Amédée Tiberti, peintre décorateur

Si le nom de l’architecte Henry Zipcy fut longtemps déformé en Ripey, celui d’Amédée Tiberti, le peintre qui  réalisa la décoration intérieure du Louxor, fut lui aussi rapidement estropié. Plusieurs articles1 relatant l’inauguration du Louxor du 6 octobre 1921  louaient, en termes identiques, les décors  réalisés  « dans le style égyptien, par M. Amédée Tibéri, qui s’est heureusement inspiré des antiquités du Musée du Louvre. » D’où de longues  recherches sur de fausses pistes à la poursuite de ce mystérieux M. Tiberi. Mais le journal Bonsoir, avait, lui, publié deux articles consacrés au Louxor, dans lesquels le décorateur était nommé Tibérty le vendredi 7 octobre 1921, nom rectifié en Tiberti le dimanche 9 octobre… Et si Bonsoir avait raison ?

Notre trésorière et historienne, Marie-France Auzépy, partit donc à la recherche d’un Amédée Tiberty ou Tiberti décorateur, et c’est aux Archives de la Seine qu’elle finit par le découvrir.

Registre analytique du Tribunal de commerce de Paris, 1921 (Archives de la Seine)

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La programmation du Louxor 1940-1944

Pendant que la guerre ensanglante l’Europe et que la France est occupée par les troupes du IIIe Reich, le spectacle continue. Les salles de cinéma et de théâtre sont pleines, de nouveaux films sortent ; quotidiens et revues se font l’écho de premières, de mondanités diverses, de galas, où se bousculent officiels (civils et militaires) et vedettes du spectacle. Pendant ces années d’Occupation, le Louxor, comme les autres cinémas parisiens, a poursuivi son activité. Mais quels films voyait-on ? La programmation de ce cinéma de quartier ne peut se comprendre qu’à la lumière de la situation historique et politique : le régime de Vichy et les autorités d’Occupation portent au cinéma une attention toute particulière. C’est à leurs yeux un instrument de propagande idéologique, mais aussi une source de revenus ; pour les Allemands, le marché français constitue de surcroît un débouché indispensable à leur cinéma national. Dans le cadre de la loi du 26 octobre 1940 « portant réglementation de l’industrie cinématographique » décrets, ordonnances et décisions vont se multiplier, relayés avec zèle par la presse corporative. Nul n’échappe à cette mise sous contrôle et surtout pas les directeurs de salles de cinéma.

Le Film, 15 novembre 1940

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1920 : Henry Silberberg veut faire construire le Louxor

C’est à l’homme d’affaires Henry Silberberg que l’on doit le Louxor.
La consultation du dossier aux Archives de Paris nous apporte des précisions complémentaires sur les démarches qui précédèrent la construction dont l’autorisation ne fut pas accordée d’emblée, même si les délais peuvent nous paraître bien courts en regard des impératifs administratifs d’aujourd’hui…
À l’intérêt documentaire s’ajoute le plaisir de retrouver, dans ces dossiers venus d’une époque où l’on écrivait encore à la main, l’écriture fine et la signature de M. Silberberg, dont le décès et la faillite entraîneraient, dès avril 1922,  la vente du Louxor.

Signature Silberberg

La construction d’un cinéma exigeait non seulement l’obtention d’un  permis de construire mais aussi l’autorisation de la préfecture de police. Le promoteur et l’architecte devaient se conformer à l’ordonnance du 10 août 1908 qui complétait ou révisait les normes techniques, d’hygiène et de sécurité déjà en vigueur pour les salles de spectacles depuis 1898.

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Les orgues Abbey, une histoire de famille

Retrouvera-t-on un jour la trace du « superbe orgue électrique Abbey » du Louxor, évoqué par  le journaliste de Cinéa dans son compte rendu de l’inauguration du 6 octobre 1921 ?
La « nouvelle et somptueuse salle Louxor » avait, en effet, été conçue pour accueillir un orgue : des grilles décoratives, placées de part et d’autre de l’écran, visibles sur les photos de 1922, dissimulaient aux yeux des spectateurs les  tuyaux de l’instrument. Ou du moins, celle de gauche, car l’architecte Philippe Pumain nous a précisé que l’autre grille masquait en réalité un escalier.

Grille décorative masquant les tuyaux de l'orgue (La Construction Moderne

Grille  décorative : celle de gauche (non visible sur la photo) masquait les tuyaux de l’orgue (La Construction Moderne, 26 mars 1922, collection J.M. Humbert)

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Décès de Jean Leclant, 16 septembre 2011

Un des plus anciens défenseurs du Louxor

Nous avons la tristesse d’apprendre le décès de Jean Leclant, Secrétaire perpétuel de l’ Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui parmi les premiers a joué un rôle important dans le sauvetage du Louxor.

 De gauche à droite, Jean Leclant, Pierre-Sylvain Filliozat et Michel Zink lors de la séance de la dernière rentrée de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, le 26 novembre 2010

De gauche à droite, Jean Leclant, Pierre-Sylvain Filliozat et Michel Zink lors de la séance de la dernière rentrée de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 26 novembre 2010

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De La Dérobade à Megatown

Le temps des boîtes de nuit – 2 : Megatown 1987-1990

Dans un article précédent, Daniel Le Glaner, ancien gérant des deux boîtes de nuit qui ont occupé le Louxor entre 1986 et 1988, évoquait la boite de nuit antillaise La Dérobade. En dépit de son succès, cette discothèque, ouverte en novembre 1986, ferma ses portes pour être remplacée au mois de juin 1987 par la boîte gay Megatown.

Comment est-on passé de La Dérobade à Megatown, « la plus grande boite gay de France »?
Je vous ai parlé de l’hostilité de certains riverains à l’égard de La Dérobade et de leurs pressions sur la mairie et la préfecture. Une pétition a même circulé pour en demander la fermeture. Le résultat a été que je n’ai pas obtenu le renouvellement annuel d’ouverture tardive (après 2 heures du matin) pour exploiter la discothèque. Je suis resté deux mois à devoir fermer à 2 heures du matin comme l’ensemble des bars de Paris. Comprenez-bien que, dans ces conditions, c’était la mort de l’exploitation, voulue par la mairie et la Préfecture de Police.

Megatown succède à la Dérobade (photo 1987)

Megatown succède à la Dérobade (1987 © Bernard Meyre)

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La publicité au Louxor

Le souvenir de la publicité Jean Mineur – même si le petit personnage qui l’incarne n’a pas totalement disparu des écrans de cinéma – suscite sans doute quelque nostalgie chez certains d’entre nous. Elle apparaissait naturellement sur l’écran de notre cinéma préféré…

Jean Mineur

Car le Louxor ne vivait pas que des films projetés. Le programme de 1924 en portait déjà témoignage, et nous y avions consacré une petite étude.

Programme du 18 au 24 septembre 1924, page 8

Programme du 18 au 24 septembre 1924, page 8

Il ne s’agit plus cette fois des publicités dans les programmes, mais sur l’édifice lui-même, et d’un certain nombre de contrats publicitaires que nous avons trouvés dans le fonds Pathé.  Ils devaient apporter un petit supplément aux recettes cinématographiques, et nous renseignent aussi sur l’aspect intérieur et extérieur du bâtiment dans les années 1948-1970, et sur son intégration à la vie commerciale du quartier.

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