéaste égyptien.

Le choix du nom
Dès 2010, moins de deux ans après le décès de Youssef Chahine, et alors que les travaux de réhabilitation du cinéma avaient commencé depuis peu, le Conseil de Paris des 10 et 11 mai 2010 avait adopté un vœu proposant d’honorer la mémoire de Youssef Chahine en donnant son nom à une grande salle de cinéma « Le Louxor ».(1)
Dans ce vœu n° 17, Christophe Girard rappelait la personnalité du cinéaste dans un texte qui n’a pas pris une ride et que nous reproduisons in extenso :
« Youssef Chahine, né le 25 janvier 1926 à Alexandrie et mort le 27 juillet 2008 au Caire, fut un artiste complet, à la fois réalisateur prolifique, acteur, scénariste et producteur. Il réalisa une quarantaine de films depuis le début des années cinquante, jusqu’à Chaos en 2006, et jouait dans grand nombre d’entre eux.
Youssef Chahine quitta l’Égypte en 1947 pour étudier près de Los Angeles. Il se révéla rapidement comme un cinéaste audacieux, engagé, fondamentalement indépendant, qui ne recula jamais face aux menaces de censure. Menant de fines analyses de la société qui l’entourait, il donna une audience aux préoccupations sociales, avec Le fils du Nil en 1951 ou Les eaux noires en 1956, année de ma naissance, dénonça le fanatisme religieux, comme dans Le Destin en 1997, et différentes formes d’oppression ou de dérives. Son acharnement en faveur d’un art libre lui valut, en 1984, un séjour en prison pour avoir diffusé un film interdit par la censure.
Sensible et intuitif, il révéla Omar SHARIF dans Ciel d’Enfer en 1954, offrit un rôle singulier et généreux à Dalida dans Le sixième jour en 1986, réalisa plusieurs co-productions importantes avec la France, comme Bonaparte en Égypte en 1985. Il monta, pour la Comédie Française, Caligula de Camus en 1992.
Puis, plusieurs fois convié au festival de Cannes, il obtint le prix du cinquantième anniversaire du festival pour l’ensemble de sa carrière.
Le témoignage collectif auquel il participa suite aux événements du 11 septembre 2001 fut nominé pour le César du meilleur film de l’Union européenne en 2003.
Artiste habité d’une vocation profondément humaine, Youssef Chahine mit tout son art et son talent au service de la tolérance, de l’intelligence, de l’humanisme, ne manquant pas de rappeler la chance et la richesse que constituent nos propres différences sociales ou religieuses.
La Ville de Paris tient à rendre hommage aux valeurs et au patrimoine qu’il nous a légués et à perpétuer ses combats contre toute forme d’intolérance et d’intégrisme.
Pour lui rendre hommage, le choix du Louxor, cinéma mythique au style néo-égyptien, construit en 1921, sauvé et réhabilité par la Ville de Paris, s’est imposé comme une évidence. Cinéma d’art et d’essai, le Louxor proposera, à partir du printemps 2013, une programmation atypique, riche et humaniste, avec trois salles, dont une dédiée aux cinématographies du Sud. La grande salle, d’une capacité de 342 fauteuils, deviendra la salle Youssef Chahine. (2)»

Au terme du cheminement administratif de rigueur, le Conseil de Paris des 25 et 26 mars 2013 autorise le Maire de Paris « à attribuer le nom de Youssef Chahine à la grande salle du Louxor- Palais du Cinéma et à apposer une plaque commémorative à l’intérieur de la grande salle du Louxor ».(3)

Sur l’écran, Youssef Chahine – Le Maire de Paris entouré des élus, de l’équipe de CinéLouxor, de l’architecte Philippe Pumain et d’une foule de journalistes.

La nièce du cinéaste, présente lors de l’inauguration du 19 avril 2013, avait dit son émotion de voir le film projeté dans la salle même qui avait accueilli autrefois d’autres œuvres de Chahine (4) et avait évoqué son œuvre et sa personnalité, en rappelant à quel point il était épris de liberté et amoureux de la France.

De son côté, la 15e édition 2026 du ‎Luxor African Film Festival (dernière semaine de mars 2026) a prévu de célébrer avec éclat ce centenaire par un hommage sous le titre « Youssef Chahine… Une histoire égyptienne », soulignant son impact déterminant sur la représentation du monde arabe et africain au cinéma. « Le président du festival, le scénariste Sayed Fouad, a confirmé qu’un programme spécial sera dédié à Chahine. Celui-ci comprendra la publication d’un livre documentaire bilingue (arabe-français) retraçant sa vie, ses films et son héritage cinématographique. Un grand espace d’exposition vidéo-art sera également consacré à ses affiches de films ainsi qu’à des photographies rares de sa vie et de sa carrière d’acteur. Quatre de ses films les plus emblématiques, récemment restaurés par la société Misr International Films dans le cadre d’un projet de valorisation de son œuvre, seront projetés. Le festival prévoit également d’organiser, tout au long de l’année 2026, des projections parallèles de ces films dans plusieurs pays africains, ainsi que des hommages rendus aux artistes et techniciens ayant collaboré avec Chahine. »

Jean-Marcel Humbert © lesamisdulouxor.fr

Notes
1 – Un prochain article expliquera l’importance de l’article défini écrit avec une majuscule lorsqu’il accompagne le nom du cinéma.
2 – Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, N° 4-5, vendredi 2 juillet 2010, p. 430-431 : Débats du Conseil municipal de Paris, séance des lundi 10 et mardi 11 mai 2010.
3 – Conseil de Paris, Conseil Municipal, Extrait du registre des délibérations, séance des 25 et 26 mars 2013. 2013 SG 24 Attribution du nom de Youssef Chahine à la grande salle du Louxor- Palais du cinéma, M. Bruno Julliard, rapporteur.
4 – Les films de Youssef Chahine au Louxor :
5 juillet 1978 et 21 mars 1979 : Djamilah (1958) avec Magda Al Sabbahi, Ahmed Mazhar, Salah Zulfikar
Semaine du 11 avril 1979 : Saladin (1963) avec Ahmad Madhar, Leila Fawzi, Mohamed Abdel Gawad
Semaine du 14 septembre 1983 : La Mémoire, une histoire égyptienne, v.o. (1982) avec Nour Al Cherif, Mohsen Mohieddine, Leila Hamada

 

Emmanuel Papillon quitte le Louxor pour une retraite que nous lui souhaitons aussi active que cinéphilique

Emmanuel Papillon, directeur du Louxor depuis sa réouverture en 2013, quitte le cinéma historique de Barbès. Les Amis du Louxor l’ont retrouvé, ainsi que l’architecte Philippe Pumain, autour d’un déjeuner amical au bar du Louxor le samedi 20 janvier 2024 pour le remercier de ces onze années à la tête d’une salle qu’il a fait revivre de si belle manière.

Près de onze ans au chevet du Louxor — des années qui auront marqué et modifié l’image du carrefour Barbès. Le 17 avril 2013, après 30 ans de fermeture et d’incertitudes, le bien nommé « Louxor-Palais du cinéma », rendu à sa splendeur originelle par l’architecte Philippe Pumain et son équipe, rouvrait ses portes et allait retrouver son public. Il n’aura pas fallu longtemps à Emmanuel Papillon pour instaurer un style bien personnel associé à une programmation qui a fait le succès du Louxor.

C’était à la fois une magnifique aventure et un défi : faire revivre un cinéma dans un quartier populaire en pleine évolution qui avait vu disparaître toutes ses salles de quartier. Le défi fut relevé et de belle manière.

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Le Louxor présent à l’exposition du MUS de Suresnes

Le cinéma Louxor a été sélectionné pour figurer dans le cadre d’une intéressante exposition sur les façades remarquables : Trésors de décors, façades d’Île-de-France, qui propose de découvrir les ornements des façades de nos bâtiments publics et de décrypter les grandes tendances ornementales du XIXe et du XXe siècle en en présentant les techniques, artistes et artisans. Le Musée d’Histoire Urbaine et sociale de Suresnes (MUS), qui organise cette exposition, est installé depuis juin 2013 dans l’ancienne gare de Suresnes-Longchamp entièrement réaménagée. Il y présente l’histoire de la ville, de son paysage urbain ainsi que son évolution sociale et économique.

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Séance spéciale au Louxor : samedi 16 décembre 2023 à 10:45

Projection de Portraits fantômes de Kleber Mendonça Filho et rencontre avec Jean-François Chaput, auteur du livre Paris Cinés : 1982-1992 des cinémas disparaissent

Portraits fantômes (Retratos fantasmas) de Kleber Mendonça Filho, Brésil, 1 h 33.
Un documentaire dans lequel Kleber Mendonça Filho, le réalisateur des films Les Bruits de Recife (2012) et Aquarius (2016) suit l’évolution de sa ville natale, Recife, et s’attache à restituer le souvenir des anciens cinémas maintenant disparus, des films qui y étaient projetés et de leurs spectateurs.

Projection suivie de la dédicace du livre Paris Cinés : 1982-1992 des cinémas disparaissent par Jean-François Chaput, vers 12h30 (au bar du Louxor). En partenariat avec la librairie Nordest.

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